Exportations de viande

(Rare) entente entre Ottawa et Pékin

Près de quatre mois après avoir fermé son marché aux importations canadiennes de porc et de bœuf, la Chine a finalement décidé de mettre fin à l’interdiction ayant fait perdre plusieurs millions de dollars à des milliers d’agriculteurs au pays.

Confirmée mardi par le gouvernement Trudeau, cette nouvelle a été saluée par Les Éleveurs de porcs du Québec ainsi que par Les Producteurs de bovins du Québec.

« Nous avons calculé qu’il y avait un manque à gagner d’environ 119 millions uniquement pour les producteurs », a souligné le président des Éleveurs de porcs du Québec, David Duval, au cours d’un entretien téléphonique. « C’est beaucoup d’argent. »

En 2018, la valeur des exportations de l’industrie québécoise du porc à destination de l’empire du Milieu s’est chiffrée à 283 millions.

La Chine n’a pas précisé les raisons qui l’ont incitée à lever l’interdiction, mais le pays est actuellement frappé par une épidémie de peste porcine africaine, ce qui lui complique la tâche en matière d’approvisionnement.

Dans l’immédiat, ce sont surtout les transformateurs qui vont profiter du retour à la normale, a souligné M. Duval. Pour les producteurs, les prix, fixés sur le marché américain, continuent de souffrir de la guerre commerciale sino-américaine.

Chez Olymel, pour qui la Chine constitue le plus important marché en matière de volumes d’exportations, le soulagement était palpable.

« Au Québec, la production de produits demandés par les Chinois a repris dès aujourd’hui », a indiqué son porte-parole, Richard Vigneault, en ajoutant que l’interdiction avait engendré des pertes de plusieurs millions de dollars chaque semaine.

Pour Les Producteurs de bovins du Québec, la décision des autorités chinoises constitue une « excellente nouvelle », puisque l’interdiction avait mis un frein à ce qui s’annonçait comme une bonne année.

« Les prix se raffermissaient au printemps, et il y avait une forte demande en provenance de la Chine, a souligné leur président, Claude Viel. On semblait être sur une lancée pour l’année, puis, du jour au lendemain, les livraisons ont cessé. »

Début printanier

C’est au printemps que la dispute a débuté, lorsque Pékin affirmait avoir relevé des lacunes dans le processus de certification des produits canadiens. Les douaniers chinois auraient découvert des traces de ractopamine, une substance interdite dans 160 pays, dans une livraison de produits porcins en provenance du Canada.

L’interdiction a été décrétée le 25 juin.

La décision des autorités chinoises s’ajoutait à d’autres mesures apparemment de rétorsion après l’arrestation à Vancouver, en décembre dernier, de Meng Wanzhou, une dirigeante du géant chinois des télécommunications Huawei.

Mardi après-midi, on ignorait toujours certains détails, comme le moment exact où il serait possible pour les agriculteurs canadiens de recommencer à exporter de la viande vers la Chine.

« Nous continuerons de travailler en étroite collaboration avec les producteurs et les transformateurs de bœuf et de porc dans les jours et les semaines à venir pour assurer la reprise des échanges », ont fait savoir le ministre du Commerce international, Jim Carr, ainsi que sa collègue à l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau, dans une déclaration commune.

Sur son compte Twitter, le premier ministre Justin Trudeau a indiqué qu’il s’agissait d’une « bonne nouvelle pour les agriculteurs canadiens », en plus de souligner la contribution de Dominic Barton, le nouvel ambassadeur du Canada en Chine.

D’autres dossiers

Malgré tout, les tensions diplomatiques persistent toujours entre Pékin et Ottawa, puisque les permis d’exportation des producteurs canadiens de canola ont été suspendus en mars par la Chine, qui affirme que leur marchandise était contaminée.

Le Canada exporte environ 40 % de ses produits de canola en Chine. Les exportations de semences de canola vers la Chine ont atteint une valeur de 2,7 milliards en 2018, selon le Conseil canadien du canola.

De plus, deux Canadiens, Michael Kovrig ainsi que Michael Spavor, sont toujours détenus en Chine, en raison d’allégations d’espionnage. Leur détention est largement considérée comme une mesure de représailles pour l’arrestation de Mme Wanzhou. Depuis qu’il est en poste, M. Barton a rencontré MM. Kovrig et Spavor.

L’industrie porcine au Québec 

Plus de 45 % du porc exporté par le Canada provient du Québec

Près de 26 500 emplois dans la filière porcine

Contribution de 1,45 milliard au produit intérieur brut du Québec

En 2016, 80 pays ont importé des produits québécois du porc

Source : Les Éleveurs de porcs du Québec

L’industrie bovine au Québec

14 500 producteurs

6500 emplois

515 millions d’impact économique au Québec

Source : Les Producteurs de bovins du Québec

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