Le prix Nobel du chaos

Tous les mensonges ne se valent pas.

Saint Augustin, qui les classait en huit catégories, a écrit que le « mensonge tout pur », c’est celui « qui n’a d’autre but que de dire faux et de tromper ».

Donald Trump vient possiblement d’atteindre un degré de pureté inégalé, dans ce domaine, depuis le début de sa présidence.

Pensons-y : il a été informé dès février du grand danger que représentait la COVID-19 et l’a alors fait savoir au journaliste Bob Woodward. « C’est également plus mortel qu’une grippe intense », a-t-il notamment déclaré.

Pourtant, depuis le début de la pandémie, le président des États-Unis a passé le plus clair de son temps à minimiser la menace.

Quelque 190 000 morts plus tard, on comprend pourquoi les toutes premières révélations du livre Rage de Bob Woodward – sur les tablettes mardi – ont eu l’effet d’une bombe.

Elles sont d’autant plus compromettantes que le journaliste en vient à la conclusion que la gestion de crise à la Maison-Blanche a été un véritable fiasco dont le président est l’ultime responsable.

« Trump n’a jamais semblé vouloir mobiliser pleinement le gouvernement fédéral et a continuellement semblé repousser les problèmes vers les États », écrit-il.

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Mais revenons un instant au mensonge originel. Il reste une question cruciale à éclaircir : pourquoi le président a-t-il publiquement donné l’impression que le virus était sans gravité ?

Sa réponse : il ne voulait pas faire paniquer les Américains.

Ah, décidément, si le mensonge était une discipline olympique, Donald Trump serait aujourd’hui le sportif le plus médaillé de l’histoire des Jeux !

Soyons sérieux. Donald Trump adore faire paniquer ses concitoyens.

La peur se trouve sur le deuxième plateau de rangement de son atelier, juste en dessous de ses bidons d’essence.

Pensons-y : Donald Trump a inauguré sa campagne en 2015 en affirmant que bon nombre d’immigrants mexicains aux États-Unis étaient des criminels et des « violeurs ».

Lors de son discours d’investiture, en 2017, il a utilisé le mot « carnage » pour qualifier l’état de son pays.

Et dans le but d’être réélu, il tient des propos délirants sur les dangers qui guettent son pays si Joe Biden devient président.

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Les mensonges et le comportement de Trump au sujet du virus sont incompatibles avec les efforts de la santé publique pour contrôler l’épidémie.

Des sondages ont montré que les républicains prennent en général le virus moins au sérieux que les démocrates. Il suffit de voir à quel point le port du masque se fait rare chez les partisans du président qui assistent à ses discours pour constater que l’impact n’est pas que théorique.

La Kaiser Family Foundation a révélé par ailleurs jeudi dernier que six Américains sur dix (62 %) se disent « inquiets » qu’un vaccin soit approuvé précipitamment en raison des « pressions politiques de l’administration Trump », sans être « sécuritaire et efficace ».

Ce scepticisme à l’égard d’un éventuel vaccin est une très mauvaise nouvelle pour la suite des choses.

La même étude montre qu’une partie non négligeable des Américains estime que le port du masque est dangereux pour la santé et que l’hydroxychloroquine est un remède efficace contre la COVID-19.

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La semaine dernière, un élu de la droite populiste en Norvège a soumis la candidature de Donald Tump au prix Nobel de la paix. C’est un non-sens.

Si on devait décerner un prix Nobel au président américain, ce serait plutôt celui du chaos.

Son dossier de candidature serait facile à étoffer.

On y déposerait ce qu’on sait déjà des conclusions de la plus récente enquête menée par Bob Woodward.

On y joindrait ce que plusieurs autres journalistes, membres de sa garde rapprochée ainsi que sa nièce Mary ont raconté.

Et pour couronner le tout, on y ajouterait un résumé de l’état – chaotique – dans lequel il laisse son pays après quatre ans à la Maison-Blanche.

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