Parti libéral du Canada

À peine investi, Guilbeault doit se défendre

L’écologiste Steven Guilbeault est maintenant le candidat officiel du Parti libéral du Canada dans Laurier–Sainte-Marie. Lors de son investiture, hier, il a de nouveau dû essuyer les critiques de militants l’accusant d’avoir abandonné ses principes.

« Je connais plusieurs de ces personnes et je connais leur point de vue, a réagi M. Guilbeault en point de presse, questionné sur la présence d’une poignée de manifestants à l’extérieur. J’ai fait ça pendant 25 ans, être à l’extérieur et proposer des choses et critiquer, et là, je pense qu’il est temps pour moi de passer à une autre étape, d’essayer de faire changer les choses de l’intérieur. »

Si les partisans libéraux réunis au Lion d’or brandissaient fièrement des pancartes « Équipe Trudeau », le premier ministre Justin Trudeau a lui aussi été pris à partie par des opposants présents dans la foule. Trois militants propalestiniens l’ont interrompu lors de son allocution, dénonçant la politique du gouvernement canadien dans le conflit israélo-palestinien.

Une femme a brandi une pancarte pour manifester son opposition au prolongement du pipeline Trans Mountain, auquel le gouvernement a donné son feu vert.

C’est d’ailleurs cette décision, à laquelle M. Guilbeault s’est opposé dans le passé, qui crée des remous entre lui et une partie du mouvement vert.

Le cofondateur d’Équiterre se défend d’avoir laissé de côté ses convictions, mais trouve nécessaires les compromis. Il dit ne pas avoir changé d’avis dans le dossier du pipeline. 

« Je suis contre le projet [de pipeline] de Kinder Morgan. J’étais contre avant de me lancer en politique, je le suis toujours. Cela étant dit, quand je regarde tout ce qui a été fait dans les quatre dernières années au Canada, je me rallie facilement au Parti libéral du Canada. »

— Steven Guilbeault

M. Guilbeault est conscient qu’il ne sera peut-être pas à 100 % d’accord avec toutes les décisions du parti, mais il a dit vouloir exprimer ses dissensions au sein de l’équipe plutôt que publiquement.

Il a dit faire peu de cas des critiques du Parti conservateur remettant en question son intégrité. « C’est facile de prendre un seul projet, a-t-il ajouté. On est tous capables de regarder n’importe quelle organisation et de regarder un truc et dire : “Moi, je ne suis pas d’accord avec ça, je me croise les bras et je m’en vais dans mon coin.” »

Il a lui-même décoché quelques flèches au Parti conservateur lors de son allocution.

Trudeau « tellement touché »

Justin Trudeau, quant à lui, s’est dit « tellement touché et content » de pouvoir compter l’écologiste dans son équipe.

Le candidat libéral espère maintenant déloger le Nouveau Parti démocratique de cette circonscription montréalaise, qui englobe une partie du Plateau-Mont-Royal et une partie de Ville-Marie, aux élections d’octobre.

La députée actuelle, Hélène Laverdière, du NPD, avait remporté la circonscription lors des deux dernières élections. Elle avait succédé à Gilles Duceppe, du Bloc québécois, en 2011.

Mme Laverdière avait annoncé qu’elle ne briguerait pas un troisième mandat. C’est Nima Machouf, la femme de l’ancien député de Québec solidaire Amir Khadir, qui sera candidate pour le NPD. Michel Duchesne se présentera pour le Bloc québécois, tandis que le chanteur Jamil sera le représentant du Parti vert.

Nouveau parti démocratique

Jagmeet Singh prêtera main-forte aux députés du Québec

Ottawa — Des 15 députés néo-démocrates du Québec, cinq ne briguent pas de nouveau mandat en octobre. Le chef Jagmeet Singh veut s’assurer que les 10 qui se représentent remporteront leur pari en allant leur prêter main-forte la semaine prochaine.

Il veut évidemment gagner « le plus de sièges possible ». Mais le leader commencera par tenter de conserver les acquis en sillonnant les routes du Québec dans le cadre de cette tournée préélectorale d’une semaine qu’il amorcera lundi prochain.

« L’objectif, c’est de visiter les circonscriptions où on a beaucoup d’appuis et d’aider les députés forts », résume Jagmeet Singh en entrevue avec La Presse. Au menu : Montréal, Sherbrooke, Drummondville et Trois-Rivières, entre autres.

Le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) refuse catégoriquement de dire combien de sièges il espère rafler à l’automne. « Le plus possible. Anything is possible », se contente-t-il de dire.

Les cinq députés du NPD qui ne se représentent pas

Marjolaine Boutin-Sweet (Hochelaga)

Hélène Laverdière (Laurier–Sainte-Marie)

Christine Moore (Abitibi-Témiscamingue)

Anne Minh-Thu Quach (Salaberry-Suroît)

Romeo Saganash (Abitibi–Baie-James–Nunavik–Eeyou)

M. Singh est néanmoins conscient de l’ampleur de la tâche qui l’attend au Québec, où le nombre de députés de sa formation a périclité, passant de 59 en 2011 à 16 en 2015 – ces 16 députés composaient tout de même 36 % de la députation totale.

Plutôt que de parler spécifiquement du NPD, il y va de cette analyse : « Pour un parti progressiste, c’est toujours un défi. C’est plus facile pour les grands partis qui ont des liens avec de grandes entreprises d’être compétitifs en campagne. »

Parlant de grands partis, il prédit que les libéraux vont perdre des plumes. « Oh oui, bien sûr ! On a vu avec Énergie Est que les Québécois s’opposent aux pipelines. Et je sais qu’ils sont déçus de la décision d’acheter Trans Mountain avec notre argent », soutient-il.

Inspiré par la percée de Québec solidaire (QS) aux dernières élections québécoises, Jagmeet Singh espère récolter à son tour les fruits de cette « croissance » en se concentrant sur des centres urbains et des villes étudiantes, comme l’ont fait les solidaires.

« On partage beaucoup de valeurs progressistes, ça me donne confiance », lance celui qui compte profiter de sa tournée québécoise pour participer à des soirées de financement, afin de renflouer les coffres d’un parti qui en a bien besoin.

Son chef adjoint Alexandre Boulerice a convenu récemment en entrevue qu’« une chose est sûre, c’est qu’on partage le même type d’électorat que Québec solidaire », et qu’on compte « miser » sur les circonscriptions où QS a obtenu de bons résultats en octobre dernier.

On est néanmoins conscient que les solidaires n’appuieront aucun parti au fédéral, ce que confirme Élise Tanguay, porte-parole de QS. « On s’est donné comme ligne de conduite de ne pas prendre position », assure-t-elle en entrevue.

Sa ligne de conduite, Jagmeet Singh la suivra derrière le guidon du vélo pliant qu’il traîne partout avec lui, la semaine prochaine. Il prévoit emmener en balade avec lui des candidats et militants néo-démocrates, en attendant le sprint électoral.

Les élections fédérales doivent être déclenchées en septembre.

Réunion du Conseil de la fédération

Ottawa peut imposer un oléoduc sur le territoire du Québec, estime Kenney

Saskatoon — Le premier ministre de l’Alberta a déclaré qu’il importait peu que le Québec s’oppose à l’idée d’un oléoduc dans le cadre du projet Énergie Est, le gouvernement fédéral devrait intervenir et le concrétiser, selon lui.

Jason Kenney a soutenu que sa relation avec le premier ministre François Legault s’était quelque peu améliorée après un début difficile.

Mais il a déclaré que M. Legault avait tort en ce qui concerne un oléoduc, faisant valoir que le Québec bénéficiait de l’industrie pétrolière.

« Le Québec reçoit environ 13 milliards de dollars par an en paiements de péréquation – et la quasi-totalité provient de l’Alberta », a affirmé M. Kenney à l’occasion de la réunion du Conseil de la fédération à Saskatoon hier.

« Si vous voulez bénéficier des ressources qui paient les factures dans la fédération, aidez-nous à les développer et à en obtenir un juste prix », a-t-il ajouté.

M. Kenney estime que les pipelines interprovinciaux sont une responsabilité réglementaire fédérale et appelle à l’action, peu importe quel parti remportera les élections fédérales en octobre.

« Ce n’est pas une question partisane », a déclaré M. Kenney. 

« Qu’il s’agisse du premier ministre [Justin] Trudeau ou du premier ministre [Andrew] Scheer ou de n’importe quel autre premier ministre, je m’attendrais à ce qu’il transmette le message aux provinces. »

— Jason Kenney

Le Québec est tout de même devenu un allié de plusieurs autres provinces sur un élément clé : l’opposition à la taxe fédérale sur le carbone.

Le Québec s’est récemment joint à titre d’intervenant dans l’appel de la Saskatchewan à la Cour suprême du Canada, après que cette province a perdu une contestation constitutionnelle de la taxe fédérale sur le carbone en Cour d’appel provinciale.

Legault sur la tarification du carbone

M. Legault a réitéré hier que la tarification du carbone au Québec était là pour de bon, même si son gouvernement interviendra aux côtés de la Saskatchewan pour contester en Cour suprême la taxe fédérale sur le carbone.

M. Legault et le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, ont pris la parole lors d’une conférence de presse commune à Saskatoon, hier, en marge de la réunion du Conseil de la fédération.

M. Legault a réitéré que le Québec ne changerait pas son système de plafonnement et d’échange de droits d’émissions, communément appelé « bourse du carbone », qui satisfait aux critères d’Ottawa sur la tarification des émissions. « Comme vous le savez, au Québec, on a un prix sur le carbone, avec une bourse du carbone, donc on n’a pas l’intention de changer de position de ce côté-là », a-t-il dit.

Le premier ministre a rappelé que le Québec se joignait à la lutte de la Saskatchewan dans le seul but de « contester la compétence du gouvernement fédéral dans le domaine de l’environnement ».

« On pense que c’est chaque province qui décide comment elle organise son plan pour réduire les gaz à effet de serre », a-t-il soutenu.

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