Enfants extirpés d'une grotte

« Nous avons accompli une mission impossible »

Les 12 jeunes joueurs de soccer thaïlandais et leur entraîneur ont tous été extirpés, sains et saufs, de la grotte inondée où le groupe avait été piégé pendant 17 jours. Les quatre derniers garçons ont été libérés hier, au terme d’une périlleuse opération de sauvetage de trois jours. Bilan.

Une opération ardue

« Nous avons aujourd’hui accompli une mission impossible », s’est réjoui hier le chef de l’opération de sauvetage conjointe, Narongsak Osatanakorn. Une équipe de 90 plongeurs aguerris, dont 40 Thaïlandais et 50 étrangers, a sauvé les 12 jeunes et l’entraîneur âgé de 25 ans en les guidant le long des boyaux inondés à la visibilité nulle et dans des passages étroits où il fallait se faufiler.

Huit premiers jeunes, âgés de 11 à 17 ans, ont été libérés de la grotte dimanche et lundi. Chaque garçon a été évacué par deux plongeurs professionnels suivant un tracé difficile avec de longs passages de plongée. Le parcours semé d’embûches demandait jusqu’à cinq heures pour un expert. La mission menée hier était la plus ardue, alors que les jeunes les plus faibles et les plus petits ont été rescapés. Une centaine de personnes y ont participé.

Le 23 juin, les joueurs de soccer de l’équipe des Sangliers sauvages s’étaient aventurés dans la Tham Luang Nang Non, une grotte au réseau souterrain très complexe de plusieurs kilomètres, avant d’être surpris par les pluies diluviennes qui ont inondé la sortie.

Tous en « bonne santé »

Les huit premiers joueurs sortis dimanche et lundi étaient tous « en bonne santé », selon un responsable local du ministère de la Santé publique. Bien peu de détails sur l’état de santé des derniers enfants et de l’entraîneur avaient encore été révélés hier par les autorités, qui confirmaient cependant que toute l’équipe « était saine et sauve ».

Les premiers enfants secourus devraient passer au moins une semaine à l’hôpital pour subir une série de tests. Ils peuvent avoir été exposés à divers contaminants en buvant de l’eau impropre à la consommation, notamment. Des images vues par le média The Guardian montrent les jeunes dans leur lit d’hôpital avec les yeux couverts, une précaution pour qu’ils se réhabituent progressivement à la lumière, ont expliqué les médecins. Les jeunes ont été plongés dans l’obscurité complète pendant plus de deux semaines.

Les enfants ont subi des examens radiologiques et des tests sanguins. Deux garçons qui présentaient des signes de pneumonie ont reçu des antibiotiques et sont dans un « état normal ». Ils seront aussi tous évalués par un psychiatre.

Pas encore le temps des étreintes

Les parents des enfants libérés devront encore patienter « quelques jours » avant de les prendre dans leurs bras, puisque les jeunes ont été placés en quarantaine, le temps de s’assurer qu’ils ne souffrent pas d’infections. Les proches qui ont pu les voir les ont observés depuis une salle vitrée.

Le père d’un des membres de l’équipe de soccer a confié à CNN avoir hâte de serrer son fils de 14 ans, sauvé lundi dernier. « Je veux l’étreindre et lui dire combien je suis heureux », a indiqué Adisak Wongsukchan. L’homme a aussi voulu exprimer toute sa reconnaissance à l’imposante équipe de sauvetage qui lui a permis de revoir son garçon vivant.

Les parents et proches des jeunes Thaïlandais ont tenu un rassemblement sur le site de la grotte, assistant à toutes les étapes du sauvetage. Le clan « des 13 » a été localisé après quelques jours d’intenses recherches dans la grotte, le 2 juillet dernier.

Sombre début

L’opération de sauvetage n’a pas été de tout repos, mobilisant même l’aide internationale. Un plongeur de la marine thaïlandaise, Saman Kunam, est mort vendredi dernier, à court d’oxygène, alors qu’il tentait de revenir d’une mission d’approvisionnement. Les célébrations un peu partout au pays lancées au terme de la mission hier tranchaient d’ailleurs avec le bilan des jours précédents, alors que le scénario de sauvetage se complexifiait.

L’air ambiant où se trouvaient les jeunes commençait à devenir toxique, rapportaient les autorités avant le week-end. Les pluies diluviennes annoncées auraient aussi pu faire monter le niveau de l’eau, isolant ainsi davantage les enfants dans la grotte.

Au départ, les autorités croyaient devoir alimenter les rescapés pendant plusieurs mois, le temps de leur apprendre à plonger et que le niveau de l’eau redescende, puis « les choses ont changé », a indiqué le commandant de la marine thaïlandaise en voyant notamment la qualité de l’air se détériorer. Samedi dernier, il était clair que les jeunes devaient être sauvés « d’ici trois ou quatre jours » ou se réfugier sur un terrain plus élevé.

Appuis internationaux

La Thaïlande et le reste du monde ont vécu au rythme de la saga des « 13 », comme les appelaient les médias. La première ministre britannique Theresa May a été une des premières à saluer, sur Twitter, le « courage de tous ceux qui ont été impliqués » dans l’opération, alors que ce sont des plongeurs britanniques qui ont découvert les enfants.

« Tous libérés, du bon boulot ! », a commenté le président américain Donald Trump. Saluant l’effort international, « la Thaïlande sera reconnaissante à jamais pour ce sauvetage historique », a réagi sur Twitter Yingluck Shinawatra, ex-première ministre thaïlandaise en exil, dont le gouvernement a été renversé par un coup d’État en 2014.

Le président de la FIFA, Gianni Infantino, avait même invité les enfants à assister à la finale du Mondial 2018, le 15 juillet à Moscou. Mais « ils ne peuvent pas y aller, ils doivent rester à l’hôpital pendant un moment », a répondu Thongchai Lertwilairatanapong, haut responsable du ministère de la Santé. Le club anglais Manchester United a de son côté dit qu’il serait « honoré d’accueillir l’équipe et leurs sauveteurs lors de la prochaine saison ».

— Avec l’Agence France-Presse

Des réfugiés apatrides

Les jeunes rescapés d’une grotte de la région de Mae Sai, en Thaïlande, étaient en partie des réfugiés apatrides, a révélé le New York Times. Le quotidien américain raconte notamment l’histoire de l’adolescent Adul Sam-on, 14 ans, prisonnier de la grotte, qui s’est enfui de la Birmanie à l’âge de 6 ans avec ses parents, dans l’espoir d’une vie meilleure.

Mae Sai, où jouait l’équipe de soccer, est une région située près du « Golden Triangle » où les frontières de la Thaïlande, de la Birmanie et du Laos se rencontrent. Il s’agit d’un endroit reconnu pour être la terre d’accueil de différentes minorités fuyant l’oppression des gouvernements voisins.

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