Éditorial Ariane Krol

Lock-out à l’UQTR
Tout ça pour quoi ?

Près de deux semaines après la mise en lock-out de ses quelque 440 professeurs, l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) n’avait toujours rien réglé hier. 

Malgré la visite de la ministre de l’Enseignement supérieur, étudiants et enseignants ont continué à faire les frais de ce pari inconsidéré. C’est inacceptable, et nous ne devons pas être la seule à le dire. Québec doit passer le message haut et fort aux universités qu’il subventionne.

On a eu la nette impression, hier, que le bras de fer visait Québec autant que les professeurs. Qu’a gagné l’université ? On cherche encore. La liste des victimes, par contre, est impressionnante.

Les premiers lésés sont évidemment les étudiants privés de cours ou de la supervision de leur directeur de thèse. Plusieurs risquent également de subir des pertes de revenus de travail et des dépenses supplémentaires si le trimestre est prolongé.

Pensons aussi à tous les organismes, employeurs et milieux de stage qui vivent dans l’incertitude quant à la fin du trimestre d’hiver et au déroulement du trimestre d’été.

Sans oublier les profs, qui non seulement ne sont pas payés depuis le 2 mai, mais doivent s’abstenir de participer à des activités professionnelles, comme des colloques.

Quel gâchis !

En annonçant ce lock-out il y a 15 jours, le recteur Daniel McMahon a qualifié sa décision de « responsable » et « inévitable ». Oui, le syndicat avait déjà rejeté deux propositions de l’employeur. Sauf que la convention collective était échue depuis moins d’un an. Où était l’urgence d’actionner l’arme ultime, alors que les étudiants sont en fin de trimestre ? C’est aussi irresponsable que si des profs avaient déclenché une grève illimitée – un scénario nullement dans les cartes, puisque seule une banque de 20 jours de grève a été évoquée, sous réserve d’un vote prévu en juin.

Le recteur serait-il de la même école que l’ex-chef de cabinet d’Obama, Rahm Emanuel, qui avait déclaré, en pleine crise financière de 2008, qu’il « ne faut jamais gaspiller une crise grave » ?

C’est l’impression qu’il donne avec sa position contre le fameux plancher d’emploi – le nombre minimal de professeurs, qui augmente en fonction du nombre d’étudiants. Même avec les millions supplémentaires accordés par Québec, l’Université ne réussira pas à équilibrer ses finances s’il ne s’attaque pas à ce plancher, a affirmé en substance M. McMahon hier.

Nous n’avons pas vu les chiffres, mais il y a lieu de s’interroger sur le principe. Recruter toujours plus d’étudiants, y compris en investissant dans la construction de campus satellites, et s’en remettre à des chargés de cours pour leur enseigner, moins coûteux que des professeurs, cela se fait déjà. Une université ne devrait toutefois pas être encouragée à démolir ses garde-fous contre cette pratique.

La crise de l’UQTR nous rappelle cependant qu’avant les millions que le gouvernement Couillard fait aujourd’hui pleuvoir sur les universités, il y eut des années de sécheresse qui les ont mises à rude épreuve.

Est-ce pour cette raison que la ministre Hélène David a tant tardé à intervenir pour faire cesser le lock-out ? Non seulement n’a-t-elle plus le choix, mais elle va avoir aussi bien du mal à justifier cette épreuve de fin de trimestre infligée aux étudiants et aux professeurs.

Chronologie d'un dérapage incontrôlé

1er mai

L'UQTR annonce qu'elle mettra ses professeurs en lock-out le lendemain.

2 mai

11 mai

13 mai

À l'échéance de l'ultimatum, le lock-out n'est toujours pas levé. À 17 h, le conseil d'administration de l'UQTR tient une réunion extraordinaire à huis clos.

14 mai

«Le lock-out sera levé si [le président du syndicat des professeurs] M. Biskri décide de le lever», déclare le recteur Daniel McMahon en matinée.

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