Essai routier

La Prius des camionnettes

En 2014, RAM lançait une petite révolution dans le monde de la camionnette pleine grandeur : un V6 turbodiesel. Ce moteur cherchait essentiellement à diminuer la soif du RAM 1500 tout en conservant ses capacités. Malgré ses grandes compétences, on se souviendra surtout de son logiciel trafiquant ses émissions polluantes mis au grand jour en 2017. Cela n’a néanmoins pas freiné la démocratisation du diesel dans cette catégorie. Ford vient de l’incorporer dans son populaire F-150, et nous en avons fait l’essai.

Son design

L’œil avisé l’aura remarqué, le F-150 a été légèrement remaquillé pour garder le rythme face aux RAM 1500, GMC Sierra et Chevrolet Silverado, des rivaux qui font l’objet de refontes complètes pour 2019. Les designers se sont ainsi concentrés sur la calandre avant, dont l’immodestie n’a d’égale que l’immense empreinte de la camionnette. Elle s’imbrique dorénavant à des phares taillés en C. Le mariage entre les deux composants se fait au moyen d’épaisses bandes chromées horizontales superposées, qui cherchent à accentuer la présence d’un ovale bleu d’une taille – évidemment – démesurée. Les ailes avant cherchent quant à elles à rehausser visuellement cette largeur, déjà manifeste. À l’arrière, le panneau de boîte est aussi retouché, exposant orgueilleusement en gros caractères le modèle (F-150) incrusté dans son alliage d’aluminium.

À bord

La livrée diesel n’est offerte qu’en deux configurations d’habitacles, à savoir la SuperCab et la SuperCrew. L’exemplaire essayé était outillé de cette dernière, une cabine pleine grandeur caverneuse qui peut aisément accueillir cinq personnes, qu’importe leur physique. Accessible au moyen de marchepieds rétractables (en option), elle mise sur une présentation anguleuse donnant une impression de robustesse par certains traits plus prononcés autour des buses de ventilation. Après s’être adapté au volant, sur lequel s’entassent un peu trop de commandes, on découvre une bonne ergonomie générale. Les touches, qui bordent quelques molettes, sont bien disposées. Côté finition, c’est dans l’ensemble assez bon, sauf pour certaines moulures qui ne sont pas toujours hermétiques dans leur réglage. Les rangements sont, quant à eux, nombreux et volumineux.

Sous le capot

Ford reprend ici une recette semblable à celle employée par RAM avec son moteur EcoDiesel. D’une cylindrée de 3 L, ce V6 turbodiesel produit en Angleterre mise bien entendu sur son couple de 440 lb-pi obtenu à 1750 tr/min pour être convaincant. Cette force brute fait sentir sa présence avec des départs arrêtés forts en tonus. Cela dit, les 250 ch limitent quelque peu l’élan en reprise ou à plus haute vitesse, sans que cela constitue un réel handicap. Ce moteur étale par ailleurs d’excellentes manières. Doux et extrêmement silencieux, il se fait discret tout le long des trajets urbains ou autoroutiers. La transmission automatique à 10 rapports l’aide grandement en trillant les rapports avec constance et aplomb. On obtient donc une consommation moyenne qui peut tutoyer les 10 L/100 km en moyenne, sans qu’on doive rouler à vitesse de tortue.

Derrière le volant

Alors que le RAM 1500 cherche à se différencier avec un comportement routier qui se rapproche inévitablement de celui d’une berline pleine grandeur, le F-150 assume son positionnement. Dotée d’une direction ayant un bon degré de précision, la camionnette présente des mouvements de caisse tout de même assez prononcés sur les bosses, surtout du train arrière. Contrairement à Chevrolet, GMC et RAM, Ford n’offre d’ailleurs pas d’amortisseurs réglables pour contrer ces mouvements. Malgré tout, le F-150 reste un excellent compagnon pour de longs trajets grâce à son grand confort, son excellente insonorisation et ses sièges bien découpés. La ceinture de caisse, légèrement plus basse sur une portion des portières avant, avantage la visibilité, qui est excellente au demeurant, peu importe où l’on regarde. Le système d’aide au maniement de remorque est en outre une valeur ajoutée fort intéressante.

Les technologies embarquées

Elle est loin, l’époque où la camionnette n’était utilisée que pour transporter de lourdes charges sans trop de raffinement. Le F-150 veut essentiellement convaincre l’acheteur de l’utiliser comme premier véhicule grâce à un équipement de série et optionnel très complet. Imaginez, Ford offre même l’option de sièges masseurs (!). Le système d’infodivertissement Sync 3 est la version la plus intuitive et complète offerte par le constructeur jusqu’à présent, bien loin de sa première génération qui était une horreur à utiliser. Il est prolongé par un bloc d’instrumentation situé face au volant qui recèle une foule de données et par lequel on peut contrôler pratiquement tout. Sur le plan de la sonorité, la chaîne B & O Play (division de l’équipementier Bang & Olufsen) est de meilleure qualité que les chaînes Sony précédemment employées.

Verdict

Malgré les grandes qualités du moteur, une question reste en suspens : la transition vers le diesel vaut-elle réellement la peine ? Accessible uniquement dès la version Lariat à un prix de départ de 59 000 $ sans les quatre roues motrices, soit près de 10 000 $ de plus que le V6 EcoBoost de 2,7 L avec le même équipement, il n’est pas à la portée de toutes les bourses. Sa capacité de remorquage plus élevée, pouvant atteindre jusqu’à 5171 kg selon les configurations, et sa frugalité indéniable en font cependant une option de choix si vous pouvez vous permettre la surprime. C’est certainement l’un des moteurs les plus intéressants offerts dans son segment à l’heure actuelle. Ford devra cependant rassurer le consommateur craintif par rapport aux émissions polluantes d’une telle mécanique, un déficit d’image peu simple à remodeler.

Carnet de notes

L’appétit d’un VUS compact

Avec sa consommation moyenne de 9,5 L/100 km, le F-150 diesel avance une consommation moyenne semblable à celle d’un Mazda CX-5 (9,3 L/100 km) ou d’un Toyota RAV4 (9,5 L/100 km), selon ÉnerGuide.

L’hybride s’en vient

Ford s’affaire à développer une version hybride du F-150 pour l’année-modèle 2020, laquelle devrait permettre encore une plus grande frugalité.

Un moteur européen

Il a beau avoir le nom Power Stroke, comme le moteur diesel de la gamme Super Duty de Ford, ce V6 est le fruit d’un partenariat avec Peugeot Citroën et est aussi utilisé par Land Rover.

De l’aluminium, beaucoup d’aluminium

Comme vous le savez probablement, cette génération du F-150 fait usage d’une grande quantité d’alliage d’aluminium pour abaisser son poids. L’ensemble de sa carrosserie en est composé.

Limiter les émissions

Comme bien des moteurs diesel modernes, le système antipollution du F-150 est doté d’un système d’injection d’urée pour diminuer l’émission des oxydes d’azote. Il faut cependant garder l’œil sur le niveau du réservoir qui se vide progressivement.

Fiche technique

Version à l’essai

Platinum avec cabine SuperCrew

Prix (avec options)

78 629 $

Moteur

V6 DACT 3 L turbodiesel

Puissance

250 ch à 3250 tr/min

Couple

440 lb-pi à 1750 tr/min

Transmission

Automatique à 10 rapports

Architecture motrice

Moteur longitudinal avant, quatre roues motrices

Consommation (ÉnerGuide)

9,5 L/100 km

Concurrentes directes (diesel)

Chevrolet Silverado (2019) et GMC Sierra (2019)

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