Le chemin le plus long

Le gardien Étienne Marcoux a récemment signé un contrat avec le Rocket de Laval. Mais il devra encore se battre pour faire sa place. Et c’est parfait ainsi.

Il y a eu de ces moments, un peu teintés de gris et de noir, où Étienne Marcoux a songé à tout abandonner.

La fois, par exemple, où il s’est fait inviter au camp préparatoire des Predators de Nashville, pour se rendre compte que finalement, il n’y avait aucune place pour lui. La fois où il était couché en pleine nuit sur le plancher d’un autobus d’équipe, quelque part entre la Floride et l’Indiana, et que des coéquipiers devaient l’enjamber pour aller aux toilettes.

C’est sans compter la fois où sa mère a dû aller le retrouver en Virginie pour le nourrir parce que, fraîchement opéré aux deux épaules, il était incapable de le faire lui-même.

« Il y a des fois où ca n’était pas facile », résume le jeune homme de 24 ans, qui parle souvent de l’importance de savoir bien se relever. Parce qu’il en connaît un bout sur le sujet.

Repêchage

Nous sommes assis dans les gradins du complexe JC Perreault, non loin de Terrebonne, là où Marcoux a porté le maillot d’Ulysse Académie en cheminant au secondaire. Pour lui, ici, c’est la maison, et c’est aussi par ici qu’il souhaitait obtenir une autre chance. Ce désir a été exaucé le 28 mai, quand le Rocket de Laval lui a accordé un contrat d’un an à deux volets : 50 000 $ US s’il joue dans la Ligue américaine, 32 500 $ s’il joue dans l’ECHL.

« C’est avec le Rocket que je voulais avoir une chance, ajoute-t-il. Je connais déjà les gens qui sont en place, Joël Bouchard, l’entraîneur des gardiens Marco Marciano, avec qui j’ai travaillé aussi dans le junior. »

« Joël [Bouchard] a été nommé à Laval et le lendemain, mon agent recevait un appel de l’organisation du Canadien et de Scott Mellanby. »

— Étienne Marcoux

Marcoux ne se souvient plus de l’année exacte où il a enfilé les jambières pour la première fois, mais il sait ceci : il a toujours voulu être un gardien. Son cheminement a été assez fulgurant : il a excellé à tous les niveaux, s’est retrouvé à 15 ans dans le monde du hockey junior, avec le Junior de Montréal, où il a connu Bouchard, et plus tard avec l’Armada. Tout allait bien. En 2012, l’année de son admissibilité au repêchage de la LNH, il était classé 11e parmi les gardiens en Amérique du Nord.

Juste avant le repêchage, des voitures ont pris la route derrière lui. Famille, amis, connaissances… « On devait être une quinzaine à Pittsburgh. C’était quand même environ 12 heures de voiture pour aller là », se rappelle-t-il.

Il se rappelle la longue route, mais aussi le reste. De l’aréna qui se vide avec les heures qui passent. De ce nœud dans son estomac. Sur l’estrade, il y avait tous ces jeunes qui défilaient, souriants, et qui revenaient avec un nouveau chandail, une nouvelle casquette sur la tête.

Mais personne n’a jamais prononcé son nom au micro.

« Chaque année, il y a environ 20 ou 25 gardiens qui sont repêchés. Je n’étais pas classé parmi les cinq premiers, mais j’étais bien classé. Plus ça allait et plus je voyais des gars du junior qui étaient repêchés, des gars qui n’avaient pas eu une meilleure saison que moi, et je ne comprenais pas trop. J’espérais être choisi à un moment donné, en septième ronde, peu importe. À la fin, vers les 10 derniers choix, je me suis levé, et je suis allé faire une marche… »

***

Mais Marcoux n’allait pas s’arrêter après la déception du repêchage. Le temps de digérer tout ça, il recevait une invitation au camp de préparation du Canadien, puis au camp de préparation des Flyers de Philadelphie la semaine suivante. Ça n’a pas fonctionné. Les Ducks d’Anaheim lui ont offert un contrat de la Ligue américaine.

Mais là, encore une fois, les blessures.

« J’avais des problèmes aux deux épaules depuis peut-être cinq ans, et j’ai dû être opéré en Virginie, des deux bords, à un mois d’intervalle. J’étais seul à l’hôtel après la deuxième opération, pas capable de manger. Ma mère a dû venir pour m’aider. À 21 ans, quand ta mère te fait manger, c’est pas drôle… »

ECHL

Depuis, les épaules vont très bien, et la carrière aussi. Marcoux est allé jouer deux ans avec l’Université du Nouveau-Brunswick, et il y a récolté son baccalauréat en gestion l’année dernière. Une belle victoire, mais il y a eu d’autres obstacles sur la route.

« J’ai vécu un été assez difficile il y a un an. J’ai eu un bon camp de développement avec les Predators, ils m’ont invité et ils voulaient me voir. Mais pendant la semaine, ils ont embauché deux autres gardiens. J’ai fini la semaine, mais il n’y avait plus de place. Je suis revenu chez moi et la semaine d’après, je me suis demandé ce que j’allais faire… Il était tard, Indianapolis a fini par appeler ; ils avaient besoin d’un troisième gardien. Alors j’ai décidé de me rendre là-bas. »

Indianapolis, c’est l’ECHL, une ligue où les conditions n’ont rien à voir avec celles de la LNH. Là-bas, Marcoux doit se débrouiller avec 540 $US par semaine, dans un cinq-pièces que deux autres joueurs et lui doivent partager.

« Le premier voyage de la saison, l’équipe est partie sans moi, parce que le troisième gardien ne suit pas lors des voyages. Alors j’ai dû m’entraîner avec un gars blessé, qui ne pouvait pas faire grand-chose. On allait sur la glace juste nous deux, pas de coach, rien. C’était pas le fun. J’étais loin de tout le monde : ma famille, ma blonde, et je jouais même pas. J’ai appelé mon agent pour dire que je m’en retournais chez moi… Mais j’ai fini par jouer de plus en plus. À un moment donné, j’ai joué 13 matchs de suite.

« C’est sûr que ce n’est pas évident, quand tu arrives comme ça avec une équipe et que tu connais personne. On voyageait dans un bus avec des lits, mais il n’y avait pas assez de lits pour tous les joueurs. »

« Les recrues et ceux qui n’ont pas beaucoup d’ancienneté, ils dormaient à terre. Comme moi. »

— Étienne Marcoux 

« Revenir de la Floride, c’était un voyage de 26 heures. Le chauffeur du bus, tu ne le connais pas, tu lui fais confiance. J’ai jamais vraiment pensé à ça avant la tragédie de Humboldt, mais s’il arrive un accident, on est trois ou quatre gars couchés par terre, dans le milieu. Si on renverse sur la route, les autres gars nous tombent dessus. C’est mieux de ne pas y penser… »

C’est à ce gardien-là que l’organisation du Canadien a décidé d’accorder une chance, après l’avoir invité le temps d’une brève audition à Laval la saison dernière. Il y a d’ailleurs déjà de la congestion devant le filet, avec Carey Price et Antti Niemi bien en selle au Centre Bell, avec Charlie Lindgren et Michael McNiven qui vont bagarrer à la Place Bell, avec ou sans Zachary Fucale, qui était sans nouvelles aux dernières nouvelles.

Et c’est parfait ainsi. De toute façon, il ne voudrait surtout pas que ce soit trop facile.

« Maintenant, peu importe ce qui arrive, je sais comment réagir, je sais que je suis prêt pour toutes les situations, conclut-il. Les obstacles, ce n’est pas la fin du monde. Tout ce qui m’est arrivé, ça me motive. C’est bon pour la vie aussi ; à un moment donné, je vais arrêter le hockey, il va y avoir des moments moins faciles. Mais je serai prêt… »

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