Musique

Une formidable Nana

Rares sont les artistes qui peuvent se vanter d’avoir une carrière qui couvre plus de quatre générations. C’est le cas de Nana Mouskouri. À 83 ans, la chanteuse n’a rien perdu de sa ferveur et de son enthousiasme. Les Montréalais la retrouveront samedi prochain sur la scène de la Maison symphonique. Rencontre avec une femme passionnée.

Droite comme un i, impeccablement maquillée, les doigts ornés de bagues, Nana Mouskouri était à Montréal en avril dernier pour nous présenter son petit dernier, Forever Young, un album de reprises qui va d’Elvis Presley à Leonard Cohen en passant par les Beatles et Bryan Adams. 

À 83 ans, la chanteuse d’origine grecque n’a pas fini de nous surprendre. C’est pour rendre hommage aux chansons indémodables ou éternelles qu’elle a voulu faire cet album. Mais « forever young », c’est aussi un état d’esprit chez elle.

« Quand j’ai entrepris ma tournée d’adieux, j’ai croisé Aznavour et on a parlé de la jeunesse ensemble. Il a 10 ans de plus que moi et il m’a dit : c’est quoi cette idée de te retirer ? Qu’est-ce que tu vas faire ? Il ne faut pas abandonner, voyons ! Fais comme moi… »

— Nana Mouskouri

« C’est cette jeunesse d’Aznavour qui m’a rappelé la chanson Forever Young. Vous, vous êtes journaliste, vous avez une page blanche devant vous et vous devez la remplir. Nous, nous avons une salle noire devant nous et nous devons l’éclairer avec la musique. Chanter, c’est une façon de rester jeune et, surtout, de faire en sorte que les chansons restent pour toujours. C’est comme ça que j’ai approché cet album. »

Jeunesse éternelle

Sur Forever Young, Nana nous surprend également avec une chanson d’Amy Winehouse. « Pour moi, c’est une immortelle qui a créé des chansons qui resteront », souligne la chanteuse dont l’interprétation de Love Is a Losing Game révèle toute la fragilité des paroles de la jeune chanteuse au destin tragique. 

« Je compte beaucoup sur la nouvelle génération, poursuit-elle. J’ai eu la chance de vivre longtemps, c’est au tour des jeunes, maintenant. Nous, les vieux, pouvons les supporter, mais nous pouvons aussi être influencés par leur énergie, leur façon de dire les choses différemment. »

Nana Mouskouri a choisi des chansons qu’elle n’avait jamais encore enregistrées un défi pour cette chanteuse qui compte 1967 enregistrements originaux à son actif. 

« Je choisis moi-même mes chansons, puis je les présente aux musiciens et à mon mari, qui est aussi mon producteur. Il y a Bob Dylan que j’aime beaucoup. Barbara, qui n’est pas quelqu’un qu’on peut chanter facilement, car ses chansons sont tellement personnelles, des chansons tristes qui comportent tout de même une note d’espoir. Et puis il y a In the Ghetto d’Elvis Presley, parce que cette chanson aurait pu être écrite aujourd’hui et parce que je suis sensible à ce qui se passe dans la société. On trouve des ghettos partout en Europe, malheureusement. »

Nana aime Montréal

Les liens de la chanteuse avec Montréal sont profonds. Elle est venue ici très souvent tout au long de sa carrière et son fils habite ici aujourd’hui. 

« Quand j’ai commencé à chanter dans les années 60, j’étais à Montréal pour le premier anniversaire de mon fils. Puis je suis revenue avec ma fille et lui. J’étais une maman volante et je crois que les gens ne voyaient pas seulement la chanteuse, ils voyaient la famille et ils nous prenaient comme ça. Et moi, bien, je voulais être une girl next door, une fille ordinaire, tout en respectant ce que je faisais, bien entendu. »

Au fil des ans, elle a tissé des liens avec plusieurs chanteurs d’ici et, encore aujourd’hui, elle se considère comme quelqu’un « de la famille ». 

« J’ai l’impression de connaître le public [montréalais], je suis très émue chaque fois que je le retrouve. »

— Nana Mouskouri

Elle parle aussi de son amitié avec Leonard Cohen, qu’elle a rencontré dans les années 70. « Il est venu m’écouter à la Place des Arts et on est restés en contact. J’ai chanté plusieurs de ses chansons », se rappelle l’interprète, qui comptait bien profiter de son passage dans la métropole pour parler avec Adam Cohen d’un éventuel spectacle-hommage qu’elle aimerait organiser en Grèce.

Bien sûr, avec une si longue carrière à son actif, Nana Mouskouri ne manque pas d’anecdotes. Comme cette fois à Las Vegas où elle a dû renoncer à rencontrer Elvis Presley parce qu’elle était l’invitée de Liberace et qu’elle ne voulait pas être impolie. « Je l’ai beaucoup regretté », confie-t-elle. 

Son autre regret ? De ne jamais avoir chanté avec Johnny Hallyday. « J’aime les rockeurs », confie-t-elle avec un sourire. 

Cette femme qui maîtrise plusieurs langues, qui a rempli des salles dans le monde entier et qui a enregistré plus de 1000 chansons avoue qu’elle était gênée d’approcher le célèbre chanteur français. « Je ne me sentais pas à la hauteur », dit-elle. Sacrée Nana !

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