Médias

Radio-Canada souhaite doubler son financement

La PDG Catherine Tait aimerait obtenir 1,2 milliard de plus en provenance d’Ottawa afin que la société d’État puisse adéquatement remplir son mandat

Afin de remplir son mandat, Radio-Canada aimerait que le gouvernement fédéral double son financement public, qui passerait ainsi de 1,2 milliard à 2,4 milliards de dollars par année. Sans fonds additionnels, la société d’État « aura des choix difficiles » à faire plus tard, estime sa PDG Catherine Tait.

Mme Tait fait valoir que la SRC aura besoin de fonds publics supplémentaires pour remplir son mandat sur les nouvelles plateformes numériques tout en gardant son empreinte actuelle dans les médias traditionnels comme la radio et la télé. « On aimerait faire autre chose [dans l’environnement numérique et en faire davantage], mais il faudrait le double [du financement public] », dit Mme Tait en entrevue à La Presse.

La société d’État a émis le souhait de se faire « garantir » un « niveau de financement prévisible à la hauteur de son mandat » dans le cadre de ses recommandations, publiées hier, au comité d’experts nommé par le gouvernement Trudeau pour le conseiller dans son projet de réforme des lois sur la radiodiffusion et les télécommunications.

« On ne peut pas tout faire. Si on veut remplir notre mandat et livrer nos services [actuels], et aussi les services de l’avenir, il faut absolument le niveau de financement adéquat. »

— Catherine Tait, PDG de Radio-Canada

« Nous livrons des services en anglais, en français, en huit langues autochtones, dans un pays énorme avec des cultures diverses, et nous sommes en train de gérer deux systèmes : un système linéaire traditionnel [télé et radio] et un système numérique, dit Mme Tait. […] Dans un monde où les entreprises médiatiques sont de plus en plus internationales et ont moins d’intérêt pour les nouvelles et la culture canadienne, le rôle du diffuseur public est plus important que jamais.»

Radio-Canada n’a pas encore présenté sa demande de financement supplémentaire au gouvernement fédéral « parce que nous sommes en train de travailler sur notre prochain plan stratégique », dit Mme Tait. « Nous commençons à avoir ce genre de conversations », dit-elle.

Le financement public constitue actuellement 68 % du budget annuel de 1,8 milliard de Radio-Canada, le reste étant généré par les revenus commerciaux (ex : publicité).

Dans ses recommandations au groupe d’experts – qui doit rendre son rapport définitif en janvier 2020, soit après les élections fédérales –, Radio-Canada ne précise pas explicitement le niveau de financement demandé à Ottawa. Sauf que dans son document, la SRC rappelle que son financement public représente 34 $ par Canadien, bien en deçà de la moyenne des diffuseurs publics occidentaux. 

Selon une étude de Nordicity commandée par Radio-Canada, les diffuseurs publics de 18 pays ont un financement public moyen de 87 $ par personne. À 34 $ par personne, Radio-Canada se situe au 16e rang sur 18 pays. En doublant son financement à 68 $ par personne, la SRC se classerait au 10e rang.

Nouveaux budgets, nouveaux projets

Avec des fonds supplémentaires, Radio-Canada offrirait des services plus personnalisés et décentralisés, notamment en information.

« Nous voulons personnaliser les services d’information des Canadiens », dit Mme Tait.

« Nous aimerions avoir des émissions nationales pour les communautés francophones hors Québec. Nous pensons aux gens et aux communautés locales, nous voulons décentraliser nos réseaux de Montréal et Toronto. »

— Catherine Tait

Le diffuseur aimerait aussi obtenir une plus grande flexibilité financière de la part d’Ottawa, notamment s’il voulait un jour abolir la publicité à la télé. Catherine Tait n’est toutefois pas prête à le faire. « Nous sommes assez intelligents pour voir que les Canadiens préfèrent une expérience télé sans publicité, mais nous avons besoin de ces revenus-là, dit-elle. […] Est-ce qu’il y aura de la publicité d’ici 50 ans [à Radio-Canada] ? Je ne crois pas, mais il y aura toujours des revenus commerciaux. »

Dans une perspective plus large, Radio-Canada estime aussi qu’Ottawa devrait imposer une contribution aux fournisseurs de services sans fil et internet afin de financer la culture canadienne, un peu comme les télédiffuseurs sont obligés d’y consacrer 5 % de leurs revenus. Radio-Canada veut aussi que les lois sur la radiodiffusion visent les services par contournement nationaux et étrangers (ex. : Netflix).

L’ADISQ demande des contributions à Spotify

Les services de musique étrangers en ligne comme Spotify ou Apple Music devraient être obligés de financer la culture canadienne, selon l’ADISQ, qui en a fait la demande au comité d’experts nommé par Ottawa. « En musique, on ne peut plus attendre. Les créateurs et producteurs de contenu évoluent depuis trop longtemps dans un marché inéquitable. Il faut cesser dès aujourd’hui de laisser des joueurs de taille, dont les produits culturels sont au cœur du modèle d’affaires, profiter de notre système sans y contribuer », a indiqué le président de l’ADISQ, Philippe Archambault, par voie de communiqué. L’ADISQ demande aussi que les fournisseurs de services internet contribuent au financement de la culture, comme le font déjà les distributeurs télé.

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