Vilain sapin chatouilleux

Le Village du Vilain Sapin, rue Prince-Arthur, est de retour cette année avec une sacrée nouveauté : un sapin chatouilleux, mesdames et messieurs. Vous avez bien lu : le sapin apprécie les chatouilles et rit même aux éclats, tout ça grâce à un système de détecteurs de mouvement et de haut-parleurs intégrés. Il suffit d’agiter ses branches du bas pour le chatouiller. Venez le voir pour le croire, de 11 h à 19 h aujourd’hui, de 16 h à 21 h les soirs de semaine et de 11 h à 21 h les samedis.

— Silvia Galipeau, La Presse

Éthique et étiquette

La culpabilité et l’amour des capsules de café

Une question morale titille votre conscience ?

Chaque semaine, Pause répond à vos questions.

Cette semaine : la question des capsules de café.

La question 

Je recycle, je composte, je circule à vélo, j’essaie de consommer responsable, mais je n’arrive pas à me passer de mes capsules de café. Trop pratiques, efficaces, zéro dégât, et surtout incroyablement savoureuses. Dois-je me sentir coupable à l’extrême ?

La réponse 

Pour savoir si un geste est éthique ou non, il peut être intéressant de se poser la question suivante : quelles sont les conséquences de mon geste ? C’est l’angle que propose Marie-France Lebouc, professeure d’éthique appliquée au département de management de l’Université Laval (et bonne buveuse de café).

Du côté des conséquences positives, elle n’en voit qu’une (et non la moindre) : le plaisir. Individuel, faut-il ici le souligner. « La dimension du plaisir est très importante », dit-elle. On apprécie la qualité du café en capsules, le goût, la facilité et la propreté d’exécution. Mais attention, souligne-t-elle au passage : « Il faut faire la différence entre plaisir et bonheur. Ça n’est pas la même chose. Le plaisir, c’est éphémère. L’accumulation de plaisirs ne conduit pas au bonheur. » Quoi qu’en dise la publicité.

Les conséquences négatives, en revanche, sont multiples, en matière d’économie, d’écologie et d’iniquité. Sur le plan économique, d’abord, en tant que consommateur, impossible de nier le prix de ce doux plaisir, bien supérieur à celui du café en vrac, pour cafetières plus traditionnelles. « Donc à part si je donne un prix très élevé à mon plaisir, le coût des capsules est une conséquence négative », souligne l’éthicienne.

Dans un deuxième temps, impossible, toujours, d’ignorer les conséquences négatives de ces capsules pour l’environnement.

« En 2011, on estimait à 40 000 tonnes par année la quantité de déchets, dans le monde, générée par les consommateurs de café en capsules. »

— Marie-France Lebouc, professeure d’éthique appliquée au département de management de l’Université Laval

Ce qui soulève ici la question du recyclage et de la gestion des déchets. Mais malheureusement, les capsules (quoique faites de plastique ou d’aluminium), par leur taille, sont effectivement difficilement recyclables. « Ce sont des objets trop petits, et généralement, ils ne sont pas pris en charge par les systèmes de recyclage habituels. » Certes, certaines marques se sont dotées de différents moyens pour récupérer et recycler leurs capsules, « mais on ne sait pas quel est le taux exact de recyclage ». D’autres ont commercialisé des capsules dites réutilisables ou compostables, mais encore une fois, « bonne chance pour en trouver ». Bref, pour avoir la conscience écologique ici tranquille, mieux vaudrait défaire, nettoyer et recycler soi-même sa capsule. « Mais je ne sais pas si les gens le font… », se questionne l’éthicienne.

Dans un troisième et dernier temps, Marie-France Lebouc rappelle que le café est aujourd’hui au deuxième rang des matières premières les plus consommées au monde, tout juste derrière le pétrole. Or il s’agit d’une industrie de « Goliath contre David », illustre-t-elle, opposant quelques grandes multinationales à une multitude de minuscules petits producteurs familiaux. D’où la difficulté, dans l’univers des capsules, de dénicher une marque qui soit franchement équitable. « Et même si une marque offre quelques capsules équitables, cela ne veut pas dire qu’elle ait un engagement mur à mur, nuance l’éthicienne. C’est un choix qu’on doit faire en connaissance de cause. »

Bref, tout cela pour dire qu’il est difficile, d’un point de vue éthique, de justifier ici sa consommation de capsules, aussi délicieuses, pratiques et efficaces soient-elles. « J’en bois, avoue-t-elle en riant, mais je ne peux pas les boire en paix, et ça gâche mon plaisir ! Ça ne mitige pas les conséquences négatives, mais ça mitige mes conséquences positives ! » À méditer (avec ou sans café) !

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