COVID-19  Bourse

Les grands épiciers comme valeur refuge ?

Y a-t-il encore des valeurs refuges d’intérêt pour les investisseurs dans tout ce carnage en Bourse depuis un mois, en qui tous voient le précurseur d’une soudaine et sévère récession déclenchée par la crise de pandémie due au nouveau coronavirus ? 

Oui, malgré tout, signalent des experts du placement. Et pour les identifier, on n’aurait qu’à observer les secteurs d’activité qui continuent de fonctionner en tant que services essentiels, comme les détaillants en alimentation.

« Parmi les placements à meilleur potentiel “défensif” ces temps-ci en Bourse, outre les titres du secteur aurifère, je considère surtout les entreprises des secteurs des services de santé et de la consommation de base », indique Martin Roberge, directeur de stratégie de placements, marchés nord-américains, de la firme d’investissement Canaccord Genuity.

« Et dans le secteur de la consommation de base, alors que les achats de panique face à la pandémie de COVID-19 ont déjà profité à la valeur boursière des détaillants à très grande surface comme Costco et Walmart, je crois qu’il reste encore plus de potentiel de valorisation du côté des détaillants en alimentation dans la perspective d’une récession. »

En fait, les trois plus grands détaillants en alimentation qui sont cotés à la Bourse de Toronto se démarquent déjà pour leur résistance à la débâcle des marchés.

Alors que, depuis trois mois, les principaux indices au Canada (S&P/TSX) et aux États-Unis (S&P 500) affichent des replis considérables de l’ordre de 26 % à 28 %, la valeur boursière attribuée au groupe Metro et ses enseignes Super C, Adonis et Pharmacies Jean Coutu s’est accrue de 5 %.

Du côté du groupe Loblaws (Provigo, Maxi et Pharmaprix au Québec), la valeur boursière est demeurée presque stable (+ 0,4 %) alors qu’elle a reculé de seulement 3 % chez le concurrent Empire, mieux connu par ses enseignes Sobeys et IGA.

Tumulte économique

« En effet, les grands détaillants canadiens en alimentation se sont affirmés de façon très avantageuse en Bourse, parmi le groupe restreint des secteurs considérés comme défensifs ou valeurs refuges lors des périodes de grand tumulte dans l’économie », constate Jean-René Ouellet, gestionnaire de portefeuille chez Desjardins Gestion de patrimoine.

Cela dit, est-ce que les actions de ces grands détaillants en alimentation devraient encore figurer au tableau des bonnes occasions de placement en période de déprime boursière ?

« Pas nécessairement du point de vue des investisseurs opportunistes, qui recherchent les titres à plus fort potentiel de rendement à moyen terme lorsque s’amorcera le redressement de valeur sur les marchés boursiers, avertit Jean-René Ouellet.

« Les détaillants en alimentation ont bien résisté à la chute des marchés boursiers depuis deux mois. En contrepartie, leurs mesures de valorisation comme le multiple cours/bénéfice demeurent élevées par rapport aux moyennes dans le secteur de détaillants et dans l’ensemble du marché boursier. »

Ce qu’en disent des analystes 

« Nous considérons la possibilité que la sévérité de la crise [de la COVID-19] ait un impact durable sur les habitudes de vie des consommateurs, et en particulier de cuisiner davantage à la maison plutôt que d’aller en restaurant.

« Notre analyse préliminaire de ce changement nous suggère que cela pourrait rehausser la croissance des ventes des grands détaillants alimentaires (Loblaws, Metro et Empire) de l’ordre d’un pour cent (1 %) dès cette année, et de 2 % à 4 % au niveau de leur bénéfice par action.

« Nous nous attendons à ce que les détaillants alimentaires “surperforment” en Bourse en ces temps de grandes incertitudes économiques. »

— Chris Li et Jim Huang, analystes des détaillants chez Desjardins Marchés des capitaux, dans une note à leurs clients-investisseurs la semaine dernière

« Je crois que les récents développements de la crise de la COVID-19 pourraient temporairement être de bon augure pour les grands épiciers, avec une inflation accrue des prix et d’une augmentation de l’achalandage de clients.

« Par conséquent, je continue de recommander les actions des grands épiciers. D’autant plus qu’il s’agit de détaillants de produits alimentaires essentiels qui resteront ouverts pendant la crise, ce qui pourrait pousser leurs actions vers des valorisations sensiblement plus élevées. »

— Peter Sklar, analyste des détaillants canadiens chez Marchés des capitaux BMO, dans une note à ses clients-investisseurs la semaine dernière

COVID-19

Des primes de 2 $ l’heure pour certains employés d’épicerie

Des chaînes d’alimentation ont accordé samedi une prime temporaire de 2 $ l’heure à leurs employés, qui sont extrêmement sollicités depuis le début de la pandémie. Le groupe Loblaw, qui regroupe les enseignes Loblaw, Provigo, Maxi et Pharmaprix, ainsi que Metro, qui regroupe les enseignes Métro, Adonis et Super C, ont confirmé l’octroi des primes. La bonification devrait aussi être octroyée aux employés des entrepôts du Groupe Jean Coutu. « Nous poursuivons nos discussions avec les autres [chaînes] », a précisé le syndicat des Travailleurs et travailleuses unis de l’alimentation et du commerce, qui représente une grande partie des employés concernés. David Bergeron-Cyr, président de la Fédération du commerce de la CSN, souligne de son côté que les travailleurs en épicerie sont très exposés et ne gagnent pas des salaires élevés. « On parle souvent de gens qui gagnent 14 ou 15 $ l’heure. On a un membre qui a compté 3500 clients dans une journée à son épicerie. Imaginez. Vous êtes proche du salaire minimum, on dit à toute la province de rester à la maison, mais vous, vous êtes obligé d’aller travailler », illustre-t-il.

— Vincent Larouche, La Presse

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