Un art japonais à découvrir : le kintsugi

Mettre de l’or dans sa vie

Au Japon, une tradition consiste à réparer un objet cassé en soulignant ses fissures avec de l’or. La pièce s’en trouve embellie, en plus d’acquérir de la valeur. Cette pratique ancestrale qui relève de l’art décoratif révèle tout le raffinement et la délicatesse d’une civilisation millénaire.

La petite histoire

Plusieurs interprétations ont cours quant à la naissance du kintsugi. L’une d’elles veut qu’un shogun du XVe siècle, après avoir cassé son bol à thé préféré, l’ait fait réparer en Chine. On lui aurait ensuite renvoyé une pièce truffée d’agrafes. Déçu, il a alors confié à ses artisans le soin de la réparer de manière esthétique. Ainsi serait né le kintsugi, même s’il faudra attendre au XVIIe siècle pour voir cette forme d’art se répandre.

La méthode

Lorsqu’on brise un objet, notre premier réflexe est de le jeter ou de le recoller pour que les fêlures se voient le moins possible. Avec le kintsugi, c’est tout le contraire : on répare la pièce cassée en révélant son imperfection dans le but de la sublimer. La réparation est visible et mise en valeur par le métal utilisé sur les fractures, ce qui permet de créer une pièce unique.

On commence par nettoyer un par un les éclats d’une pièce cassée avant de les assembler. Les fissures sont ensuite soulignées par des couches successives de laque avant d’être saupoudrées d’or. La poudre se mêle alors à la laque encore humide, donnant l’illusion d’une coulée de métal. Les marques de fissure sont finalement polies, et la pièce révèle dès lors un nouvel éclat. Il s’agit évidemment ici d’un condensé extrême d’étapes qui peuvent s’étaler sur plusieurs semaines.

La pratique

Avec le kintsugi, on peut réparer presque tout objet cassé. «  J’ai réparé un jour un bracelet en jade cassé en trois, mais je répare surtout des bols et des plats, explique Sophie Muguette Rouleau, restauratrice de porcelaine et de céramique. La vaisselle réparée ne peut par contre plus servir à table en raison de la toxicité des matières utilisées dans sa restauration.  »

Vous aurez deviné qu’un tel exercice de réparation exige patience et dextérité. «  Il faut être habile  », lance spontanément l’experte. Du même souffle, elle confie qu’il est difficile, voire impossible de pratiquer le kintsugi au Québec selon la méthode traditionnelle japonaise. Le matériel nécessaire (sans oublier le temps  !) n’est en effet pas toujours disponible ici.

Anecdote : certains puristes cassent même volontairement leurs objets préférés pour mieux les faire recoller  ! (À ne pas faire avec la porcelaine familiale…) Sophie Muguette Rouleau nous a même confié avoir réparé un bol ramené du Japon qu’une dame avait cassé pour qu’il devienne «  kintsugi  ».

La philosophie

Certains voient dans le kintsugi une métaphore de la résilience (objet réparé = peine envolée). Pour d’autres, la lenteur que requiert cet art conduirait à la pleine conscience. Peut-on parler d’une forme de méditation active  ? «  C’est une vision romantique ; le travail n’est pas relaxant du tout  ! » explique Sophie Muguette Rouleau. Elle poursuit : « On manipule des substances qui sentent fort ; la poudre métallique est souvent toxique ; on porte un masque… On trouve peut-être la paix quand on admire une pièce, mais pas quand on la répare  !  »

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