Foule sentimentale

Satie dans le métro

Plusieurs personnes interviewées dans le cadre de notre projet 8 h 45 ont été rencontrées dans le métro. Cela nous permet de voir à quel point les gens consomment beaucoup de culture dans les souterrains de la ville. On écoute de la musique, on regarde des séries télévisées ou des films, on entre dans toutes sortes d’univers grâce à des balados.

L’occasion est belle pour parler de notre comportement dans le métro. Celui qui vous parle utilise ce moyen de transport en commun tous les jours depuis de très nombreuses années. Je fais partie des centaines de milliers d’usagers qui engendrent les 450 millions de déplacements annuels en métro et en autobus. J’en ai donc gros sur la patate !

Les nouveaux trains Azur sont beaux. On espère d’ailleurs que leur rutilance sera présente longtemps. Mais comme leur arrivée coïncide avec une augmentation importante du nombre d’usagers du métro (5 % au cours de la dernière année), je remarque que cela est accompagné d’une très mauvaise exploitation de l’espace.

Il y a des matins où j’ai envie de crier « Tassez-vous au centre ! », un peu comme le font certains chauffeurs d’autobus en balançant leur fameux « Avancez en arrière ! ».

Les wagons des trains Azur communiquent entre eux. Alors qu’on devrait retrouver une plus grande répartition des passagers, les gens ont, pour des raisons obscures, tendance à s’agglutiner devant les portes et à ne pas utiliser les espaces qui se trouvent entre les entrées. Il m’arrive souvent de rester sur le quai en pleine heure de pointe à regarder partir le train dans lequel je n’ai pu m’engouffrer tout en réalisant qu’il y a plein d’espace non occupé. Grrr !

Parlant d’heure de pointe, avez-vous remarqué le jeu qui s’opère quand des centaines de personnes s’apprêtent à monter à bord d’un train déjà bondé ? Voici la scène : 8 h 10, ligne orange, métro Sherbrooke, direction Côte-Vertu ! C’est l’heure du Loto Métro. On choisit au hasard une porte, on scrute ses adversaires d’un air méfiant, on s’approche du train à pas de loup en souhaitant très fort que trois ou quatre personnes en sortiront. Si, au bout du compte, il reste un tout petit espace, on le prend subrepticement en priant la bonne sainte Anne pour que les portes ne nous coupent pas le nez.

Ces situations (avec l’indice Kanuk-tuque-foulard en sus) ne sont pas sans créer une certaine tension. J’ai assisté il y a quelques jours à un solide crêpage de chignon entre deux femmes. « Si t’aimes pas être écrasée, t’as juste à aller travailler en limousine avec un chauffeur », a dit très fort l’une des femmes à l’autre. Tout est devenu tout à coup silencieux. C’est à ce moment-là, très précisément, que tout le monde s’est mis à admirer l’immense beauté du plafond du wagon.

Les trains Azur sont beaux, c’est vrai. Mais ils ont un défaut : les barres horizontales sont très hautes. Avec mes six pieds deux, je n’ai pas de mal à m’agripper. Mais j’ai une pensée pour ceux qui mesurent un pied de moins. S’ils se trouvent loin d’une barre verticale, il n’est pas rare de les voir tout à coup s’accrocher au membre le plus offrant d’un autre passager lors d’un arrêt brusque.

Reste que je demeure impressionné par le civisme des Montréalais dans les stations. Les files bien organisées au métro Berri-UQAM durant les grosses périodes d’achalandage sont absolument uniques au monde. OK, il y a peut-être les Japonais qui nous battent là-dessus, mais avouez que c’est fort. Cela dit, il y a un travail à faire sur d’autres aspects. Voici donc un petit guide de bienséance du métro !

Les tapons qui gênent la sortie !

Toi qui es debout devant la porte et qui restes là quand le train s’arrête et fait sortir et rentrer des dizaines de personnes, sais-tu que tu gênes le passage ? Sais-tu que tu es au milieu de notre chemin ? Sors du wagon et range-toi sur le côté !

Les mautadits sacs à dos !

Toi qui prends place avec ton gros sac à dos, est-ce que tu sais que tu prends deux places ? Et que tu accroches tout le monde ? Ton sac à dos, tu le mets à tes pieds. Je parle des sacs à dos, mais il y a pire, il y a ceux qui transportent d’énormes sacs de voyage. Au fait, où allez-vous comme ça ? Faire le chemin de Compostelle ?

Strapontin 101

Les trains Azur sont dotés de strapontins. Ceux-ci peuvent être utilisés quand l’espace le permet. Toi qui restes assis sur ton strapontin alors que tu n’es pas handicapé, enceinte ou vieux, je te juge tellement !

Ramasse ton journal !

Même si on observe une nette amélioration, il arrive fréquemment de voir des détritus dans les wagons. Toi qui laisses ton tabloïd gratuit sous ton siège ou qui « oublies » une canette de boisson gazeuse qui finira par se vider de son contenu en roulant dans tous les sens, tu mérites que je te suive avec tes déchets (je l’ai déjà fait).

Depuis quelques années, des chercheurs s’intéressent au comportement des usagers du métro. Des études ont été menées, entre autres, à Paris et à Montréal. Il en ressort que les gens agissent, de façon générale, de manière très civilisée. À part quelques regards soutenus, les gens gardent leur agressivité (et leurs gros mots) pour eux.

L’une des choses qui contribuent au maintien d’une attitude réservée face à l’effet « boîte de sardines » est liée à la présence des écouteurs. Écouter de la musique, la radio ou des émissions de télé dans le métro nous coupe de la réalité, donc de la tension que l’on peut vivre en société et sous terre.

Lorsque je sens que j’ai les nerfs à bout, que je suis moins tolérant, j’ai recours à une méthode toute simple : j’écoute les Gnossiennes de Satie ! Elles forment un formidable mur devant l’ânerie. Essayez ça pour voir. Vous serez soudainement au paradis sous terre !

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.