Secteur aéronautique

Panique sur les marchés

Les investisseurs ont très sévèrement puni, hier en Bourse, la première promesse financière importante rompue par l’équipe de direction en place chez Bombardier depuis 2015. L’action a perdu 24,4 % de sa valeur pour revenir à un niveau jamais vu depuis plus d’un an.

Pourquoi l’action a-t-elle chuté ?

Ce ne sont ni l’annonce de la suppression de 5000 emplois, ni celle de la vente du programme Q400 qu’il faut regarder. En fait, des annonces de ce genre ont plutôt tendance à faire augmenter le cours de l’action d’une entreprise.

Ce ne sont pas non plus les revenus ou les bénéfices annoncés par Bombardier pour le troisième trimestre. Les revenus de 3,6 milliards US étaient légèrement inférieurs aux attentes de 3,8 milliards US, tandis que le bénéfice par action de 0,04 $ était supérieur aux attentes de 0,02 $.

Alors quoi ?

Plus que les revenus, les profits ou les marges bénéficiaires, ce sont depuis quelques années les liquidités qui attirent l’attention des investisseurs intéressés à Bombardier.

Ce qui a fait trembler les marchés d’effroi, hier, c’est donc un « trou » d’environ 600 millions dans les flux de trésorerie prévus pour 2018, comparativement à ce qui avait été annoncé par l’entreprise elle-même dans les mois précédents.

Bombardier avait annoncé il y a un an son intention de terminer 2018 avec des flux de trésorerie neutres, à plus ou moins 150 millions de dollars. Elle a réitéré cet objectif hier en ajoutant une nuance importante : elle inclut dorénavant dans le calcul les 550 millions perçus plus tôt cette année lors de la vente de ses installations de Downsview, à Toronto.

D’où vient ce trou ?

Selon le chef de la direction financière de Bombardier, John Di Bert, ce trou est presque entièrement attribuable à des retards de livraison dans la division Transports. Celle-ci est présentement engagée dans une phase d’augmentation de sa production qui n’avance visiblement pas aussi rapidement que prévu, ce qui fait en sorte que le fonds de roulement gonfle dans cette division.

Ce problème pourrait « déborder » sur l’année 2019, a-t-on reconnu. Bombardier n’avait pas encore fixé d’objectif pour ses flux de trésorerie en 2019, mais les analystes avaient déjà commencé à spéculer qu’ils pourraient attendre de 400 à 500 millions de dollars.

La direction a encore une fois dégonflé ces attentes en indiquant hier qu’en raison d’une provision de 250 millions de dollars pour la restructuration et d’une autre équivalente pour gérer le fonds de roulement de la division Transport, les flux devraient encore une fois être neutres en 2019.

Doit-on s’inquiéter pour les liquidités de Bombardier ?

Absolument pas, selon l’analyste Cameron Doerksen, de la Financière Banque Nationale.

« Nous voyons la débâcle du site aujourd’hui et dans les derniers mois comme étant irrationnelle. Il n’y a pas de problème de liquidités, et le profil de risque de l’entreprise s’est dramatiquement amélioré depuis la fin 2017, la dernière fois que l’action s’est échangée à ce prix. »

Rappelons qu’à ce moment-là, Bombardier était entre autres impliquée dans une acrimonieuse bagarre juridique contre Boeing, dont l’issue était loin d’être certaine. C’était aussi tout juste avant l’annonce de son partenariat avec Airbus pour la cession de la C Series.

« L’anxiété autour des prévisions de flux de trésorerie pour 2019 est exagérée de notre point de vue », poursuit M. Doerksen, selon qui la reconstruction de Bombardier « a toujours été une histoire pour 2020 », année pour laquelle les prévisions demeurent inchangées.

À quoi serviront les liquidités de Bombardier ?

L’un des principaux objectifs de la direction de Bombardier sera de racheter la part de 30 % de la division Transport qu’elle avait cédée à la Caisse de dépôt et placement, à l’automne 2015, en échange de 1,5 milliard US. Bombardier avait alors un énorme besoin de liquidités, notamment pour conclure le développement de la C Series.

Cette part a depuis été ramenée à 27,5 % et pourrait encore bientôt fondre à 25 % en fonction de la performance de Bombardier Transport. Dans un bulletin publié plus tôt cette semaine, l’analyste Benoit Poirier, de Desjardins Marchés des capitaux, estimait à 2,18 milliards le coût d’un rachat par Bombardier.

Bombardier devrait terminer l’année 2018 avec plus de 3 milliards dans ses coffres, mais selon M. Doerksen, elle doit en conserver un minimum de 2 milliards pour bien fonctionner.

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