À l’étude

La malbouffe
du père nuit au bébé

Pour mettre au monde un bébé en santé, il ne suffit pas d’avoir une bonne alimentation pendant la grossesse. Les futurs papas qui mangent mal avant la conception nuisent à la santé de leur futur enfant, ont découvert des chercheurs britanniques.

Le contexte

« On sait depuis longtemps qu’une mauvaise alimentation et l’obésité nuisent à la qualité du sperme et en diminuent la quantité », explique Adam Watkins, biologiste spécialiste de nutrition prénatale à l’Université de Nottingham, qui est l’auteur principal de l’étude publiée cet automne dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). « Mais il est extrêmement difficile de voir si la mauvaise qualité du sperme à la conception, ou plus généralement une mauvaise alimentation, génère de moins bons embryons puis des bébés en moins bonne santé. Les variables à contrôler sur le plan de l’alimentation sont trop nombreuses. Alors, il faut étudier cette question chez la souris. »

La genèse

Le biologiste britannique a commencé par étudier l’influence de l’alimentation chez la mère. Il a donné à des souris une diète pauvre en protéines durant quelques jours avant de leur implanter un embryon. Ensuite, l’alimentation revenait à la normale pour la grossesse. Le lien était clair : à l’accouchement, le bébé souris était en moins bonne santé. En 2011, il a lancé le même projet pour les pères. « On donne aux souris mâles l’équivalent d’une diète extrêmement pauvre en fruits et légumes et riche en aliments transformés, en pizza, en chips et en boissons gazeuses », explique M. Watkins.

Ce que révèle l’étude

L’alimentation du futur papa avait une incidence négative dès la grossesse. « On voyait, chez les souris femelles enceintes, le même type de problème que si elles avaient elles-mêmes une mauvaise alimentation, dit M. Watkins. Le sperme n’a pas un impact que sur l’ovule, mais aussi sur l’environnement général au début de la grossesse. » À la naissance, les bébés souris dont le papa mangeait mal à la conception étaient plus gras, étaient quasiment diabétiques et leur foie comportait des symptômes de cirrhose non alcoolique.

Et maintenant ?

Dans l’immédiat, les médecins qui rencontrent pour la première fois une patiente enceinte devraient poser des questions sur la diète paternelle, pas seulement sur celle de la future maman. « S’il y a un manque de protéines et de vitamines, ou alors s’il y a trop de protéines et trop de gras, il faut garder cette information en tête pour le suivi de grossesse et immédiatement après la naissance. » Au niveau de la recherche, M. Watkins veut maintenant identifier des molécules qui indiquent un mauvais environnement pour le fœtus durant la grossesse. « On peut se servir des changements observés dans le placenta et le fœtus, lorsque l’alimentation est mauvaise à la conception, pour identifier des molécules à surveiller. Ensuite, on pourra trouver des suppléments à administrer pour corriger la situation. Idéalement, on pourrait aussi trouver des manières d’améliorer la qualité du sperme plus rapidement que par des changements d’alimentation, qui sont souvent difficiles à réaliser rapidement. »

EN CHIFFRES

55 % des calories de l’alimentation des hommes québécois de 19-30 ans proviennent d’aliments ultratransformés comme les boissons gazeuses, la pizza ou les croustilles.

47 % des calories de l’alimentation des femmes québécoises de 19-30 ans proviennent d’aliments ultratransformés comme les boissons gazeuses, la pizza ou les croustilles. 

Source : MSSS, 2015

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