Entraîneurs dans la LNH

Le talent n’a pas d’âge

Le nouvel entraîneur-chef des Blackhawks de Chicago, Jeremy Colliton, est plus jeune que son premier défenseur, Duncan Keith, et que son gardien numéro un, Corey Crawford.

À 33 ans, Colliton n’est pas le plus jeune entraîneur-chef de l’histoire de la Ligue nationale.

Gary Green avait 26 ans lorsqu’il est devenu entraîneur-chef des Capitals de Washington, en 1979-1980. L’actuel entraîneur-chef des Jets de Winnipeg, Paul Maurice, a été nommé entraîneur-chef des Whalers de Hartford à 28 ans en 1995-1996.

Jocelyn Lemieux en était à sa troisième saison avec les Whalers, à 27 ans, lorsqu’il a vu atterrir Maurice, de quelques mois son aîné, dans le vestiaire de l’équipe.

« Paul Maurice est arrivé dans un contexte particulier, se rappelle Lemieux. Peter Karmanos venait d’acheter les Whalers et il a imposé son monde. Il avait fondé le programme de hockey Compuware à Windsor et Paul dirigeait son équipe des Spitfires dans la Ligue junior de l’Ontario. Quand il a été nommé adjoint de Paul Holmgren au début de la saison 1995, on savait tous ce qui s’en venait. »

Après seulement 12 matchs, Holmgren, ancienne gloire des Flyers et coach à Philadelphie plusieurs années avant d’être embauché à Hartford, était congédié pour faire place à ce blanc-bec.

« Paul venait avec les meubles et je ne suis pas convaincu que tous les joueurs appréciaient ça, a dit Lemieux. J’étais moi-même fidèle à Holmgren, qui m’avait obtenu des Blackhawks de Chicago à titre de directeur général quelques années plus tôt et je n’étais pas très ouvert au changement. »

Mais Maurice a vite réussi à s’imposer malgré son jeune âge. « Ce n’est pas une question d’âge, mais de personnalité. Et Paul avait une personnalité forte. Il avait une présence, une aura, il imposait le respect malgré son manque d’expérience. » 

« Tout le monde a senti dès son arrivée qu’il était solide. »

— Jocelyn Lemieux au sujet de Paul Maurice

Le jeune homme ne manquait pas de confiance, même s’il était plus jeune qu’une dizaine de ses joueurs. « Paul Maurice arrivait de Compuware, où il avait connu du succès. Je l’appelais “cool guy” parce qu’il était vraiment cool. Au début, sa confiance aurait pu être prise pour de l’arrogance. Mais tu ne peux pas survivre dans ce métier si tu n’as pas une confiance démesurée en toi. »

L’expérience n’a cependant pas duré très longtemps avec Maurice pour le frère de Claude Lemieux. « Paul Holmgren m’avait fait jouer avec Darren Turcotte et Brendan Shanahan pendant les matchs préparatoires et ça s’était super bien passé. Mais l’arrivée de Paul Maurice annonçait des changements. Turcotte a été échangé pour Nelson Emerson avant le début de la saison et quand Jimmy Carson est arrivé [Carson avait joué pour le programme Compuware à 15 ans], c’est lui qui a eu le poste. J’ai été échangé aux Devils en décembre. »

La fin de l’expérience amère à Hartford n’a jamais terni l’admiration qu’il pouvait avoir pour Maurice. « Aujourd’hui, il n’est pas le même homme qu’il était au début. Tu ne peux pas durer aussi longtemps sans faire des changements dramatiques. »

Maurice en est à sa 21e saison à titre d’entraîneur-chef dans la Ligue nationale, dont 13 avec les Whalers de Hartford et les Hurricanes de la Caroline, du propriétaire Karmanos.

« Un entraîneur surévalué »

Robert Sirois a joué une saison pour Gary Green, le plus jeune entraîneur-chef de l’histoire à 26 ans, en 1979.

« Il avait gagné la Coupe Memorial avec Peterborough un an plus tôt, se rappelle cet ancien attaquant québécois. Il a fait monter avec lui trois ou quatre de ses joueurs de Hershey, dans la Ligue américaine. Ils étaient présents dès le premier meeting. »

Green se serait montré très amical avec une fraction du vestiaire pour se faire accepter, selon Sirois.

« La plupart des joueurs de l’Ontario le connaissaient bien. L’équipe était très jeune. Il n’y avait pas beaucoup de vétérans de 30 ans ou plus. Il a essayé de devenir ami avec certains joueurs et c’est juste s’il parlait aux autres.

« L’âge n’avait rien à voir, c’était un entraîneur surévalué. L’expérience a duré deux ans et quelques matchs et on ne l’a plus jamais revu par la suite, sauf à la télé. Ce n’était pas un mauvais gars. Mais on parle d’un coach junior qui n’est jamais sorti du junior… »

Pierre McGuire

Pierre McGuire avait 32 ans lorsqu’il est devenu entraîneur-chef des Whalers de Hartford en 1993-1994. Aujourd’hui réputé analyste à la télé, McGuire avait été adjoint de Scotty Bowman à Pittsburgh auparavant. L’expérience a duré une saison. McGuire a ensuite été adjoint chez les Sénateurs d’Ottawa durant un an, entraîneur-chef dans la Ligue de la côte Est pendant une année également, en 1996-1997, avant de se lancer dans les médias.

Marc Crawford

Marc Crawford, lui, était âgé de 33 ans lorsqu’il a été embauché par Pierre Lacroix pour diriger les Nordiques de Québec en 1994-1995. Il a poursuivi l’aventure avec l’Avalanche du Colorado et remporté la Coupe Stanley en 1996. Il a aussi dirigé les Canucks de Vancouver pendant sept ans, les Kings de Los Angeles et les Stars de Dallas. Il est actuellement entraîneur associé avec les Sénateurs d’Ottawa.

Michel Bergeron

Michel Bergeron n’était pas beaucoup plus vieux, à peine 34 ans, lorsqu’il a pris la relève de Maurice Fillion en 1980 chez les Nordiques. Il a dirigé l’équipe pendant huit ans, les Rangers de New York deux ans, avant de terminer sa carrière d’entraîneur à Québec en 1989-1990.

Michel Therrien

Michel Therrien avait 36 ans lors de sa première embauche par le Canadien en 2000, après le congédiement d’Alain Vigneault. Celui-ci avait 36 ans également lorsque le Canadien lui a donné sa première chance en 1997. Les deux ont eu leur première chance à Montréal, les deux ont eu de longues carrières d’entraîneur dans la LNH et attendent toujours une autre chance.

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