Mode Ça revient

Le fluo

La Presse décortique une tendance mode qui fait un retour. Pourquoi maintenant ? De quoi s’agit-il ? Comment la porter ? Décryptage.

La tendance

Les couleurs fluo (pour fluorescentes ou phosphorescentes), aussi appelées « néon » en Europe, sont des teintes très vives, acidulées, voire flashy. Très pigmentées, elles réfléchissent la lumière. On parle typiquement du jaune, du vert et du rose, mais aussi de l’orange et du bleu.

Leurs origines

Apparues au milieu des années 80, les couleurs fluo ont connu leurs heures de gloire à la fin de cette décennie et au début des années 90. « J’associe beaucoup cette tendance au début des années 90, dit Stéphane Leduc, journaliste mode depuis 25 ans et chargé de cours à l’École supérieure de mode de l’Université du Québec à Montréal. Elle a pris de l’ampleur à cause du ralentissement économique dû à la crise de la guerre du Golfe, particulièrement en Europe. Les gens voulaient se sortir d’un certain marasme, d’une inquiétude. »

Lolitta Dandoy, journaliste mode et blogueuse, associe l’apparition des couleurs fluo à des phénomènes culturels. « Le fluo était associé à l’aérobie et au streetwear d’abord, explique-t-elle. Les gens se sont approprié la tendance dans les années 80 et dans les années 90, on la voyait beaucoup dans les raves. » Sur la scène artistique, Madonna, David Bowie, Cher, Cyndi Lauper, Jane Fonda et Olivia Newton-John, entre autres, ont porté (fièrement) la tendance.

Ça revient… Vraiment ?

« Oh oui, ça revient ! » s’exclame Marie-Claude Pelletier, présidente de l’agence de stylistes Les Effrontés, avant d’ajouter qu’il y en a « partout dans les collections printemps-été 2019 ». Mme Dandoy, qui suit attentivement ce qui se passe sur les passerelles, confirme : « On a eu un gros splash de fluo l’an passé dans les défilés de mode. On en a vu chez Versace, Armani, Prada, Jeremy Scott et Louis Vuitton, entre autres. En ce moment, on en voit partout en magasin, ça dépasse les designers. »

Selon Stéphane Leduc, le mouvement du retour au fluo s’est amorcé en 2013. « Ces six derniers mois, la tendance a pris de l’ampleur et elle s’est répandue, dit-il. Certaines personnes qui refusaient de la reprendre se la sont appropriée. »

Pourquoi maintenant ?

Une tendance mode qui revient est toujours un « reflet de ce qui se passe dans la société », indique Mme Pelletier. Selon elle, les couleurs pop sont associées au plaisir, à la légèreté, à un peu de frivolité. Selon Stéphane Leduc, si ça revient, c’est qu’on en a besoin. « Ça ne m’étonne pas du tout que ça revienne, avoue-t-il. C’est une réaction aux problèmes sociaux actuels, aux conflits, à la montée du conservatisme. On vit une période de tourmente. Or, le fluo, ça fait sourire, ça met de bonne humeur ! »

La journaliste Lolitta Dandoy y voit également un aspect féministe : porter du fluo, c’est voyant et audacieux, c’est une prise de position. « La dernière fois que le fluo était populaire, les femmes s’affirmaient sur le plan professionnel, elles entraient en affaires sur Wall Street, souligne-t-elle. Et maintenant, on est dans une ère de libération et d’émancipation. »

On fait comment ?

L’animatrice télé Laurence Bareil, à la tête du site lareinedushopping.ca, compte bien porter la tendance… avec parcimonie. « Un petit pull jaune néon, c’est bon pour pimper la garde-robe et le moral, dit-elle en riant. On traite les couleurs fluo comme toutes les couleurs punchées : c’est beau avec du noir ou des teintes de terre. » À essayer aussi : fluo et marine, ou encore avec du gris ou du blanc. « On joue sur les contrastes, précise Stéphane Leduc. Un haut fluo avec un legging noir, par exemple ».

On hésite ? 

On y va par petites touches en choisissant un accessoire néon : un sac à main, des chaussures, un accessoire pour les cheveux, etc. « Le fluo, ça peut faire clinquant, prévient Mme Bareil. Pour éviter les faux pas, on choisit de belles matières et de belles coupes. » Elle ajoute qu’il n’y a ni âge ni forme ou taille pour porter le fluo. « Ça s’adresse à tout le monde. C’est ça qui est le fun avec la mode : on prend ce qu’on veut et on laisse faire le reste ! »

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