Canadien–Flyers

Un point signé Price

Tantôt bon, tantôt moins, Carey Price a été le grand responsable du point récolté par le CH à Philadelphie.

Analyse

La honte

Philadelphie — Il y a une scène somme toute mémorable, dans le film Slap Shot, où le personnage de Denis Lemieux explique comment un joueur peut se sentir après avoir écopé d’une pénalité. En gros, nous explique le sympathique gardien, c’est une question de honte… et on peut présumer que c’est exactement ce que certains joueurs du Canadien ont dû ressentir jeudi soir.

Il n’y a pas de honte à la marque finale, une victoire de 3-2 des Flyers à Philadelphie en prolongation, mais la honte se trouve quand même dans la manière.

Commençons par le bout le plus évident : l’indiscipline. On peut certes affirmer que les arbitres ont connu une mauvaise soirée (nous y reviendrons), mais ça n’explique pas Tomas Tatar qui retient un bâton et qui met la palette dans la face d’un rival. Ça n’explique pas non plus Artturi Lehkonen qui casse un bâton adverse en deux et qui joue du bâton ensuite. Ça explique encore moins ce trop grand nombre de joueurs sur la glace en début de troisième période.

De manière assez incroyable, les Flyers n’ont pas été capables d’en profiter une seule fois, et c’est tout à l’honneur du jeu montréalais en infériorité numérique. Mais vous savez ce que ça fait, tant de temps passé au banc des pénalités ? Ça casse le rythme. Ça empêche d’établir quelque chose. Et c’est assez difficile de s’en sortir quand on passe 12 minutes sur 60 à jouer avec un joueur en moins.

D’ailleurs, le Canadien était tellement tout croche à un moment donné que les Flyers ont réussi à tirer à 24 reprises… alors que le gardien en orange, Carter Hart, ne recevait qu’un seul tir.

Malgré tout, le Canadien a trouvé le moyen de rattraper un retard de deux buts, pour ensuite aller voler un point en prolongation. Comment ? Principalement grâce au gardien, ce qui n’est pas toujours une bonne idée – et ce qui n’est pas une super stratégie à long terme.

Mais jeudi, ça a fonctionné.

« On s’est beaucoup trop fiés à Carey, a admis Brendan Gallagher. C’est lui qui nous a permis d’aller chercher un point, mais on ne peut pas faire ça. Dans l’ensemble, notre performance n’a pas été assez bonne. »

On pardonnera à Price son mauvais but accordé à Sean Couturier en prolongation, un tir passé sous son bras gauche – sur un total de 43 lancers, c’est le genre de chose qui peut arriver –, parce qu’en effet, ce point obtenu ici lui revient entièrement. S’il n’avait pas été laissé à lui seul lors des 30 premières minutes de jeu, peut-être que le Canadien aurait pu quitter les lieux avec les deux points de la victoire.

Les arbitres, dans tout ça ? C’est vrai qu’ils ont joué un rôle un peu trop important, surtout à 10 min 33 s de la troisième période, quand ils ont paru confus sur un dégagement refusé, et qu’ils n’ont pas permis au Canadien de renvoyer les mêmes joueurs sur la glace… comme le stipule pourtant le règlement.

Mais on ne perd pas un match sur une mauvaise décision ou sur un seul mauvais jeu. On perd un match dans son ensemble, parce que la performance globale n’a pas été bonne. Et sur ce point, il ne faudrait pas se tromper : le Canadien a perdu celle-là parce qu’il a offert l’une de ses pires performances de la saison.

Dans cette optique, partir avec un point en poche, ce n’est quand même pas si mal.

« Ils n'ont pas voulu écouter »

« Nous avons essayé de discuter avec les arbitres sur la question du dégagement refusé, mais ils n’ont pas voulu nous entendre. Ils ont fait une erreur en affirmant que c’était un dégagement interdit. De notre point de vue, sur le banc, c’était pourtant facile à voir. Mais quand on a voulu faire valoir notre point de vue, ils n’ont pas voulu écouter. »

— Brendan Gallagher

« Notre désavantage numérique a fait du bon travail, mais à cause de toutes ces pénalités, il a été très difficile d’établir un rythme. Nous ne sommes pas satisfaits, par contre. C’est un gros point récolté, mais il faudra être meilleurs que ça. »

— Shea Weber

« La rondelle tirée [en prolongation] s’est tout juste frayé un chemin sous mon bras. Ce n’est jamais agréable de perdre comme ça en prolongation. Les pénalités nous ont un peu empêchés de nous mettre en marche. »

— Carey Price

« Carey a vraiment tout donné parce que lors de la première période, nous avions du mal à retrouver nos jambes et les Flyers nous ont bombardés. »

— Nick Cousins

« On n’est pas contents de notre match. On n’était pas bons à cinq contre cinq, on a été très bons en désavantage, on n’a pas eu la chance de se faire valoir en avantage numérique. Il faut accepter nos punitions. On avait trois défenseurs sur la patinoire, donc un gars au banc n’était pas alerte. La majorité des punitions, c’était mérité. Mais quand il y a un dégagement refusé, tu dois remettre les mêmes joueurs sur la patinoire. Les arbitres ne nous ont pas laissés faire ça, et c’est de leur faute. À la fin, Drouin a eu un bâton au visage sans punition. C’est leur faute. On est responsables de nos gestes, mais eux aussi ont cette responsabilité […]. C’était clair qu’on n’allait pas avoir un break. »

— Claude Julien

Propos recueillis par Richard Labbé, La Presse

Canadien–Flyers

Dans le détail

Trio d’observations sur le match entre le CH et les Flyers

Samedi pour Kotkaniemi ?

Jesperi Kotkaniemi a bel et bien pris part à l’entraînement facultatif du CH jeudi matin à Philadelphie, mais il n’a pu obtenir le feu vert des médecins en raison de cette blessure à l’aine qui l’indispose depuis une semaine. Résultat ? Il n’était pas de la formation du Canadien jeudi soir à Philadelphie. Mais les nouvelles sont bonnes, semble-t-il, et le Finlandais pourrait être en mesure d’être du prochain match du Canadien, samedi soir au Centre Bell contre les Kings de Los Angeles. Reste à voir qui va écoper si ça arrive, et il ne faudrait pas s’étonner si jamais c’est Ryan Poehling qui devait retourner à Laval. Le jeune attaquant n’a pas fait très bonne figure sur le premier but des Flyers jeudi soir, celui du défenseur Philippe Myers.

Les punitions de Tatar

Mais quelle mouche a piqué Tomas Tatar cette saison ? D’ordinaire discipliné, l’attaquant passe pas mal (trop) de temps au banc des coupables ces jours-ci. Tatar, qui n’avait jamais reçu plus de 34 minutes de punition en une même saison, en est déjà à 20 minutes de punition en 2019-2020, et puis hier, avec deux autres punitions à sa fiche (chaque fois pour utilisation interdite du bâton), il s’est offert sa 10e punition en 16 rencontres. Claude Julien l’avait déjà montré d’un doigt accusateur il y a une semaine, et on peut comprendre que le coach va bien finir par perdre patience dans ce dossier. On a d’ailleurs vu Nick Cousins prendre la place de Tatar sur le premier trio lors de la deuxième période. « Il n’a pas été bon », a résumé Claude Julien.

Carter Hart face à son idole

Carter Hart nous l’avait dit cette semaine : jeune, il avait Carey Price pour idole, et il a avoué avoir été très nerveux lors de son premier match contre le Canadien, au point d’en perdre ses repères. Eh bien, le jeune gardien des Flyers semblait un peu nerveux hier soir aussi face à son idole de jeunesse. Hart n’a pas été particulièrement occupé (le Canadien n’a lancé qu’à sept reprises lors de la deuxième période), mais c’est un retour de tir un peu juteux qui a permis au Canadien de réussir un but lors de la deuxième, celui de Ben Chiarot. En tout, Hart n’a dû faire face qu’à 24 tirs. Alain Vigneault, lui, a tenu à souligner le travail de l’idole en fin de match. « Si ça n’avait pas été de Carey Price, le résultat aurait pu être différent », a dit le coach des Flyers.

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