Pêche illégale

Se cacher à l’ère des balises satellites

En mars, une ONG qui se consacre à la préservation des océans a publié un rapport sur quatre navires de pêche qui se livrent vraisemblablement à de la pêche illégale. L’un d’entre eux a éteint sa balise satellite alors qu’il franchissait les îles Galapagos, où la pêche est interdite. Pleins feux sur une nouvelle croisade contre les flibustiers de la poissonnerie.

Réserves marines

Le navire de pêche à la senne panaméen Tiuna faisait cap vers le sud. Soudainement, à la mi-octobre 2014, sa balise satellite de système d’identification automatisé (SIA) s’est tue alors qu’il s’approchait de la réserve maritime des Galapagos, où la pêche est interdite. Selon Lacey Malarky, auteure d’un rapport publié en mars dernier par l’ONG Oceana, il s’agit fort probablement de pêche illégale. « Nous avons épluché les bases de données des balises SIA et nous avons trouvé quatre cas où il est difficile de croire que la balise a eu des problèmes à répétition dans un court laps de temps, près d’une zone où la pêche est interdite. »

Sanctions

Certains des navires qui ont été pris la main dans le sac pourraient faire l’objet de sanctions. « Les navires de l’Union européenne font face à des amendes s’ils font de la pêche illégale, même ailleurs qu’en Europe, dit Mme Malarky, jointe en Californie. Nous avons contacté les autorités maritimes espagnoles, dont relève l’un des navires que nous avons observés, à la frontière de la Gambie. Trois des quatre navires dont nous parlons dans notre rapport ont répondu à nos questions et ont dit qu’ils faisaient l’objet d’un système de surveillance privé. Ça ne veut pas dire grand-chose. »

L’a b c des balises

C’est le quatrième rapport d’Oceana sur la pêche illégale internationale, mais le premier qui s’attarde aux balises satellites SIA. Le système d’identification automatisé (SIA) par satellite existe depuis le début des années 90 et est devenu obligatoire en 2002 pour les navires de croisière, les traversiers et les navires de plus de 50 m. Le nombre de navires suivis par le SIA est passé depuis de 100 000 à 550 000, dont 70 000 navires de pêche.

La fréquence

Les chercheurs d’Oceana ont examiné un million de trajectoires de bateaux de pêche de 2014 à 2016 pour détecter ces quatre exemples probables de pêche illégale. Malgré tout, Mme Malarky pense que cette tactique – éteindre la balise SIA – est assez répandue. « Nous avons trouvé beaucoup d’autres cas où il pouvait y avoir un doute raisonnable de problèmes techniques, dit-elle. Nous ne présentons que les cas où les soupçons sont très, très forts. » Il faut distinguer les pertes de signal des coupures volontaires, explique David Kroodsma, spécialiste des balises SIA à l’ONG Global Fishing Watch, à Washington, à qui La Presse a demandé son avis sur le rapport d’Oceana. « Il y a deux types de balises, l’un est plus faible. Je dirais que pour les pays industrialisés, c’est assez rare comme comportement chez les pêcheurs, mais ailleurs ça demeure fréquent. » Selon Mme Malarky, cette technique pourrait mener à un système de qualification du poisson en pêcherie qui tienne compte des pannes suspectes de balises SIA.

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