Loïc darses

Le malaise identitaire

Avec son premier long métrage documentaire, La fin des terres, Loïc Darses donne la parole à 17 jeunes Québécois qui, comme lui, revisitent la question de l’identité en la liant au territoire. Et il le fait en adoptant une approche formelle originale. Le réalisateur de 25 ans répond à nos questions.

Qu’est-ce qui a nourri votre réflexion ? Désabusement ? Inquiétude ? Colère ? Espoir ?

Tous ces mots. Mais c’est aussi né d’un malaise identitaire. Celui d’être très attaché au Québec alors que cet attachement n’a pas la cote aujourd’hui et qu’il ne rejoint pas la définition d’être Québécois que certains programmes politiques essaient de nous vendre. J’ai donc eu le désir d’aller voir des gens de ma génération afin de savoir si ce que je ressens était partagé.

Toutes les personnes interviewées nous semblent venir uniquement de la frange la plus instruite. Pourquoi ?

Dans ma réflexion sur la forme qu’allait prendre le film, j’ai voulu explorer l’identité québécoise sans utiliser d’images d’archives et en interviewant des jeunes sans qu’on voie leur visage. Ce faisant, je me privais d’un moyen d’expression (NDRL : facial) très fort. J’ai eu le sentiment qu’il me fallait alors aller vers des gens qui maîtrisent un discours, qui sont capables d’exprimer des idées. J’ai donc choisi des gens dont j’avais entendu la parole ou lu des textes. Ce sont des rencontres intellectuelles. J’avais envie d’aller plus loin que le constat immédiat qu’on peut faire avec un vox populi.

Mais alors, quelle est la responsabilité des gens qui vous livrent leurs réflexions ? Et par ricochet, la vôtre ?

Dans l’intention, ce film n’est pas le portrait d’une génération. C’est une vision du Québec et non pas LA vision du Québec. Quant à la responsabilité, il y a quelque chose que j’aime dans le geste. Mes prochains films, je crois, vont continuer à questionner des sujets sociaux et politiques. L’art est un bon moyen de trouver d’autres vérités, interprétations et idées. Et depuis que j’ai fait les entrevues, il y a deux ans, certains interviewés ont pris des places importantes dans la société. Je pense à Catherine Dorion qui a été élue à l’Assemblée nationale [NDRL : elle est députée de Québec solidaire]. J’imagine que cette prise de parole de chacun va naturellement mener plus loin. C’est comme avec le printemps érable en 2012. On a semé des graines qui sont encore à récolter.

À ce propos, notre impression est que votre film inscrit les événements de 2012 dans une perspective historique et non comme un événement éphémère. Qu’en pensez-vous ?

Exactement. Ces événements ont été abordés dans la majorité des témoignages que j’ai recueillis. Personnellement, si je n’avais pas participé aux événements de 2012, je n’aurais pas fait ce film. Cela a représenté pour moi le déclencheur de plein de réflexions sur la politique et l’engagement.

En quoi l’esthétique de vos images sert-elle le propos ?

La fin des terres est aussi un film sur une déconnexion, sur l’incapacité ou la difficulté d’appartenir à une identité. Je voulais que le film en soit le reflet en liant une parole à un territoire, un espace. Les plans larges sont comme une âme qui se promène dans des lieux communs au Québec avec par-dessus une voix unique qui se réverbère dans ces endroits. C’était un voyage physique qui était aussi un voyage dans les pensées.

En salle dès aujourd’hui.

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