Chronique

L’écrin du Quartier des spectacles

Cinquante-six ans après sa création, l’Esplanade de la Place des Arts (PDA) devient l’écrin du Quartier des spectacles. Nouveau look, nouvelle vocation, nouvelle façon de respirer, ce lieu vibrera de diverses façons durant les mois d’été. C’est avec beaucoup de fébrilité que l’équipe de la PDA nous a présenté en primeur l’Esplanade du XXIe siècle.

Vous aviez sans doute remarqué que cette place publique vivait une grande transformation depuis quelques années. Lancés en 2015, d’importants travaux totalisant 35 millions de dollars ont permis de refaire les dalles de surface (les mêmes qui ont servi à habiller la Maison symphonique) ainsi que d’agrandir et de mettre en valeur les bassins. La troisième et dernière étape consiste à recouvrir le grand escalier. Si tout va bien, l’Esplanade s’offrira dans toute sa splendeur au milieu de l’été.

Les travaux n’ont pas seulement servi à embellir l’Esplanade. L’objectif était aussi de la consolider. « Il ne faut pas oublier que l’Esplanade est un toit, a expliqué Nicolas Potvin, président-directeur général par intérim de la PDA. Sous l’Esplanade se trouvent la Cinquième Salle, l’Espace culturel Georges-Émile-Lapalme et le restaurant Deschamps. L’eau coulait par endroits depuis des années. Il était temps que l’on intervienne. »

Lorsque la PDA a été créée, on a d’abord érigé l’édifice de la salle Wilfrid-Pelletier. Puis, celui qui abrite les trois autres salles (Théâtre Maisonneuve, Théâtre Jean-Duceppe, salle Claude-Léveillée). Le Musée d’art contemporain a poussé de l’autre côté. Au milieu des années 70, le titanesque Complexe Desjardins est sorti de terre. L’aménagement de la place des Festivals, dans les années 2000, a couronné le tout. Un promontoire de choix trône maintenant au cœur de ce quartier.

Pour nourrir sa réflexion, l’équipe de la PDA a visité plusieurs lieux publics similaires, notamment celui qui jouxte le Lincoln Center, à New York.

« Tous nous ont dit qu’il fallait s’ouvrir sur la ville, dit Clothilde Cardinal, directrice de la programmation. Ça tombait bien, car notre objectif était de redonner ce lieu aux Montréalais. »

Établir un contact avec les Montréalais… Cette expression est revenue souvent durant la rencontre. On m’a même ramené la sempiternelle image de la « Place des Autres », une perception contre laquelle on lutte encore en 2019 (pour les plus jeunes, cette expression a été inventée et répandue par des gens qui trouvaient que la Place des Arts était trop élitiste au moment de sa création).

L’Esplanade sera surtout exploitée en mai et en septembre par l’équipe de la PDA. On pourra évidemment compter sur les festivals (FrancoFolies, Festival de jazz et Juste pour rire) pour animer et occuper le lieu entre juin et août.

Que fera-t-on de cet espace de 15 000 mètres carrés ? Ne vous attendez pas à y voir des scènes mettant en vedette des lauréats du Festival de la chanson de Granby. Pas du tout ! On mise plutôt sur une programmation « citoyenne et participative ». On veut créer des événements qui vont attirer les gens et les mettre au cœur de l’action.

Un exemple ? Un espace pourrait être consacré à la danse, toutes sortes de danses. Le tango, par exemple. Vous ne savez pas danser le tango ? Vous n’aurez qu’à aller vers un espace-atelier où on vous enseignera quelques rudiments.

Un autre exemple ? Des jeunes pourront suivre le jour des ateliers de hip-hop ou de slam. Un espace sera mis à leur disposition afin qu’ils puissent partager le fruit de leur apprentissage en soirée.

L’autre grand objectif de l’équipe de la PDA est de permettre à tous les publics d’avoir accès à ce lieu. Diversité, accessibilité… Ce sont d’autres mots qui ont souvent rebondi au cours de la discussion. « Il faut intégrer les publics que l’on voit moins souvent, dit Clothilde Cardinal. Je pense aux gens qui ont une déficience intellectuelle ou une limitation sensorielle. »

La façon dont tout cela sera présenté et habillé est très importante. Pour cela, on a eu recours à la firme d’architectes Provencher_Roy, qui a imaginé des structures amovibles qui vont borner les divers espaces tout en épousant l’environnement architectural ambiant. Ces structures pourront être montées et retirées facilement grâce à un système d’ancrage incorporé dans les dalles.

On a demandé au designer industriel Michel Dallaire de concevoir ce système. « Cela va nous éviter d’avoir recours aux fameux blocs de béton pour retenir les structures », dit Clothilde Cardinal.

Je n’ai que trois choses à dire à l’équipe de la PDA à ce sujet : Bravo ! Bravo ! Bravo !

Je l’ai souvent dit : les seuls moments où la place des Festivals est belle, c’est quand il n’y a pas de festival. Il est grand temps que les festivals de Montréal aient une réflexion sérieuse sur la manière de s’offrir au public. Je suis passé par l’avenue du Président-Kennedy durant Montréal en lumière. On aurait dit un écocentre. Fin de la parenthèse.

Bon an, mal an, la Place des Arts tient environ 1000 événements. Ceux-ci attirent plus de 850 000 spectateurs. Les spectacles sont présentés par à peu près 150 producteurs. Mais on oublie que la PDA en programme un très grand nombre et qu’elle est responsable de l’animation culturelle qui se déroule dans ses salons et sa salle d’exposition.

Les travaux de rénovation qui ont littéralement transformé les espaces communs intérieurs (ajout des restaurants, mosaïque d’écrans, etc.) sont à mon avis une grande réussite. La transformation de l’Esplanade est une autre étape pour « le plus grand centre culturel en arts du Canada ».

Même si les travaux du grand escalier ne seront pas terminés à temps, la PDA lancera sa « nouvelle Esplanade » en mai prochain. Quand on a un été si court, il n’y a pas une minute à perdre ! Vous pouvez déjà brosser vos souliers de danse, ça s’en vient !

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.