Jamie McCourt

L’atout cœur de Trump à Paris

Elle est « l’oreille et les yeux de Donald Trump en France ». Elle a été PDG des Dodgers, l’équipe californienne de baseball ; elle est aussi la directrice générale de Jamie Enterprises, société de capital-risque spécialisée dans les entreprises en démarrage et dans l’immobilier haut de gamme. Elle est en outre très impliquée dans la promotion de l’art contemporain, de l’éducation et soutient activement la communauté juive. Cette épicurienne formée à Aix-en-Provence a acheté 200 hectares de vignobles… à Napa Valley, en Californie.

Paris Match. Chaque ambassadeur nommé à Paris possède un lien particulier avec la France. Quel est le vôtre ?

Jamie McCourt. J’ai fait mes études ici, à la Sorbonne. Mais j’ai également eu le bonheur d’apprendre la gastronomie à Aix-en-Provence.

Qu’est-ce qui vous a amenée, un jour, à Aix-en-Provence ?

C’était en 1973, j’avais 19 ans. J’hésite à l’avouer, j’ai davantage pratiqué la dégustation du vin que potassé l’œnologie ! [Rires.] J’étais inscrite à l’université de Georgetown, mais j’ai voulu rester en France. Informés de mon intention, ils m’ont prévenue : « Restez en France autant que vous voulez, mais, à votre retour, il faudra faire une année supplémentaire. » Je me suis résolue à rentrer aux États-Unis. Sans cette échéance, je crois que je ne serais jamais repartie.

Vous avez donc failli devenir française !

C’était une période incroyable. À mon arrivée à Paris, j’ai rencontré l’ami d’un ami de mon père. Il m’a dit : « Bon, on va prendre un apéritif. » Je n’avais jamais bu un apéritif de ma vie ! Nous sommes allés au Café de la Paix. Un serveur m’a demandé : « Que désirez-vous ? » J’ai répondu : « Comme vous voulez. » Il m’a conseillé de prendre un kir. C’était mon premier. Désormais, à l’ambassade, on sert des kirs aux réceptions officielles…

Vous revenez à Paris dans des circonstances bien différentes : vous circulez en voiture blindée entourée de gardes du corps.

C’était une autre époque. Pendant mes études à la Sorbonne, j’ai vécu dans quatre endroits différents. Mon deuxième appartement était situé rue Notre-Dame-de-Lorette. J’ai fini par habiter rue Madame, chez une amie de l’école de cuisine. Je lui ai demandé si je pouvais lui sous-louer une pièce. Or, il n’y avait qu’une seule chambre et un placard à balais. J’ai emménagé dans ce placard. J’ai pu y glisser un petit matelas et installer une étagère pour mes livres. Lorsque mes parents sont venus, ils ont trouvé l’appartement correct ; mais, lorsqu’ils ont demandé à voir ma chambre, mon père a failli faire une crise cardiaque ! Aujourd’hui, quand je vois l’endroit où je vis, j’ai l’impression d’être Cendrillon.

Votre nomination est-elle une récompense pour votre soutien financier à la campagne de Donald Trump ?

Avant la campagne, je ne le connaissais pas. Le fils d’une amie avait eu un horrible accident de voiture et j’étais avec elle à l’hôpital. Dans la salle d’attente, j’ai vu à la télévision Donald Trump qui descendait un Escalator pour annoncer sa candidature. Un sous-titre indiquait qu’il allait nommer Steve Mnuchin comme directeur financier de sa campagne. J’ai aussitôt appelé Steve. Nous sommes tous les deux au conseil d’administration d’une fondation pour l’art. Je lui ai dit : « Prends-moi avec toi. Je crois en Donald Trump. Il est temps de redonner à l’Amérique sa grandeur. »

Vous ne l’aviez jamais rencontré auparavant ?

Jamais. Simplement, je croyais en lui. J’ai ajouté : « Je ferai ce que vous voudrez. » À mon sens, Trump incarnait ce dont l’Amérique avait besoin à ce moment particulier de son histoire.

Comment vous a-t-il annoncé votre nomination ?

Je ne peux pas révéler tous les secrets. Un jour, j’ai décroché mon téléphone et le président était au bout du fil.

Paris est-il important à ses yeux ?

Tous les ambassadeurs sont importants pour lui. J’ai cette chance incroyable d’être au bon endroit au bon moment. Le président connaissait aussi mon attachement à la France et à Paris.

En tant qu’ambassadrice, vous avez un rang particulier. Vous êtes le lien entre la France et l’Amérique.

Oui, j’ai cette chance-là. Les présidents s’entendent très bien, c’est une relation profonde.

Cela facilite-t-il les choses ?

Absolument. Ce poste n’est pas seulement emblématique, il souligne l’importance de la relation entre la France et les États-Unis.

Quelle mission Donald Trump vous a-t-il confiée ?

Donald Trump est très clair : il recherche la sécurité et la prospérité. Il veut protéger les Américains, chez eux et à l’étranger. Dans tous les domaines possibles. Il veut un pays florissant, doté d’un lien fort avec nos alliés.

Il vous l’a dit en ces termes : « Je suis attaché à cette relation avec la France… »

Non, c’est à tous les ambassadeurs qu’il a dit ce qu’il attendait d’eux. Il ne dévie pas de sa stratégie : sécurité, prospérité.

Donald Trump a une approche très personnelle des relations internationales. Y a-t-il une place pour un ambassadeur, avec lui ?

Je crois qu’il y a un vrai champ d’action. Ma mission est d’appliquer ce qui, aux yeux du président, compte pour notre pays. Lorsque je considère qu’une chose est importante, je le lui fais savoir, et vice versa. Je facilite les échanges. Être dans cette position est un véritable honneur.

Imprévisible est un qualificatif qui revient souvent lorsqu’on évoque Donald Trump. Dans les affaires, dans l’« art du deal », c’est certainement un atout. Mais est-ce vraiment le cas en diplomatie ?

Je ne dirais pas qu’il est imprévisible. Il fait exactement ce qu’il a annoncé pendant sa campagne. Il avait un plan, il l’accomplit. Il tient donc toutes les promesses qu’il a faites aux Américains. Loin d’être imprévisible, il sait parfaitement où il va.

Que veut dire exactement le président lorsqu’il parle de « rendre à l’Amérique sa grandeur » ? Nous, Français, n’avons jamais pensé que l’Amérique était petite…

Il veut la prospérité pour tous : garantir un emploi à chacun, permettre à tout enfant de réussir mieux que ses parents et de devenir ce à quoi il aspire. Ces valeurs incarnent l’Amérique, et c’est cela qu’il cherche à retrouver.

Il y a un an, le 14 juillet, on pouvait penser que Donald Trump et Emmanuel Macron étaient les meilleurs amis du monde. Aujourd’hui, après le retrait américain de l’accord de Paris sur le climat, de celui sur le nucléaire iranien et le désastre du G7, ils sont rivaux. Que s’est-il passé ?

Il ne me semble pas que la relation entre eux se soit dégradée. Ils se ressemblent beaucoup, en ce sens que chacun recherche pour son pays ce qu’il y a de mieux. Ils ont tous deux fait campagne à leur manière, hors des sentiers battus, avec un agenda bien à eux. Ces traits communs les ont rapprochés.

Nous avons l’impression que le président américain parle à ses électeurs, pas au monde…

Croyez-moi, Donald Trump et Emmanuel Macron se parlent. Ils ont une relation très franche. Chacun cherche à préserver ses intérêts. Au sujet du changement climatique, nous avons tous une approche différente. Le président Trump veut trouver le meilleur compromis possible pour l’Amérique. Il croit au changement climatique. Il croit qu’il peut améliorer les choses. Mais nous disposons d’universités, de centres d’études et d’entreprises en démarrage bien plus capables d’intervenir que la simple action du gouvernement.

Après le désastre du G7 au Québec, une question se pose : les Américains tournent-ils le dos à leurs alliés ?

Pas du tout. Le président est très attaché à la recherche d’un libre-échange réciproque. Il a été très clair là-dessus. Il ne veut plus qu’on se serve de l’Amérique. Il s’inquiète quand la Chine confisque la propriété intellectuelle. Il veut que chacun puisse pénétrer le marché librement et volontairement.

Y aura-t-il une guerre commerciale et quelles en seraient les conséquences ?

Je ne suis pas économiste, mais je sais que le président Trump ne la souhaite pas. Il veut un commerce honnête et réciproque. Et il fera tout ce qui est en son pouvoir pour y parvenir. C’est très important, à ses yeux et aux yeux des Américains.

Est-ce difficile de s’adapter à la diplomatie quand on vient, comme vous, du monde des affaires ?

Je fais comme Donald Trump. Il vient du monde de l’entreprise, qui est un milieu différent. Nous faisons tout pour nous adapter à des systèmes comme la diplomatie, qui ont une longue tradition. Nous prenons les meilleures décisions pour le bien de notre pays.

À quoi mesurerez-vous votre succès ?

Nous en parlons tout le temps. Cela ne se mesure pas en dollars, mais plutôt en améliorations successives de la relation. Par exemple, le fait que le président Macron ait pu prononcer son discours devant le Congrès américain. Ce n’était pas simple de réunir les deux branches, la Chambre des représentants et le Sénat. C’était un succès.

Quelles sont vos priorités en France ?

Maintenir, soutenir et fortifier les relations entre nos deux pays. Avec, j’insiste, le souci constant de la sécurité nationale et de la prospérité. Cela se fait sur plusieurs plans : culturel, politique, éducatif, et même culinaire. Nous devons rassembler les gens. Je suis heureuse quand je peux, à l’occasion d’un bon repas, réunir un homme politique, un artiste ou un réalisateur et les faire dialoguer. Je veux éviter que chacun reste dans son monde.

Comment vous entendez-vous avec votre voisine, Brigitte Macron ?

Elle est sensationnelle. Intellectuelle, drôle, belle, une vraie rock star ! Elle a été très accueillante avec moi. Mais, de façon générale, tout le monde a été très gentil avec moi.

Nous sommes à un moment particulier où l’ordre mondial vacille. Le Moyen-Orient, l’Asie, qu’est-ce qui vous inquiète le plus au niveau de la diplomatie ?

Le monde doit fonctionner avec plusieurs points de vue et non pas un seul. Il faut que des voix contraires puissent exister. Il faut se parler et s’écouter. Nous devons nous assurer qu’un dialogue demeure et qu’on s’entende.

Tweetez-vous de façon compulsive, comme votre président ?

Je ne tweete pas. Il y a un compte que l’ambassade gère. Dieu merci, je n’ai pas à le faire…

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