Critique de Serge Fiori, Seul ensemble

Serge Fiori de retour

Le retour tant attendu de Serge Fiori a finalement eu lieu hier soir, au Théâtre St-Denis, et le pilier d’Harmonium n’a même pas eu à monter sur scène – sauf pour remercier le public à la fin de la représentation.

Il s’agissait bien sûr d’un spectacle acrobatique du Cirque Éloize, mais les 19 pièces de Serge Fiori, actualisées avec la complicité de Louis-Jean Cormier, ont dominé ce spectacle hommage, dans lequel on pouvait voir des projections de Fiori lui-même et entendre des extraits d’entrevues où il parle de sa jeunesse, ses débuts, sa musique.

Il faut bien le dire, l’album lancé vendredi dernier, qui reprend les plus grands succès des albums Harmonium, Si on avait besoin d’une cinquième saison, L’heptade et même de Deux cents nuits à l’heure de Fiori-Séguin, est magnifiquement rendu. De très riches ajouts de cuivres et de cordes magnifient les chansons de Fiori.

Le premier tableau s’ouvre sur Vert, les 20 acrobates et danseurs de Seul ensemble remuant dans un cocon – sorte de structure pyramidale rappelant l’heptade –, avant d’éclore sur scène dans une jolie chorégraphie.

On s’en rend compte assez rapidement : le cirque sera au service de la musique. Parfois même un enrobage.

Il y a bien sûr quelques exceptions, comme ce magnifique duo de trapèze sur la pièce Depuis l’automne (qui dure plus de neuf minutes !). Sans doute l’un des plus beaux tableaux de Seul ensemble, qui conclut la première partie du spectacle. Un numéro époustouflant, parfaitement arrimé à la musique de Fiori.

Malgré la linéarité de Seul ensemble, le metteur en scène, Benoît Landry, a réussi à insuffler à ce spectacle une belle dose de fantaisie, créant des images fortes, comme lorsque des artistes aériens descendent du plafonnier sur une image géante de Serge Fiori qui fume une cigarette sur la pièce En pleine face.

On dirait que le cirque reprend un peu ses droits dans la deuxième partie – notamment sur les segments musicaux sans paroles.

Il y a entre autres de très beaux numéros aériens, au tissu et à la corde lisse. Un numéro de planche coréenne sur Aujourd’hui, je dis bonjour à la vie, qui fait son effet avec ce ciel orangé traversé de nuages. Le numéro de trapèze d’Arthur Morel-Van Hyfte – qui a remporté l’or au Festival mondial du cirque de demain à Paris – était aussi remarquable.

Les décors imposants de Dixie, avec les fleurs géantes et les papillons, clin d’œil à la pochette de Si on avait besoin d’une cinquième saison, ou ceux sous forme de projections dans Histoires sans paroles donnent une belle facture à ce spectacle musical, qui nous rappelle à quel point Fiori est un grand mélodiste et à quel point sa musique a un souffle dramatique.

Mention spéciale au danseur Charles-Alexis Desgagnés.

Impossible de ne pas penser à la série hommage du Cirque du Soleil (à Trois-Rivières), qui se prête au même exercice depuis quatre ans en créant des spectacles sur les musiques de Beau Dommage, Robert Charlebois, Les Colocs, etc. Éloize n’a évidemment pas les mêmes moyens que le Cirque, et ses décors cartons laissent parfois une drôle d’impression, mais, grâce à la musique inspirante de Fiori (qui renaît), on a droit à un spectacle de belle tenue.

Comme un sage conclut le spectacle hommage, précédé de Un musicien parmi tant d’autres, des classiques, cette fois enrobé d’une très belle chorégraphie d’Angelica Bongiovonni à la roue Cyr. Finalement, de belles retrouvailles avec Serge Fiori.

Jusqu’au 31 mars au Théâtre St-Denis à Montréal. Au Capitole de Québec du 20 juin au 7 juillet.

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