Opinion

Et si les technologies remplaçaient les pesticides ?

Les pesticides font aujourd’hui l’objet d’enjeux environnementaux considérables en raison de la dégradation de l’environnement, notamment à travers la pollution des rivières, des nappes phréatiques et des impacts sur la santé des humains. La réduction de l’utilisation des pesticides pour la protection des cultures est une demande très forte de la population. 

Cette réduction incombe aux agriculteurs par une modification profonde des méthodes culturales. Toutefois, pour changer le modèle de production actuel, c’est l’ensemble des intervenants en agriculture qui devra contribuer avec l’objectif commun de réduire, voire d’éliminer les pesticides. Les chercheurs, les fabricants d’équipement, les banquiers, les agronomes devront repenser les systèmes de production en utilisant les nouvelles technologies en remplacement des pesticides.

Surveillance des champs à l’aide de la photographie infrarouge

Le film infrarouge enregistre les moindres altérations du feuillage avant que le stress ne soit généralement apparent dans le champ. Les feuilles d’un plant en santé ont une plus grande réflectivité que les feuilles d’un plant souffrant d’une carence, d’une maladie ou d’une infestation d’insectes. Les conditions de stress d’un plant peuvent être dues à la sécheresse, un mauvais drainage, une déficience de nutriment, des dommages d’insectes ou de maladie, de la compétition des mauvaises herbes.

En 1987, avec quelques collègues du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), nous avons réalisé un projet de surveillance de la culture de la pomme de terre à l’aide de la photographie infrarouge.

La prise de photographies infrarouges à basse altitude une fois par semaine a permis de détecter de façon précoce un foyer d’infestation de mildiou de cinq à six jours avant qu’elle ne soit visible au champ.

Afin d’éviter la propagation du mildiou à tout le champ, le producteur a choisi de détruire mécaniquement le foyer d’infestation et ainsi sauver pratiquement toute la récolte. Ce projet a permis d’éliminer les six à sept arrosages préventifs de fongicides contre le mildiou.

Drones et caméras numériques

Les drones figurent parmi les technologies de plus en plus utilisées en agriculture de précision. Aujourd’hui, une gamme de drones professionnels destinée à l’agriculture est disponible pour inspecter l’état de santé des cultures et traiter de façon efficace les zones nécessitant une intervention. Les images numériques infrarouges permettent de connaître l’intensité de l’infestation de la maladie ou d’insectes et de mesurer la superficie touchée.

Une étude récente réalisée par l’INRS-Eau a montré la possibilité de détection des doryphores à partir des images infrarouges de très haute résolution. Un passage du drone une à deux fois par semaine permet de détecter les dommages au feuillage des plants de pommes de terre dès le début de l’infestation et d’intervenir rapidement pour éliminer le foyer d’infestation.

Bineuse autoguidée (sarcleur)

Remplacé par les herbicides et délaissé au cours des dernières années, le binage (désherbage mécanique) retrouve progressivement sa place dans les pratiques agricoles.

Les nouveaux outils de binage sont dotés d’un système de commande et de guidage par caméra. Ainsi, ces sarcleurs autoguidés permettent un travail efficace au champ et réduisent les coûts de désherbage.

Le système d’imagerie, qui analyse 30 images par seconde, permet un suivi des rangs très précis (1,5 cm) même sur les rangées étroites de céréales.

Le binage offre de nombreux avantages, tant économiques qu’environnementaux : élimination de l’utilisation des herbicides, destruction des mauvaises herbes, restructuration et réchauffement du sol, amélioration de l’activité biologique du sol, limitation de l’activité des ravageurs (limaces), réduction des besoins en eau d’irrigation et réduction du ruissellement.

Robot de désherbage

Un nouveau robot de désherbage vise à éliminer l’usage des herbicides, à diminuer les coûts de production et à améliorer les conditions de travail des agriculteurs. Le robot est guidé par repérage GPS et un système de vision permet la détection des rangées de légumes. Sans conducteur, le robot a une autonomie de huit heures avant la recharge des batteries et désherbera une superficie de 5 hectares.

Les bords de champs

L’industrialisation et la mécanisation de l’agriculture ont provoqué au cours des années la disparition des bords de champs considérés comme un espace improductif. Les bords de champs constituent un réservoir important d’insectes prédateurs non nuisibles aux cultures. En agriculture, la présence de vers de terre a une forte influence sur la fertilité des sols. Ils produisent des substances nécessaires au métabolisme des plantes en améliorant la porosité des sols.

Les bords de champs sont des sources d’occasions nouvelles pour la production agricole et l’environnement : ils éliminent l’usage des insecticides, luttent contre l’érosion, favorisent l’abondance des insectes prédateurs et les réserves de vers de terre, favorisent la reproduction du gibier, améliorent la diversité végétale, réduisent la pollution diffuse et améliorent la qualité des paysages agricoles.

L’agriculture est à la croisée des chemins. Une agriculture industrielle aux impacts destructeurs de la santé humaine ou une agriculture sans pesticides. Le choix nous appartient.

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