Derek Aucoin : la tête haute

L’héritage d’un père à son fils

C’était à l’été 2019. Derek Aucoin et sa femme, Isabelle, encaissaient encore le choc du diagnostic de cette tumeur au cerveau.

« On était assis dans le salon, on digérait tout ça, on s’est regardés et elle m’a dit : “Pour Dawson [leur fils], c’est peut-être le temps que tu dises oui au projet de livre. Pour que ton histoire soit racontée pour Dawson, mais par toi. Que ce soit un héritage laissé pour Dawson.” On a pleuré, on a pleuré. Et on a appelé Ben sur-le-champ. Je lui ai dit : “Ben, c’est le temps, et c’est toi.” »

Ben, c’est Benoît Rioux, journaliste sportif à l’Agence QMI et complice d’Aucoin depuis plusieurs années. C’est sous sa plume que paraît cette semaine Derek Aucoin : La tête haute (Éditions de l’Homme), une biographie retraçant la vie bien remplie de cet ancien lanceur des Expos, devenu homme d’affaires, animateur de radio et, surtout, une source d’inspiration qui a changé bien des vies.

« Ce qui m’a drivé tout au long du projet, c’était de le faire pour Dawson. Le but était de lui faire le plus beau cadeau possible, et lui laisser ce livre en héritage. »

— Benoît Rioux, auteur de Derek Aucoin : La tête haute, en entrevue téléphonique

Cet héritage est d’ailleurs déjà bien tangible : c’est Dawson qui a symboliquement reçu le premier exemplaire de l’ouvrage.

L’auteur et le sujet se sont liés d’amitié au fil des années, une relation qui a commencé quand Aucoin faisait affaire avec les Yankees de New York et permettait à des clients de frapper quelques balles sur le terrain du Yankee Stadium. Rioux, le cousin d’un dépisteur des Mariners de Seattle, lui avait donné un coup de main. C’était le début d’une longue collaboration.

« Quand j’avais ma chronique au Journal de Montréal, j’envoyais souvent mes textes à Ben pour lui demander son avis. Je voyais qu’il avait mon bien à cœur. Des fois, je prenais position, des positions assez fortes. Et il me challengeait. Es-tu sûr que tu veux dire ça ? Si ça sort comme ça, les gens vont penser que tu veux partir une polémique. “He had my back.” Il me protégeait. Je trouvais que c’était un geste d’amour. »

Voilà quelques années que Rioux lui proposait d’écrire sa biographie. « Je trouvais que je n’avais pas grand-chose à dire, à raconter. Là, avec le recul, c’est différent », admet Aucoin.

Le « recul », c’est évidemment la maladie. Remarquez, le grand gaillard est encore en pleine forme. Au moment de l’entrevue avec La Presse, il revenait d’une longue séance d’enregistrement de la version audio du livre. Le lendemain, il participait à un évènement au parc Cotnoir, à Boisbriand, là où un jeune Derek Aucoin a appris à lancer.

Et jusqu’à la suspension des activités dans la LNH, on voyait encore Aucoin au Centre Bell certains soirs de match, à recueillir les échos de vestiaire pour le 98,5. Alors non, il ne se laisse pas abattre, au contraire.

La liste, le défi

Le résultat, c’est un livre à l’image d’Aucoin. Ça saute aux yeux quand on arrive dans les dernières pages, essentiellement un cahier de notes.

On y a en effet laissé des pages pour le défi des 30 jours, initiative d’Aucoin qui consiste à appeler deux personnes par jour, pendant un mois, afin de leur dire à quel point elles sont importantes.

Elles sont suivies de la bucket list, la liste de souhaits, où le lecteur est invité à inscrire 10 choses qu’il souhaite accomplir dans la vie. Aucoin s’est lui-même dressé une liste, dont quelques éléments sont déjà rayés : marcher à Disney World avec Dawson sur ses épaules, se lancer la balle avec Dawson à Central Park.

« On voulait donner aux lecteurs un moyen d’appliquer la philosophie de Derek de rendre le monde meilleur. La bucket list, ce n’est pas une fin en soi. »

— Benoît Rioux

« Derek a vu le film, il sait comment ça finit, mais la liste n’est pas une finalité. C’est pour encourager les gens à passer à l’action, pour qu’ils réalisent leurs rêves et qu’ils prennent conscience que la vie est tellement belle. »

Et le contenu ? Les amateurs de balle découvriront la fascinante histoire derrière la signature de son premier contrat avec les Expos, les coulisses de son bref passage avec l’équipe en 1996 et la signification de son numéro 66 (bon… doit-on vraiment vous faire un dessin pour celle-là ?). Des passages qui ont permis à Aucoin de se replonger dans ses souvenirs.

« On a ressorti le match final du championnat des Lynx d’Ottawa en 1995. J’ai regardé une manche cette semaine. Je lançais en tabarnache ! J’ai regardé ça avec Dawson. C’était très cool de regarder ça avec lui. »

Ceux qui sont moins mordus de baseball se retrouveront plutôt dans les histoires humaines, comme le suicide de son ami Stéphane, à 17 ans. Ou la façon dont il a géré l’attention qui venait avec sa taille de 6 pi 8.

« C’était surprenant de voir à quel point, au Québec, j’étais pratiquement perçu comme une bête de foire », lit-on.

Le récit est en ordre chronologique, mais des capsules en fin de chapitre, tout au long du livre, racontent son combat contre le glioblastome multiforme. Ça ne le fait pas déroger de son credo, qu’il dit ici et là dans le livre, et qu’il nous répète en entrevue.

« Je me considère comme l’homme le plus chanceux sur la terre, je suis béni.

« Je continue la bataille. On ne sait jamais, avec la progression de la médecine. On ne lâche pas. On reste positif. Il faut garder la tête haute. Il faut rester dans la game, dans l’espoir qu’un game changer arrive. Le Bon Dieu a peut-être des plans pour moi, mais on a encore de la job à faire ici, on va continuer à aider les gens. »

C’est la mission que lui et M. Rioux se sont donnée dans Derek Aucoin : La tête haute.

Derek Aucoin : La tête haute

Benoît Rioux

Éditions de l’Homme

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