Optimist

Le voilier qui apprend la vie

Quand on a inventé l’Optimist, on était loin de se douter que, 70 ans plus tard, ce petit voilier serait utilisé par des centaines de milliers d’enfants partout dans le monde. À la portée de tous, c’est un aussi un outil pour responsabiliser les jeunes.

UN DOSSIER DE NORMAND LATOUR

« Maître de son destin » à 10 ans

Créés aux États-Unis dans le but d’offrir aux jeunes un passe-temps économique, les voiliers Optimist amusent aujourd’hui les jeunes de plus de 12 pays.

Le typique petit voilier Optimist est un dériveur créé en 1947 à la demande du Club Optimist International de Clearwater, en Floride, qui souhaitait offrir aux jeunes une nouvelle activité susceptible de les distraire. L’architecte naval américain Clark Mills reçut donc le mandat de concevoir un voilier économique qui pouvait être construit par quiconque s’y intéressait, à partir de deux planches de contreplaqué. Ce qui explique sa forme singulière de type « boîte à savon ».

Le voilier devait aussi être facile à manœuvrer et simple à gréer. L’organisation caritative remporta son pari. On utilisait de plus en plus l’Optimist pour organiser des régates – des courses entre voiliers – et le design fut amélioré et standardisé par des Européens. Les Optimist font partie d’une « classe » de voiliers, c’est-à-dire que tous les bateaux doivent respecter des normes très strictes quant à la longueur, la largeur, la hauteur du mât et la voilure. S’il existe des voiliers plus robustes destinés aux écoles de voile, l’Optimist international de compétition est fabriqué à partir de fibres composites et d’alliages divers qui en font un voilier rapide, performant et amusant à manœuvrer dans toutes les conditions de vent et de mer.

Les Optimist chez nous

On retrouve des voiliers Optimist sur presque tous les plans d’eau de la province. La plupart des écoles de voile, même les plus petites, disposent d’au moins une demi-douzaine de ces petits dériveurs. Selon Carmen Denis, directrice de l’École de voile Deux-Montagnes (CVDM), la courbe d’apprentissage des enfants est très rapide. « On peut initier des enfants de 4, 5 ou 6 ans à la voile, explique-t-elle. On commence avec des jeux d’équilibre et de pirates et ils sont accompagnés sur l’eau par des instructeurs. Mais, dès l’âge de 7 ans, après trois ou quatre jours d’initiation, lorsque les conditions sont favorables, un enfant sait manier seul son embarcation. » 

La petite Ella Zych, 8 ans, s’est initiée au monde de la voile il y a trois ans. Elle contrôle seule son petit bateau depuis l’année dernière. Elle explique qu’elle pratique ce sport pour « remplir [son] esprit de bonheur et [s]’amuser ».

Ella Zych se hâte d’ajouter : « Des fois, je suis choquée contre le vent, mais ça finit toujours bien. » Elle aimerait se joindre à l’équipe de compétition l’année prochaine.

Hugo Morin, lui-même ancien champion de voile, dirige l’École de voile du Club de voile Grande-Rivière, à Gatineau, une des plus importantes au Québec. « Trouvez-moi un sport où à 10 ans, un jeune est tout à fait maître de son destin », lance-t-il.

Ils sont seuls à bord de leur bateau, les parents ne sont pas là. Il faut préparer le bateau, le gréer et l’ajuster, posséder des connaissances météorologiques, connaître la théorie du vent et les règles de route et prendre des décisions.

Le contrôle de son propre destin est aussi ce qui fait dire à Carmen Denis, qui a initié et encadré un nombre important de compétiteurs et d’entraîneurs au Québec, que la voile, « c’est l’école de la vie ! ». Le sport est lié à un mode de vie, une alimentation et des habitudes de vie saines, observe-t-elle. 

Il faut dire qu’à 12 ans, un enfant qui s’intéresse aux régates passe en moyenne de cinq à sept heures par jour dans son bateau. Il participe à quatre ou cinq courses quotidiennement, et celles-ci durent environ 45 minutes. « Il faut évidemment un encadrement adéquat, mais quand on fait confiance aux enfants, ils sont capables de réaliser de bien belles choses », remarque Mme Denis.

Hugo Morin constate que ceux qui entretiennent une passion pour ce sport développent nécessairement un sens des responsabilités hors du commun, ont l’occasion de voyager, sans compter la camaraderie qui s’installe entre eux, malgré le fait qu’il s’agit d’un sport individuel… « Je t’ai dit qu’on leur apprend aussi à être patients ? Tu sais, le vent, ça fait ça aussi ! »

Le petit bateau en cinq temps

Simple et stable

L’Optimist mesure 2,36 m de long et 1,12 m de large, ce qui en fait un bateau très stable puisque son fond est plat. On contrôle sa direction avec un safran. Le barreur insère une dérive dans un puits au milieu du bateau. Le mât de 2,26 m s’installe à l’avant du voilier et soutient une grand-voile de type aurique, de 2,59 m2, qui est déployée avec une livarde vers le haut et une bôme et est tendue par un hale-bas, une drisse et une écoute. Très technique, dites-vous ? Un enfant peut vous expliquer la simplicité d’un tel gréement en quelques mots.

Apprendre la voile

Au Québec, les écoles doivent être homologuées par la Fédération de voile du Québec. Certaines écoles de voile accueillent des enfants dès l’âge de 5 ans. Viennent ensuite les camps de jour pour les enfants de 8 à 11 ans. Il faut s’attendre à débourser entre 250 et 300 $ pour une semaine de camp de jour. Pour les équipes de compétition, on doit prévoir dépenser près de 1000 $ par été, plus l’achat ou la location d’un Optimist de performance et les autres frais. Généralement, un petit voilier se vend 4000 $, un investissement que l’on récupère presque totalement lors de la revente. 

L’âge ou le poids ?

À l’origine, le voilier Optimist était conçu pour des enfants de 15 ans et moins. De manière générale, le poids des jeunes marins oscille donc entre 35 et 55 kg. Le bateau, lui, pèse 35 kg. La stabilité du voilier, sa robustesse et une voile particulièrement bien adaptée lui permettront d’affronter des vents relativement forts, jusqu’à 30 nœuds. Ces conditions sont cependant réservées aux compétiteurs d’expérience. Même si ce petit bateau arrive à planer sur l’eau, il n’en demeure pas moins que c’est le moins rapide de tous.

Des régates dans la cour des grands

Au Canada, la pratique du sport de compétition sur Optimist est placée sous l’égide de l’Association canadienne de voile en Optimist, mieux connue sous le nom de CODA, en collaboration avec les fédérations provinciales. La CODA organise des stages de perfectionnement pour aider les enfants à développer leur indépendance et des stratégies. Les concurrents participent à plusieurs courses chaque été. Habituellement, quatre compétitions provinciales sont organisées annuellement par Voile Québec et ses écoles affiliées. Les marins d’élite participent aussi aux championnats canadiens et internationaux. On organise des régates d’Optimist partout dans le monde depuis 1962.

L’expérience internationale de Kingston

Même si l’Optimist s’adresse d’abord aux enfants, le sérieux et l’importance de la régate internationale Optimist CORK de Kingston, qui aura lieu du 9 au 12 août prochain, est tout à fait à l’image des efforts déployés par les enfants pour se rendre jusque-là. « C’est une expérience internationale à deux heures de chez nous seulement. Alors qu’il faudrait se rendre à Miami pour que nos jeunes puissent vivre une expérience de ce calibre », explique Carmen Denis du CVDM. 

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