Éditorial  Francophonie

Ce que ne dit pas Labeaume (même s’il le sait)

Si certaines critiques sont assurément essentielles, insinuer que l’OIF ne donne rien, comme vient de le faire le maire de Québec, n’est pas honnête

Le maire de Québec Régis Labeaume vient de critiquer durement l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Il y a une expression pour ça : tirer sur l’ambulance.

L’organisation, ces jours-ci, a des problèmes d’image. Tant la nouvelle secrétaire générale Louise Mushikiwabo que sa prédécesseure Michaëlle Jean ont porté atteinte à la réputation de l’OIF. La première parce qu’elle est issue d’un pays où la démocratie est mise à mal et où le français est marginalisé. La seconde parce que certaines de ses dépenses ont été jugées inacceptables.

Il est donc plus facile – et politiquement rentable, au Québec – de diaboliser l’organisation au grand complet que de la défendre.

Mais si certaines critiques sont assurément essentielles, insinuer que l’OIF ne sert à rien, comme vient de le faire le maire de Québec, n’est pas honnête. « Je ne les ai jamais vus de ce côté-ci de l’Atlantique », a-t-il ajouté. Ce n’est certainement pas quelque chose qu’il pourrait répéter devant un détecteur de mensonges.

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Permettez-nous donc d’expliquer à quel point l’Organisation internationale de la Francophonie est utile.

Pour le Québec, d’abord. C’est la seule organisation où la province est aussi importante que les autres États qui en sont membres. Cela prouve qu’on est en mesure de jouer dans la cour des grands et cela contribue à notre rayonnement. D’autant plus que des Québécois arrivent à occuper des postes clés au sein de l’OIF, ce qui nous donne encore plus d’influence.

L’un de ces Québécois, Clément Duhaime, a été l’administrateur de l’organisation de 2006 à 2015. Il énumérait récemment, dans un texte publié dans Le Devoir, les atouts de la francophonie pour le Québec et vice-versa. Il citait, entre autres, le siège de l’Agence universitaire de la Francophonie, l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone (à l’Université Laval, à Québec) et le Centre de la francophonie des Amériques (à Québec). Il rappelait aussi que le Québec a été l’hôte de deux sommets de la Francophonie depuis la fin des années 80 (encore à Québec) et des Jeux de la Francophonie.

Ne sous-estimons pas, par ailleurs, le travail fait par l’organisation ailleurs dans le monde. En particulier en Afrique, où se trouve la majorité des francophones, soit près de 60 %.

On peut notamment souligner les efforts pour la promotion du français. Évoquer la formation de fonctionnaires dans plusieurs pays. Et celle de militaires, aussi, dans le but de permettre au français d’être utilisé plus fréquemment dans les missions de paix au sein de pays africains… francophones.

Il ne faudrait pas non plus oublier le travail fait en matière d’« accompagnement de processus électoraux ». Y compris pour soutenir le processus de transition en Tunisie, un rare exemple de succès démocratique dans le monde arabe. La promotion de la gouvernance démocratique demeure au cœur du mandat de l’organisation et c’est une excellente nouvelle.

Ce qu’il faut préciser, aussi, c’est que le budget de l’organisation est respectable, mais pas exceptionnel. Cette année, il s’élève à 123,5 millions. Il est utile de le mettre en perspective : pour l’ensemble des pays membres, on parle d’une somme à peine plus élevée que le budget du ministère des Relations internationales du Québec (il est d’environ 106 millions, une maigre part du budget global de la province).

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Tout cela ne veut pas dire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes à l’OIF. Bien sûr que non ! La liste des pays membres de l’organisation, par exemple, grossit plus vite qu’un abcès sur une gencive infectée. C’est un non-sens. Même l’Arabie saoudite cogne à la porte. C’est peut-être signe qu’il est temps de la fermer à double tour !

On ne doit pas non plus passer sous silence le fait que l’OIF vient de choisir une secrétaire générale qui vient d’un pays où l’opposition et les journalistes sont attaqués et où le français est négligé. Louise Mushikiwabo aura fort à faire pour confondre les sceptiques.

Mais ce qui est tout aussi insensé, c’est de diaboliser une organisation misant sur la coopération et la promotion de la démocratie et de l’État de droit, alors que le monde est aux prises avec la résurgence du protectionnisme, de l’unilatéralisme et de l’obscurantisme.

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