La petite maison dans Sillery

C’était casse-gueule comme idée. Et difficile à vendre comme concept de sitcom politique. Quoi, le référendum de 1995 a été gagné et la République du Québec fête ses 25 ans comme pays indépendant ?

Avouez que ça ne vous titille pas tant. La bande-annonce de La Maison-Bleue qui circule présentement ne rend pas non plus justice à ce surprenant projet de Ricardo Trogi et Daniel Savoie, connu pour son personnage de hockeyeur Patrice Lemieux. Louis Morissette et François Avard ont aussi collaboré aux textes.

J’ai vu quatre épisodes (sur dix) de La Maison-Bleue mardi matin et j’ai beaucoup ri. Je ne m’attendais pas à aimer ça autant, bien honnêtement.

C’est rapide et punché. Chacune des demi-heures renferme plusieurs gags efficaces, ancrés dans la culture populaire actuelle. Le Costco, le Centre Vidéotron, une influenceuse transgenre, les émissions politiques comme La joute, Céline Dion, le vin rouge couleur passion de Mario Pelchat ou Occupation double, les auteurs passent tout à la moulinette.

L’Extra de Tou.TV offrira la série complète dès jeudi, tandis que la diffusion à la télé régulière de Radio-Canada se fera dans les mois à venir.

Ne vous attendez cependant pas à une œuvre pointue, très intello, qui jette un regard cynique et grinçant sur les gens qui nous gouvernent. Nous avons affaire ici à une comédie franche aux ressorts comiques très gros. Le tout, enrobé d’intelligence et d’un sens aiguisé de l’observation.

Avertissement : ça prend quelques épisodes pour s’adapter au ton décalé de La Maison-Bleue, où Guy Nadon incarne le quatrième président du Québec, Jacques Hamelin. Avant lui, le pays a été dirigé par Jacques Parizeau, Lucien Bouchard et… Mario Tremblay.

Le président Hamelin n’est pas particulièrement habile ni brillant. C’est un homme simple, qui aime manger des galvaudes et voyager dans le Sud. Son épouse Mireille (Anne-Marie Cadieux), la première dame du Québec, est loin d’être la lime à ongles la plus affûtée de la trousse. C’est une ancienne duchesse du Carnaval élevée dans la ouate et le luxe.

Leur fille de 18 ans, Gabrielle (Anyjeanne Savaria), possède le plus de jugement dans cette Maison-Bleue, l’équivalent de la Maison-Blanche de Washington, mais à Sillery, un quartier de Québec.

Le personnel politique du président Hamelin fait de son mieux pour limiter les dégâts. Il y a la directrice des communications Karine (Geneviève Schmidt), une femme efficace et loyale, tout comme le conseiller Antoine (Simon Beaulé-Bulman), entièrement dévoué à son président. Les deux ont un accès privilégié au bureau Ovale, pareil à celui de son vis-à-vis américain.

Dominic Paquet incarne le personnage le plus caricatural de cette sitcom, celui du garde du corps nigaud qui ne s’exprime en anglais qu’en citant des paroles de chansons des années 90. Il est payant, mais à petites doses.

L’intrigue de La Maison-Bleue tourne autour de l’impopularité du président Hamelin dans les sondages, à quelques mois des élections. Imaginez : 25 ans après l’indépendance, les deux tiers des Québécois souhaitent réintégrer le pays. Woups.

Pour s’assurer d’un autre mandat à la tête du Québec, rien de tel qu’un projet de société rassembleur, soit celui d’échanger le Grand Nord québécois contre une partie de la côte est de la Floride.

Dans l’univers de La Maison-Bleue, le Québec a sa propre monnaie et son armée. Il y a des douanes à Gatineau, Réjean Houle siège à la Cour suprême, et chacune des régions administratives du Québec vote pour son gouverneur.

Au fil des épisodes, nous rencontrons le président américain (Bruce Dinsmore), la cheffe du Bloc canadien (Isabelle Brouillette), le général de l’armée du Québec (Roger Léger) de même que le vice-président du Québec (Claude Despins), un tata de calibre international.

Ça m’étonnerait que des fédéralistes ou des nationalistes rouspètent contre La Maison-Bleue de Radio-Canada. La comédie ne prend pas position d’un côté ou de l’autre. Le contexte de séparation ne sert que de prétexte pour pousser des gags qui égratignent les deux camps. Et c’est très réussi.

Gros lundi de télé

Encore énormément de gens devant leur télé, lundi soir, pour regarder District 31. Selon Numeris, nous étions précisément 1 672 000 à l’écoute. Une quotidienne aussi populaire sur une aussi longue période, c’est tout un exploit.

Toujours lundi, Fugueuse (1 073 000) est restée devant Les pays d’en haut (751 000), qui s’est conclu sur une note dramatique. On s’en rejasera quand tout le monde sera à jour.

L’échappée (1 042 000) conserve son avance sur Une autre histoire (700 000). À RDS, le hockey du Canadien de Montréal a intéressé 636 000 fans.

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