Dernier kilomètre

Québec — Les élections partielles sont souvent des tests difficiles à traverser pour les gouvernements. Fréquemment, les électeurs en profitent pour lancer un avertissement à une administration fatiguée. Parfois, en revanche, l’équipe au pouvoir est suffisamment populaire pour qu’une circonscription vote avec enthousiasme du côté de celle-ci.

Pour la Coalition avenir Québec (CAQ), tout avait commencé par une partielle : une victoire décisive de Geneviève Guilbault dans Louis-Hébert, un autre bastion traditionnel du Parti libéral, à l’été 2017. La victoire contre le gouvernement Couillard avait galvanisé les troupes. On retrouve une brochette de ces partielles surprenantes, des messages envoyés aux différents partis. Par exemple, en 2001, dans l’opposition, les libéraux de Jean Charest avaient remporté Mercier avec Nathalie Rochefort, et Jonquière avec Françoise Gauthier, deux châteaux forts péquistes. En 2004, c’est le Parti québécois qui faisait un pied de nez à Jean Charest avec Elsie Lefebvre dans le château fort libéral de Laurier-Dorion.

C’est l’énigme qui persiste avec l’élection complémentaire dans Jean-Talon. La campagne se termine aujourd’hui, les rebondissements ont été nombreux. Au début, les astres s’alignaient très clairement en faveur de la CAQ. Joëlle Boutin, 40 ans, qui avait déjà été candidate contre Sébastien Proulx en octobre 2018, avait vite eu droit à cette seconde chance. Il faut rappeler qu’elle avait « chauffé » le candidat libéral avec 28,6 % des suffrages, contre 32,6 % pour Proulx – qui, sans avoir d’attaches particulières avec la circonscription, pouvait tabler sur sa notoriété comme membre du gouvernement. Le plan de François Legault ne s’est pas déroulé comme prévu ; la controverse déclenchée par Simon Jolin-Barrette sur les étudiants étrangers a capté l’attention, jetant dans l’ombre la mise à jour économique du ministre Eric Girard, avec ses mesures ciblant les familles.

Mme Boutin peut encore miser sur la géographie ; Québec est clairement dominé par la CAQ. Jean-Talon a toujours voté libéral depuis la création de la circonscription, en 1966. 

Le 1er octobre 2018, c’était resté le dernier bastion pour le PLQ à l’est de Montréal, hormis Roberval, où Philippe Couillard avait été élu l’an dernier, tombé depuis aux mains de la Coalition avenir Québec.

En début de campagne, des caquistes confiants de leur victoire prédisaient même que le PLQ allait terminer en troisième place, derrière Québec solidaire, dans cette circonscription où on retrouve l’Université Laval et trois cégeps. La semaine dernière, un sondage Léger indiquait que pour l’ensemble du Québec, la CAQ avait cédé six points au chapitre de la popularité, alors que les libéraux ont de leur côté grimpé de 4 %. Mais un autre chiffre est peut-être plus déterminant : la satisfaction à l’endroit du gouvernement Legault atteint encore un sommet, à 60 %. Plus encore, chez les francophones –et Jean-Talon est essentiellement francophone –, on trouve 70 % d’électeurs satisfaits.

Pour les libéraux, Gertrude Bourdon, 64 ans, a été choisie candidate après, semble-t-il, bien des tergiversations de la direction du parti. Mme Bourdon s’était fait connaître pour avoir « magasiné » sa candidature entre la CAQ et le PLQ l’an dernier. Elle avait mordu la poussière contre Québec solidaire dans Jean-Lesage. Mais ces erreurs de parcours derrière elle, l’administratrice grande pointure du réseau de la santé est une candidate sur mesure pour Jean-Talon, circonscription aisée où se retrouvent bien des hauts fonctionnaires et des professionnels. Historiquement, c’était aussi le havre de bien des communautés religieuses, dont le poids a beaucoup diminué, toutefois, au cours des ans. 

Spécialité libérale, le vote par anticipation est de bon augure pour Mme Bourdon, mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Un sondage Mainstreet pour L’actualité prédisait cette semaine une bonne avance pour la candidate caquiste.

Mainstreet prédisait aussi que Québec solidaire et le Parti québécois traînaient de la patte, loin derrière. Les bureaux de vote par anticipation du secteur où QS avait eu de bons résultats en 2018 n’ont pas eu beaucoup d’achalandage. Le candidat solidaire Olivier Bolduc a été choisi après une petite partie de bras de fer entre la base et la direction du parti. La co-porte-parole Manon Massé lui aurait préféré Frédéric Poitras, venu d’Équipe Labeaume, ex-candidat défait comme conseiller en 2017. Il est toutefois le seul à figurer avec son chef sur ses affiches.

Pour le PQ, le candidat défait de 2018 tente à nouveau sa chance. Sylvain Barrette, 61 ans, est un professeur de musique à la retraite. Depuis 20 ans, les libéraux auront été constamment en recul dans ce château fort, a-t-il relevé. Son pari : faire le plein de tous les votes souverainistes de la circonscription, d’où son plan, en bonne place sur ses affiches : « Pour l’indépendance ».

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