Train de vie

Augmenter son budget à la retraite, est-ce possible ?

Les chiffres
Richard
Salaire : 60 000 $ par année (retraite souhaitée à la fin de 2019)
Régime enregistré d’épargne retraite (REER) : 300 000 $
Compte d’épargne libre d’impôt (CELI) : 73 000 $
Suzanne
Salaire : 25 000 $ (retraite souhaitée à la fin de 2021)
REER : 275 000 $
CELI : 72 000 $
Maison : 225 000 $ (entièrement payée)
Liquidités : 20 000 $
Investissements annuels : 8000 $ (REER) et 7000 $ (CELI)
Dépenses annuelles : 33 000 $
Dépenses souhaitées : 45 000 $

Vous planifiez un projet qui demande une utilisation judicieuse de votre argent ? Une nouvelle maison, l’arrivée d’un enfant, une année sabbatique, un changement d’emploi, le règlement de vos dettes ou la retraite ?

Plusieurs personnes attendent la retraite pour réaliser des projets de voyage. Parfois, ce petit luxe fait grimper leurs dépenses annuelles à un niveau plus élevé que lorsqu’elles travaillaient. Avec une bonne planification, c’est toutefois possible d’y arriver !

Le problème

L’heure de la retraite approche pour Suzanne et Richard. Mariés depuis 40 ans, ils ont l’habitude de faire un voyage en Europe chaque année. Budget : 8000 $. Ils aimeraient toutefois profiter de leur retraite pour voyager davantage.

« Nous aimerions y aller deux fois par année, soit au printemps et à l’automne, explique Suzanne. Je voudrais augmenter notre budget à 20 000 $ par année. Nous voyageons de manière autonome en louant une voiture. Ainsi, nous voyons davantage de choses à un meilleur coût qu’avec un voyage organisé. »

Pendant combien de temps comptent-ils maintenir ce train de vie ? Difficile à dire, mais les deux membres du couple, âgés de 61 ans, souhaiteraient le faire pendant au moins une quinzaine d’années.

Évidemment, ils veulent éviter que leurs projets de voyage nuisent à leur santé financière. Durant la plus grande partie de leur vie commune, ils ont compté uniquement sur le salaire de Richard pour faire vivre leur famille. Suzanne, elle, restait à la maison pour s’occuper de leurs enfants, aujourd’hui adultes. « Nous avons vécu simplement, mais en profitant quand même très bien de la vie », note-t-elle.

Ces dernières années, Suzanne a toutefois décroché des contrats pour environ 5000 $ par année. Depuis l’an dernier, elle a un emploi qu’elle compte conserver au moins jusqu’en 2021. Ensuite, ce pourrait bien être la retraite définitive.

Dans le couple, Suzanne est responsable de gérer les finances. « J’ai fait fructifier nos économies de façon audacieuse, explique-t-elle. Notre portefeuille est à 75 % en actions et à 25 % en fonds d’actions internationales. Jusqu’à il y a cinq ans, nous étions 100 % en actions. » Sa stratégie a été payante, puisque leurs rendements ont varié entre 11,1 % et 13,8 % dans les cinq dernières années. Le couple vit bien avec la possibilité de voir les marchés fluctuer. Au fil des ans, il en a vu d’autres ! « Je vois ça de manière philosophique, ça prend des baisses de temps en temps », note-t-elle. N’empêche que Suzanne se demande si elle devrait maintenir la même stratégie à la retraite.

La solution

Bonne nouvelle pour le couple, il pourra réaliser ses objectifs sans problème, même s’il voyageait deux fois par année pendant plus de 15 ans ! Par contre, il aurait avantage à mieux sécuriser certains de ses placements à ce moment-ci de sa vie.

« Suzanne a adopté une stratégie de style croissance, note Hadi Ajab, planificateur financier au Centre financier Carrefour. En période haussière comme on l’a vu jusqu’à récemment, c’est profitable. Mais on n’est pas à l’abri de connaître des baisses importantes. »

Il suggère donc à Suzanne et Richard une stratégie en trois volets. Tout d’abord, ils devraient réduire considérablement le risque pour les sommes qui seront retirées pendant les trois premières années de leur retraite. Ensuite, ils devraient choisir des placements équilibrés pour les sommes qui seront utilisées de quatre à neuf ans après le début de leur retraite.

Quant au reste des sommes, le couple peut se permettre un risque plus élevé. « C’est important d’avoir une portion de ses investissements en revenus lorsqu’on décaisse de l’argent, cela permet une certaine sécurité », explique M. Ajab.

En suivant les normes de l’Institut québécois de la planification financière, soit des rendements moyens nets de frais de 4 % pour leurs REER et 3,5 % pour leurs CELI, le couple pourra réaliser ses projets sans jamais manquer d’argent.

Par contre, il devra décaisser ses économies avec soin pour optimiser sa situation. Au moment de commencer à retirer son épargne, le couple devrait d’abord convertir ses REER en fonds enregistrés d’épargne retraite (FERR), notamment pour profiter de crédits d’impôt.

« Au départ, chaque membre du couple devrait retirer 15 000 $ de son REER et puiser le reste dans son CELI, estime M. Ajab. Ils auront des retenues à la source lors des retraits de leurs FERR, mais ils vont bénéficier d’un remboursement d’impôt. Avec 15 000 $, ils ne paieront pratiquement pas d’impôt. »

Le couple pourrait poursuivre ainsi jusqu’à ce que Richard atteigne 70 ans. Il pourra alors faire ses demandes de prestations au Régime de rentes du Québec et à la Sécurité de la vieillesse. « Il obtiendra ainsi des bonifications de 42 % et 36 % », explique M. Ajab. Selon ses calculs, le patrimoine de Richard à 95 ans sera plus élevé de 41 000 $ en retardant ses demandes.

Finalement, Suzanne et Richard devraient également investir une partie de leurs liquidités. « Il leur reste 19 000 $ en droits de cotisations inutilisés, alors je leur conseillerais d’ajouter 6000 $ chacun à leur CELI, indique M. Ajab. Ils pourront ainsi faire fructifier davantage leurs économies à l’abri de l’impôt. » Cela leur laissera néanmoins un bon fonds d’urgence. D’ailleurs, l’argent du CELI pourrait aussi continuer de servir pour des imprévus éventuels.

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