Critique

Deadpool, la malice

Comédie d’action
Deadpool 2
David Leitch
Avec Ryan Reynolds, Julian Dennison, Brianna Hildebrand
1 h 59
Quatre étoiles

Deadpool 2 ne déçoit pas les attentes. De prime abord, le personnage incarné avec brio par Ryan Reynolds ne semble pas le gendre idéal. Et pourtant, dans ce deuxième volet, le bad boy de l’univers Marvel affiche son côté tendre et ses bonnes valeurs. Oui, oui, nous parlons bien ici de Deadpool.

Les fans n’ont tout de même pas à s’inquiéter, ils retrouveront leur superhéros baveux, qui est bien plus drôle que la moyenne des ours et qui lance des commentaires déplacés à outrance. Il reste qu’il ne faut pas nier que cet antihéros est attachant, et même séduisant. Il est beau à voir avec Vanessa, son amoureuse avec qui il envisage d’avoir un enfant.

Les rebondissements de cette histoire sont nombreux : d’abord, Deadpool, Wade Wilson de son vrai nom, vit un drame bouleversant, qui l’incite à mettre fin à ses jours. Malheureusement (ou heureusement), son pouvoir de guérison le remettra rapidement sur les rails. Il sera ensuite recruté dans l’équipe des X-Men et il se liera d’amitié avec le jeune mutant Russel. Entre tout ça, il sera (sans surprise !) démembré à maintes reprises. Oh ! et il aime bien s’accrocher les pieds dans le bar de quartier où son meilleur ami, Weasel, est derrière le comptoir.

Les références à la culture populaire et à d’autres films de superhéros sont fréquentes et ajoutent beaucoup à la comédie de cette superproduction.

Même si David Leitch (Atomic Blonde) n’a pas réalisé le premier Deadpool, la signature est bien similaire. Dans ce deuxième volet, les spectateurs retrouvent l’univers qu’ils avaient adopté et aimé en 2016.

Rappelons que ce fut un immense succès au box-office. Avec un modeste budget de 58 millions de dollars, Deadpool a généré des recettes de plus de 783 millions. Évidemment, ce deuxième volet a bénéficié d’un budget beaucoup plus important. Et c’est assez évident à l’écran, notamment dans les scènes de combat.

Des personnages colorés

Il y a de beaux personnages qui entourent Wade Wilson, dont cet adolescent Russell (Julian Dennison) qui va jusqu’à dire qu’il est le premier « gros » superhéros. Cable (Josh Brolin, tout en muscles) était très attendu par les amateurs de comics et il ne nous déçoit pas. Il est puissant et intraitable. Mais comme Deadpool, il finit par exposer sa vulnérabilité dans quelques scènes clés. Domino (Zazie Beetz), dont le superpouvoir est d’être chanceuse, vacille entre la dure à cuire et la fille tendre et chaleureuse. Et que dire du loyal chauffeur de taxi de Deadpool, Dopinder (attachant Karan Soni), qui aimerait tellement lui aussi posséder un superpouvoir.

Quelques bonnes apparitions éclair parsèment toutes ces péripéties, mais on vous laisse la surprise. Pour ce qui est de la chanson de Céline Dion Ashes, elle est utilisée à bon escient.

Information importante, il faut rester jusqu’à la fin du générique pour ne rien perdre de cette savoureuse épopée à saveur bad boy.

Critique

La candidate

Drame
Numéro une
Tonie Marshall
Avec Emmanuelle Devos, Suzanne Clément, Richard Berry et Sami Frey
1 h 50
Trois étoiles et demie

SynoPsis

Une ingénieure française ayant gravi les échelons de son entreprise est contactée par des femmes d’influence qui lui proposent de l’aider à prendre la tête d’une grande entreprise publique. Elle serait la première femme à occuper un tel poste. Mais par des jeux de coulisses et de stratégies politiques, certains voudront lui mettre des bâtons dans les roues.

La Française Tonie Marshall demeure la seule lauréate du César de la meilleure réalisation en 42 ans d’existence de ce prestigieux prix. C’était en 2000, pour Vénus beauté (institut). Les plafonds de verre, elle connaît. Aussi, son nouveau long métrage, Numéro une, s’intéresse à la difficulté pour une femme de faire sa place dans un monde toujours dominé par les hommes, en l’occurrence celui des affaires.

Emmanuelle Devos est excellente (comme toujours) dans le rôle d’une ingénieure ambitieuse, cadre supérieure d’une entreprise faisant affaire avec la Chine, qui est ciblée par un réseau de femmes influentes comme candidate potentielle afin de briguer la présidence d’une grande entreprise publique française.

Ce n’est pas gagné d’avance et il faudra jouer du coude. L’aspirante PDG se trouve plongée dans une guerre de pouvoir, où chaque camp joue de ses contacts, de ses influences et d’histoires enfouies pour nuire à son adversaire. On n’a pas de difficulté à croire que la réalité s’approche de la fiction.

Froid, mais engageant

Thriller politique finement mené, Numéro une met en vedette, outre Emmanuelle Devos, la Québécoise Suzanne Clément, très convaincante en militante féministe influente, Richard Berry, détestable en mandarin manipulateur et misogyne (« Les nerfs, on les laisse aux femmes », dit-il), et Benjamin Biolay, crédible lui aussi en dandy aspirant à autre chose que « sous-fifre », ainsi que le qualifie son patron.

Tonie Marshall met en scène, sans détour, le paternalisme et la condescendance d’hommes de pouvoir qui tiennent à leurs privilèges. Ainsi que le doute qui assaille cette femme de tête, qui tente de faire sa place alors que sa vie personnelle n’est pas au beau fixe (son père est malade, son mari est lui-même à la croisée des chemins professionnels).

Le portrait social qu’elle brosse est froid, mais engageant. Il est rare qu’un tel sujet soit abordé de front au cinéma. Si Numéro une peut sembler didactique – un écueil inévitable du scénario à thèse –, le film ne manque pas pour autant de subtilité. Les clichés et les archétypes illustrés par Tonie Marshall font partie des arcanes de la politique et du monde des affaires, notamment en France, où règne toujours un vieux parfum machiste.

La cinéaste refuse avec raison que l’on qualifie son œuvre de « film de femme », mais Numéro une est incontestablement un film féministe (cela dit sans aucune connotation péjorative). Ça tombe bien : il n’y en a pas trop.

Critique

De chair et de foi

Drame
Disobedience
(V.F. : Désobéissance)
Sebastian Lelio
Avec Rachel Weisz, Rachel McAdams et Alessandro Nivola
1 h 54
Trois étoiles et demie

Synopsis

Ronit, une photographe vivant à New York, retourne dans la communauté juive orthodoxe de Londres où elle a grandi après la mort de son père, un rabbin vénéré. Elle y retrouvera deux amis d’enfance, Dovid, le protégé de son père, et Esti, qui se sont mariés. Son retour chamboule la communauté, et particulièrement Esti, qui entretient une passion secrète pour Ronit.

Récompensé aux derniers Oscars pour le meilleur film étranger avec Une femme fantastique, le réalisateur chilien Sebastián Lelio est de retour avec Disobedience, son premier film en anglais, qui explore de façon sensible l’amour lesbien, mais aussi les contradictions intérieures qu’entraîne la rencontre des pulsions charnelles et de la foi.

Se déployant avec une lenteur étudiée, Disobedience (inspiré du roman du même nom) nous plonge au cœur d’une communauté juive orthodoxe du nord de Londres, que le spectateur découvre à travers les yeux de Ronit (Rachel Weisz, également productrice du film), une artiste bohème. Un regard extérieur, mais empreint d’une certaine familiarité, qui se pose sur cette communauté pieuse et fermée qui vit selon les enseignements de la Torah.

Magnifiquement filmé, sublimé par les chants traditionnels et offrant de très beaux plans aux accents mélancoliques de la banlieue et de la nature anglaises, Disobedience distille une atmosphère froide, aux accents claustrophobiques. La présence de Ronit provoquera un chamboulement de l’ordre établi, particulièrement chez ses amis d’enfance, désormais mariés, Dovid (Alessandro Nivola, très juste et touchant), le successeur désigné de son père, et Esti, dont les déchirements intérieurs sont superbement rendus par Rachel McAdams.

Rester ou partir ?

La désobéissance ne vient pas nécessairement de celle qui a fui, mais de celle qui est restée, Esti, qui se conforme en tout point à ce qu’on attend d’elle avec ses habits pudiques et sa perruque synthétique. Mais on comprend rapidement, au fil des regards lourds de sens et de la tension électrique qui s’installe entre les deux protagonistes féminines, qu’Esti est déchirée entre la vie qu’elle a choisie et ses élans intérieurs interdits envers Ronit.

Et lorsque la vieille flamme se rallume, Lelio donne à voir tout ce désir contenu éclore comme une fleur dans une scène érotique sensuelle et poignante, donnée à voir de façon très intimiste. Un abandon qui révélera Esti à elle-même et la poussera à exercer son libre arbitre : rester ou partir ?

Cela dit, si les personnages offrent une belle complexité psychologique et que le synopsis évite les clichés et les voies convenues, le spectateur demeure au bout du compte un peu comme Ronit, avec ce regard distancié qui l’empêche de ressentir pleinement les drames existentiels qui se jouent sous ses yeux.

Critique

Dis-moi ce que tu lis…

Comédie
Book Club
(V. F. : Club de lecture)
Bill Holderman
Avec Diane Keaton, Jane Fonda, Candice Bergen et Mary Steenburgen
1 h 44
Deux étoiles et demie

Synopsis

Quatre copines se réunissent une fois par mois depuis 40 ans pour leur club de lecture. À la suggestion d’une des quatre femmes, elles lisent 50 Shades of Grey, un roman sulfureux qui aura des répercussions sur leur vie personnelle et amoureuse.

Une fois par mois, quatre copines dans la fin soixantaine se réunissent pour leur club de lecture. C’est l’occasion de parler littérature, mais surtout de siroter un verre de vin et de se mettre à jour sur la vie de chacune. Vivian (Jane Fonda), propriétaire d’un luxueux hôtel, est une croqueuse d’hommes qui fuit l’engagement ; Carol est chef d’un resto et tente de reconquérir son mari, nouvellement retraité, qui a la libido à zéro ; Diane (Diane Keaton) est veuve depuis un an et doit gérer l’attitude surprotectrice de ses deux filles adultes. Enfin, Sharon (Candice Bergen), juge fédérale divorcée un peu bourrue, a définitivement tracé un X sur l’amour et partage sa vie avec son chat. La vie des quatre femmes sera bouleversée lorsque Vivian proposera la lecture du sulfureux roman 50 Shades of Grey.

Les quatre copines sexagénaires s’embarqueront dans toutes sortes d’aventures amoureuses plus rocambolesques les unes que les autres. Imaginez les filles de Sex and the City 30 ans plus tard, avec quelques rides en plus, mais autant, sinon plus, de chardonnay. Ou mieux encore, les quatre protagonistes de la défunte comédie Golden Girls. Les quatre copines ont beau frôler les 70 ans, elles picolent et leur foie semble à toute épreuve. 

Clichés à la chaîne

Bien sûr, quand il est temps de parler du vieillissement des femmes, aucun cliché ne nous est épargné : blague sur les gaines, allusions à la chirurgie plastique et au Viagra, etc. Toutefois, « parce qu’on est en 2018 », les dialogues sont assaisonnés de phrases à saveur féministe sur le pouvoir des femmes de décider de leur destinée et de leur sexualité. On n’est pas face à des grand-mères, mais bien à des femmes qui ont l’intention de jouir de la vie jusqu’à la dernière seconde.

Quant aux personnages masculins (Don Johnson, Craig T. Nelson, Richard Dreyfuss et Andy Garcia), ils servent surtout de faire-valoir.

Au bout du compte, Book Club (Club de lecture en version française) est un film sans surprise ni inventivité qui est cependant sauvé par la présence réjouissante de ces quatre grandes pointures hollywoodiennes, quatre femmes à la feuille de route impressionnante qui semblent s’en donner à cœur joie dans ce film. Diane Keaton est plus Diane Keaton que jamais. Quant à Candice Bergen, elle siffle les meilleures répliques du film sur un ton pince-sans-rire que ne renierait pas Murphy Brown. Le film parfait pour un groupe de copines qui ne veulent pas se casser la tête.

Critique

Anticonformisme incongru

Comédie romantique
How to Talk to Girls at Parties
John Cameron Mitchell
Avec Alex Sharp, Elle Fanning et Ruth Wilson
1 h 42
Deux étoiles et demie

Synopsis

En 1977, trois adolescents anglais qui carburent à la musique punk des Sex Pistols font la rencontre d’extraterrestres féminines.

Sur papier, le film de John Cameron Mitchell, basé sur une nouvelle de l’auteur britannique Neil Gaiman, était emballant. Trois jeunes amis, qui cherchent une fête de fin de soirée, aboutissent dans un endroit où se produit un groupe géré par une femme punk flamboyante nommée Boadicea (Nicole Kidman). Ils croient être dans un bar, mais ils sont plutôt dans le refuge d’une colonie d’extraterrestres de passage sur Terre pour étudier les mœurs humaines et s’en nourrir.

Enn (Alex Sharp) s’éprend de la nymphette rebelle Zan (Elle Fanning). Intriguée par le mouvement punk, Zan s’enfuit chez Enn. Elle fera la rencontre de sa mère, apprendra ce que représente l’attitude punk et découvrira les plaisirs du corps. Le défunt père d’Enn était un pianiste jazz intègre qui n’aurait jamais vendu son âme pour faire de la musique commerciale. Il était donc très punk dans l’âme. À l’inverse, les extraterrestres ont un mode de vie guidé par le conformisme.

Le film s’avère un beau clin d’œil aux films de zombies et de série B. Il s’agit aussi d’une rocambolesque histoire d’amour adolescent. Des scènes menées par des chorégraphies tape-à-l’œil nous rappellent que nous sommes dans une comédie musicale, mais le scénario s’avère beaucoup trop décousu – avec des choix de réalisation trop saugrenus – pour qu’on y prenne vraiment plaisir. Un peu n’importe quoi, se dit-on à la fin du film.

Critique

Le pape franciscain de Wim Wenders

Documentaire
Pope Francis : A Man of his Word
(V. F. : Le pape François : un homme de parole)
Wim Wenders
1 h 36
Deux étoiles et demie

Synopsis

Un portrait des opinions du pape François sur l’environnement, les inégalités et les migrations, par le vétéran cinéaste allemand Wim Wenders. On suit les voyages du pape dans plusieurs pays pauvres, aux États-Unis et à la rencontre de réfugiés. 

Au début du documentaire que consacre Wim Wenders au pape François, un segment en noir et blanc raconte l’histoire de saint François d’Assise. Le premier pape des Amériques, affirme le cinéaste allemand, est aussi révolutionnaire que le « Poverello » qui a fondé les franciscains au XIIIe siècle.

Pope Francis : A Man of His Word est le 19e film que présentait Wenders au Festival de Cannes. C’est aussi l’un des plus surprenants. On sent son admiration, digne d’un panégyrique, pour François, pour ses convictions écologiques et son engagement envers les pauvres.

Le personnage principal du film n’est pas François, mais bien l’émotion qu’il suscite chez qui l’écoute, un mélange d’espérance et de larmes de soulagement à l’idée d’être enfin entendu. Les bains de foule de François en Équateur, en Argentine, au Brésil, en République centrafricaine sont des images répétitives, mais puissantes, tout comme la foule sur la place Saint-Pierre lors de son élection en 2013 et du spectacle son et lumière qui a marqué la publication de son encyclique écologiste Laudato si’.

Quelques couacs

L’enthousiasme populaire pour le pape est appuyé par des extraits de discours et de conférences de presse dans l’avion papal, ainsi que par de longues entrevues qui rappelleront, à ceux qui les ont connus, les bons sentiments des cours de catéchèse à l’école primaire dans les années 70 et 80.

Seuls couacs à ce portrait enthousiaste, le poing levé du président brésilien Evo Morales posant avec François pour les photographes sur le tarmac à La Paz, et une séquence où François affirme que le point de vue des femmes est essentiel parce que complémentaire à celui des hommes et que « les féministes et les masculinistes [machistas] » divisent la société.

Pourquoi le pape a-t-il ouvert ses livres à Wim Wenders ? Vraisemblablement parce que le responsable du film au Vatican, Dario Edoardo Viganò, est brésilien et a vu son documentaire Sel de la terre (une citation des Évangiles), consacré à un photographe brésilien fasciné par la pollution et les inégalités, comme François.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.