La Planète économique

Les énergies vertes chantent leur
« rêve californien »

Depuis les années 60, la Californie a l’habitude de donner le « la » au monde en matière de musique, mais aussi dans plusieurs domaines, dont l’environnement.

Mercredi dernier, l’État américain le plus populeux a été fidèle à sa réputation en adoptant des mesures révolutionnaires qui obligeront toutes les nouvelles maisons à être équipées d’énergie solaire. Une première aux États-Unis et, peut-être, un modèle pour le reste du monde.

La nouvelle directive, qui entrera en vigueur dans deux ans, place l’énergie solaire au centre de la stratégie énergétique de cet État de 40 millions d’habitants.

Même si la mesure fera grimper de 8000 à 12 000 $ US le prix d’une maison neuve, ce coût additionnel sera récupéré au fil des ans par les nouveaux propriétaires grâce aux économies d’énergie, soutient la Commission californienne de l’énergie (CEC).

Outre son impact écologique, cette décision audacieuse vient confirmer une autre chose : avec ou sans l’appui des gouvernements, le marché des énergies renouvelables, qui profite déjà d’une croissance faisant l’envie de plusieurs industries, est promis à un avenir radieux.

10 millions d’emplois

La preuve que le solaire, l’hydroélectricité et l’éolien ont le vent dans les palmes, l’industrie des énergies vertes embauche désormais une armée de travailleurs dans le monde.

Pour la première fois, le seuil des 10 millions d’emplois a été franchi dans ce secteur en 2017, calcule l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA). Toutes technologies confondues, le total s’établit à 10,3 millions de travailleurs, soit un bond de 500 000 en un an.

« Les énergies renouvelables sont devenues un pilier de croissance économique », affirme dans un nouveau rapport Adnan Z. Amin, directeur général de l’IRENA, qui met en avant « les avantages économiques, sociaux et environnementaux de ces énergies ».

Le solaire, qui a enregistré un volume record de nouvelles installations en 2017 (94 gigawatts de capacité supplémentaire, contre 73 gigawatts en 2016), demeure l’industrie la plus créatrice d’emplois : 3,4 millions, soit près du tiers du total, souligne l’IRENA.

Et ce n’est pas terminé.

D’ici cinq ans, le monde va ajouter 10 000 panneaux solaires par heure, soit l’équivalent de 1000 terrains de soccer chaque jour, prédit l’Agence internationale de l’énergie.

L’Asie en tête

Cependant, le rapport de l’IRENA brosse un tableau à la fois surprenant et inquiétant de la répartition des effectifs « verts » sur la planète.

L’Asie a pris aisément le devant sur ce marché en concentrant 60 % des travailleurs, dont près de 40 % uniquement en Chine – soit près de 4 millions de personnes. Les deux autres poids lourds dans le domaine, le Brésil et les États-Unis, arrivent loin derrière avec respectivement 893 000 et 786 000 emplois.

Du coup, ces données renforcent la position de leader mondial de la Chine sur le marché en croissance des énergies vertes.

Voici quelques chiffres à cet égard :

• d’ici à 2030, le marché chinois des énergies « propres » devrait atteindre 3200 milliards US, selon la maison d’étude Chuanglan Thing-Tank. C’est environ deux fois la taille de l’économie canadienne ;

• les Chinois éclipsent toute la concurrence sur le marché de l’énergie solaire : ils fabriquent les deux tiers des panneaux photovoltaïques vendus dans le monde, évalue Bloomberg New Energy Finance. Et ils dépensent plus de deux fois plus que les Américains dans l’installation de cette technologie ;

• il faut dire cependant que la Chine ne peut faire autrement que de changer : la pollution de l’air dans ce pays cause 1,6 million de morts par an, affirme la firme Berkeley Earth dans un rapport datant de 2015.

Le plus grand risque mondial

Dans une étude parue au début de 2018, Bank of America Merrill Lynch (BAML) prévient que les changements climatiques constituent « le plus grand risque » pour la planète, qui touche 60 % de la population et qui retranchera 5 % à l’économie mondiale d’ici à 2100.

Par contre, cette menace représente aussi une occasion unique pour ceux qui aiment flairer les bonnes affaires.

« Environ 70 000 milliards US » seront dépensés dans les énergies peu polluantes d’ici à 2040, ce qui donnera un élan extraordinaire à ce marché, dit BAML.

Entre-temps, l’industrie verte en Californie trépigne d’impatience en attendant l’entrée en vigueur de la nouvelle loi.

Le solaire fournit déjà 16 % de l’électricité dans cet État, selon le New York Times, et emploie plus de 86 000 personnes. Des chiffres qui vont sans doute augmenter sensiblement durant les prochaines années. Une grosse manne en vue.

« … California dreaminnn… »

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