Stratégies de survie

Cette petite talle de bleuets, non loin du sentier, a l’air vraiment appétissante. Il y en a une autre, un peu plus loin, tout aussi attirante. Puis une autre. Et une autre. Et on cueille, et on déguste, et on cueille. Quand on finit par se redresser, on n’a pas la moindre idée où on est rendu. À moins de retrouver rapidement le sentier, la petite expédition de cueillette de bleuets (un exemple fictif) pourrait bien se transformer en situation de survie. Que faire ?

Smokymountains.com est un site touristique sur la région des Great Smoky Mountains, à la frontière de la Caroline du Nord et du Tennessee. Récemment, il a analysé plus d’une centaine d’articles de journaux relatant des situations de survie en forêt aux États-Unis et au Canada afin de voir pourquoi des gens se retrouvent perdus ou coincés en forêt et ce qu’ils font pour s’en sortir vivants.

Dans 41 % des cas répertoriés, les gens se sont simplement éloignés du sentier (comme nos cueilleurs de bleuets). Le mauvais temps explique 17 % des situations de survie répertoriées alors qu’une blessure est à la base de 7 % des cas. L’arrivée de l’obscurité joue dans 6 % des situations et un bris ou une perte d’équipement, dans 5 %.

Les stratégies que ces gens utilisent pour survivre démontrent l’importance de la préparation. Bien sûr, certaines personnes se réfugient dans des cavernes ou se bâtissent un abri, mais on voit davantage de gens qui utilisent simplement l’équipement de camping qu’ils ont apporté. De même, dans 35 % des cas répertoriés, on compte sur la nourriture apportée pour survivre (en la rationnant). On mentionne le recours à des baies sauvages dans seulement 9 % des cas, des plantes dans 9 % des cas et des insectes dans 3 % des situations analysées.

L’importance de la préparation n’étonne pas André-François Bourbeau, cofondateur du baccalauréat en plein air et tourisme d’aventure de l’Université du Québec à Chicoutimi et auteur du livre Le Surviethon, 25 ans plus tard, un manuel reconnu de techniques de survie.

Après avoir compilé et analysé des événements de plein air pendant des années, M. Bourbeau conclut que six éléments ont une grande influence sur la survie. Le plus important, c’est le matériel dont on dispose.

« Comme un bon sac de couchage. Au Québec, c’est le froid qui tue. Et une balise de survie comme un Spot. Ça coûte quelques centaines de dollars et ça sauve la vie. »

— François Bourbeau, professeur à l’UQAC

Le deuxième élément est indépendant de la volonté de l’amateur de plein air. C’est ce que M. Bourbeau appelle la générosité de l’environnement.

« La présence de bleuets, ça aide beaucoup. »

Certains environnements sont plus difficiles, comme un endroit marécageux. Et la météo peut être exécrable.

Les quatre autres éléments sont des facteurs humains. Il y a d’abord la forme physique de l’individu. Il y a aussi sa force psychologique.

« Une personne en dépression aura plus de difficulté à survivre qu’une mère qui sait que ses enfants l’attendent et ont besoin d’elle. »

Il insiste également sur la connaissance des techniques de survie : comment faire du feu, faire des nœuds, installer une bâche, etc.

Il y a enfin le facteur décisionnel, soit la capacité de prendre de bonnes décisions, avec sang-froid. Ce n’est pas le temps de prendre panique et de grimper aux arbres dans l’espoir de voir quelque chose d’en haut (et ainsi risquer de tomber et de se blesser) ou d’aller marcher sur la glace mince (et de passer au travers). Bref, de se mettre en difficulté.

Bien se préparer

M. Bourbeau note qu’on peut jouer sur cinq de ces six éléments en se préparant : se procurer du matériel adéquat, se mettre en forme, lire des récits de survie (« ça aide sur le plan psychologique »), apprendre des techniques de survie et faire des simulations pour faciliter la prise de décisions en cas de situation difficile.

L’une des décisions à prendre, c’est de rester sur place dans l’attente de secours ou se mettre en route dans l’espoir de se tirer d’affaire.

Même si les autorités en recherche et sauvetage recommandent en général de rester sur place, smokymountains.com a constaté que dans 65 % des cas répertoriés, les gens continuaient à se déplacer alors que dans 35 % des cas, ils restaient sur place.

Pour aider à la prise de décision, André-François Bourbeau propose l’acronyme SERA (Signalisation, Énergie, Risque, Atout).

« La signalisation, c’est ta job. Il faut que tu fasses des signaux pour te faire voir. »

— François Bourbeau, professeur à l’UQAC

« L’énergie, poursuit-il, c’est le fait de se mettre en mode “batterie faible” dès le départ, poursuit-il. Marcher lentement, ménager ses forces. Boire, manger, dormir, si c’est possible. »

Le « R » fait évidemment référence à la nécessité de ne pas prendre de risques afin de ne pas aggraver les choses.

Enfin, il faut faire attention à ses atouts : son couteau, son briquet, ses vêtements secs.

« On ne va pas marcher dans les ronces et déchirer les vêtements qui nous protègent. »

Partir ou rester ? On peut analyser chaque option en fonction de ces critères.

« Souvent, on conseille un essai bref, indique M. Bourbeau. On peut ainsi marcher pendant 100 m et réévaluer la situation. »

Évidemment, il est préférable de ne pas se retrouver dans une telle situation. Et lever la tête de temps à autre quand on va à la cueillette des bleuets.

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Faire du vélo de montagne sur un sentier de via ferrata dans les Dolomites ? Le cycliste français Kilian Bron n’a peur de rien.

- 89,2 °C

C’est la température la plus froide jamais enregistrée sur la Terre (station Vostok, en Antarctique, le 21 juillet 1983). Pour ceux qui ont trop chaud ces temps-ci.

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