OPINION

DIVERSITÉ SEXUELLE
Là où ça coince

Permettons à tout un chacun de se comporter, de s’habiller et de s’accoupler comme bon lui semble

Non, mais c’est donc compliqué ! Il faudra bientôt un lexique de plusieurs pages pour décortiquer toutes les entités à qui on a affaire.

LGBTQ2…3405YZ… J’en perds mon latin ! Il n’y a que deux sexes à la base. Du moins selon les attributs du corps des gens. Et la désignation de l’appareil génital d’une personne est essentielle à son identification judiciaire, médicale et statistique, si je ne m’abuse.

Bien sûr, il y a des anomalies chromosomiques qui font qu’une personne se sente ambivalente. Mais ces dernières ne représentent qu’une infime minorité de l’humanité, à ce que je sache.

Alors, dites-moi pourquoi on est obligé de créer toutes ces nouvelles formes d’identité, alors que c’est clair sur le corps ? Pourquoi ? Parce que les humains sont encore incapables de tolérer la différence. Simpliste, direz-vous. Et vous avez entièrement raison.

Maintenant, en créant différentes appellations pour les personnes ayant des comportements hors norme, on offre aux gens une légitimité d’existence au sein de la société. A priori, ça semble correct et respectueux.

Mais ce qui le serait encore plus serait de permettre à tout un chacun, peu importe leurs attributs corporels, de se comporter, de s’habiller et de s’accoupler comme bon lui semble. Ces choix sont personnels et intimes et ne regardent personne d’autre.

Hélas, vue comme ça, la côte est beaucoup plus haute à remonter. Les stéréotypes ont la vie dure, on le sait. Il serait pourtant beaucoup plus logique de travailler à les déconstruire que de multiplier les identités de genre.

Ainsi, de façon utopique, on pourrait voir une personne avec un pénis, portant une jupe, aller se soulager là où il y a des urinoirs sans que personne n’y voie à redire. Oui, c’est une utopie, mais je me permets de rêver. Et là où se trouve la plus grande difficulté à atteindre cette ouverture est le malaise que nous ressentons par rapport à la divergence, qu’elle soit d’apparence, de comportement ou d’opinion.

Or, ce malaise est trop souvent mal accueilli à l’intérieur de soi. On cherche à s’en débarrasser au plus vite en rejetant la faute sur la personne qui l’a suscité. 

Les moyens les plus souvent employés impliquent l’agressivité de la voix, des mots, du geste, allant jusqu’à la plus grande violence.

Quand l’autre déroge à ce que nous ressentons comme normal, un déclic se fait. La plupart du temps, il est fort possible, si l’on s’en donne la peine, d’en prendre conscience et de s’interroger intérieurement sur son malaise, puis de prendre une décision sur la meilleure attitude à avoir. Tout dépend de l’urgence ou de la nécessité d’interagir ou pas.

Si quelqu’un de « différent » passe à côté de moi, je peux y arrêter mon regard, le détourner rapidement, lui sourire, faire la grimace, exprimer toute une panoplie de choses, ou simplement passer mon chemin dans l’indifférence.

Certaines personnes semblent souhaiter attirer les regards. Ces personnes aiment leur différence et la soulignent à gros traits. Leur apparence peut nous plaire ou non. Elle souligne parfois leur contre-identité sexuelle vis-à-vis des stéréotypes. Des hommes portent une jupe tout en affichant par ailleurs leur virilité. Pourquoi pas ? Des femmes se baladent en complet veston-cravate et attirent certains hommes. On peut trouver cela ridicule, intéressant, provocant : toutes ces réactions sont humaines.

En fait, ce devrait être notre humanité qui nous rassemble et donne légitimité à nos réactions.

Ces dernières sont toutes normales. Ce que l’on en conclut et comment ont leur donne suite est ce qui fait souvent problème. Non, nous ne parviendrons probablement jamais à éliminer le choc de la différence. 

Pourrions-nous cependant penser à élargir le spectre de ce qui est admissible et ainsi éviter de multiples et scabreuses appellations de genre ?

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