Environnement

Le « défi de la décennie » n’est pas abordé

Canicules, incendies de forêt, inondations, pesticides : les enjeux environnementaux ne manquent pas, mais ils n’ont pas occupé beaucoup de place dans la campagne électorale jusqu’à maintenant. La Presse a demandé à des organisations de défense de l’environnement de quoi elles voudraient entendre parler.

« Je reste sur ma faim », affirme Karel Mayrand quand on lui demande ce qu’il pense des propositions environnementales depuis le début de la campagne électorale.

Le directeur général de la Fondation David Suzuki pour le Québec et l’Atlantique s’étonne que les canicules meurtrières de l’été qui s’achève n’aient pas propulsé l’environnement au premier plan. « On a eu plus de 70 morts ! lance-t-il. Si ça avait été [le résultat] d’un accident routier, d’une épidémie ou d’un attentat, on ne parlerait que de ça. »

« Il n’y a pas beaucoup d’engagements qui sont sortis », note lui aussi Steven Guilbeault, directeur général d’Équiterre.

Les deux hommes se réjouissent toutefois qu’il soit beaucoup question de transports collectifs dans cette campagne. « Tous les partis ont des engagements assez ambitieux et intéressants », constate Steven Guilbeault, qui dit ne pas avoir « vu ça dans les élections passées, depuis 25 ans ».

Le défi d’une décennie

Le grand absent de cette campagne jusqu’à maintenant, c’est l’enjeu de la transition énergétique qui permettra au Québec de respecter l’accord de Paris sur le climat, affirme Karel Mayrand. « C’est le principal défi économique et industriel de la prochaine décennie », poursuit l’environnementaliste, illustrant qu’il s’agit « littéralement » d’un « chantier aussi gros que la nationalisation de l’électricité ».

Le gouvernement libéral affirme qu’il faut aller dans cette direction, constate M. Mayrand, regrettant toutefois l’absence de mesures pour y parvenir et estimant « fondamental » que le sujet soit débattu par les chefs politiques.

L’autre sujet « extrêmement important » qu’il faut aborder, souligne Steven Guilbeault, c’est « l’enjeu des pesticides ». « Étude après étude, [on apprend que] les pesticides qu’on utilise en milieu agricole posent de sérieux risques pour la santé », rappelle-t-il, estimant qu’il faut en réduire grandement notre utilisation. « Il n’y a pas d’enjeu économique ; on ne produit pas de pesticides [et il existe des solutions de rechange pour] la plupart des pesticides dangereux », explique-t-il, attribuant à la peur du changement la réticence à leur abandon.

23 propositions

Équiterre et la Fondation David Suzuki font partie d’une coalition de 11 organisations de la société civile qui ont dressé une liste de 23 propositions environnementales à l’intention des partis en lice. On y suggère notamment la réduction d’ici 2030 de 50 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans le secteur des transports ; l’interdiction de tout nouveau développement de projet d’exploitation ou même de transport d’une énergie fossile ; l’instauration d’une taxe sur les véhicules énergivores pour financer des incitatifs à l’achat de véhicules à zéro émission ; ou encore l’adoption d’un plan de transition vers une économie « sobre en carbone ».

Les organisations environnementales ont envoyé aux principaux partis politiques un questionnaire pour connaître leurs positions sur différents enjeux ; les réponses doivent être dévoilées sous peu.

Principaux engagements

n CAQ : La CAQ affirme que son principal engagement en matière d’environnement est son « Plan de décongestion » de la région métropolitaine, qui réduira les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec, sans toutefois chiffrer d’objectif, en réduisant les embouteillages et en accentuant les transports en commun.

Questionnée sur ses autres engagements, la formation politique a fait parvenir à La Presse une liste d’intentions et de souhaits. La CAQ dit notamment : 

— vouloir faire une priorité de l’augmentation des exportations d’électricité propre ;

— s’engager à demeurer dans la Bourse du carbone ;

— considérer important d’accompagner les agriculteurs dans le choix des pesticides ;

— avoir l’intention d’accélérer la transition énergétique afin de réduire notre dépendance aux énergies fossiles ;

— être d’accord pour augmenter la superficie d’aires protégées, marines et terrestres, sans mettre en péril l’activité économique.

n PLQ : N’ayant pas encore dévoilé ses engagements en matière d’environnement, le PLQ a déclaré à La Presse avoir l’intention de le faire d’ici la fin de la campagne électorale.

n PQ : Le PQ compte réduire les émissions de GES de 280 000 tonnes par année en s’attaquant à la congestion routière avec son « Grand déblocage », qui prévoit 200 km de nouveaux réseaux de transports en commun et une vaste offensive d’électrification des transports.

En outre, la formation s’engage à : 

— faire adopter une loi-cadre forçant le Québec à respecter ses engagements climatiques ;

— faire adopter une loi affirmant la primauté de la compétence du Québec en matière d’environnement ;

— sortir le Québec des hydrocarbures en interdisant tout nouveau projet d’exploitation ;

— adopter une stratégie de réduction du risque d’inondation ;

— augmenter les aires protégées à 17 % pour les zones terrestres et 10 % pour les zones marines, tel que le prévoient les engagements internationaux du Québec.

n PV : Le Parti vert est sans surprise celui qui présente la plus longue liste d’engagements environnementaux, ceux-ci totalisant 23 pages. La formation aspire à rendre le Québec « carboneutre » d’ici 2050. Pour y parvenir, elle propose notamment : 

— l’élimination des combustibles fossiles pour le chauffage des immeubles ;

— l’interdiction de l’enfouissement des matières organiques ;

— la conversion des usines de traitement des eaux usées à la biogazéification ;

— le bannissement des objets à usage unique comme les pailles, les verres à café et les emballages alimentaires dans les restaurants pour consommation sur place ;

— la légalisation du commerce d’énergie renouvelable à petite échelle.

n QS : La liste des engagements environnementaux de QS est également longue. Certains ont déjà fait couler beaucoup d’encre, comme celui d’interdire la vente de véhicules fonctionnant uniquement à essence dès 2030. D’autres sont moins connus, comme : 

— la réduction d’ici 2050 de 95 % des émissions de GES par rapport au niveau de 1990 ;

— un soutien au transport des marchandises par train ou par bateau ;

— la nationalisation de l’énergie éolienne ;

— l'augmentation des aires protégées à 20 % du territoire ;

— l'établissement d'une consigne sur les contenants de verre, de plastique et d’aluminium.

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