Incendie à Notre-Dame de Paris

Une cathédrale et des cœurs à réparer

Un peu de soleil sous le ciel gris de Paris, hier, alors que les deux tours de la cathédrale Notre-Dame de Paris se tenaient toujours droites et fières, après le terrible incendie de lundi. Or, la convalescence de bien des Français s’annonce longue, a constaté notre envoyée spéciale, tout comme la remise à neuf du célèbre monument. La reconstruction, qui a déjà suscité plus d’un milliard de dollars en dons, sera achevée « d’ici cinq ans », a promis hier le président français Emmanuel Macron.

La Presse à Paris

« On a besoin de savoir qu’elle est encore là »

Les dommages causés par la virulence des flammes qui ont consumé la cathédrale Notre-Dame de Paris durant une quinzaine d’heures, lundi, sont catastrophiques. Devant cette perte inestimable, le président de la République, Emmanuel Macron, a promis une reconstruction d’ici cinq ans, lors d’une adresse à la nation.

Le réveil avait un goût doux-amer à Paris, au lendemain de l’incendie qui a bien failli réduire Notre-Dame en cendres. Contre toute attente, les deux tours de la cathédrale Notre-Dame de Paris se tenaient droites et fières, hier, sous le ciel gris de Paris. Mais son intérieur, à l’image du cœur des Parisiens devant ce drame, est anéanti.

« C’est émouvant. On vient parce qu’on a besoin de la voir. On a besoin de savoir qu’elle est encore bien là », témoigne la Parisienne Martine Hervé, regardant constamment le bâtiment, un sourire mélancolique aux lèvres.

« Hier, tout le monde a perdu espoir quand la flèche est tombée, confie-t-elle. Et là, on a presque l’impression qu’elle n’a pas changé. Elle est sublime. »

Isolée sur son île interdite à toute circulation, la cathédrale a des airs de combattante qui a déjoué les pronostics. Une survivante fragilisée, qu’il faut approcher avec délicatesse vu l’état de son squelette passablement amoché. Si les côtés et l’arrière ont été ravagés par les flammes, la façade, elle, ne porte presque aucun stigmate visible. C’est à peine si la devanture de la plus populaire cathédrale de France est noircie.

« pleurer notre-dame »

Quai Saint-Michel, Parisiens, Français, touristes affluaient par centaines, hier après-midi. Il était difficile de se frayer un chemin à contresens tellement la foule était dense sur les trottoirs. Sur le pont Saint-Michel ou encore sur le pont des Cœurs, des journalistes venus de tous les continents transmettaient des images de la survivante dans les télévisions du monde entier. Partout autour, les badauds avaient les yeux rivés sur ce qu’il reste de Notre-Dame de Paris. Entre curiosité et soulagement, la tristesse ou le trop-plein d’émotions se traduisait en larmes sur certains visages.

« Elle a résisté à tout : aux guerres, aux révolutions, à tout ! Et voilà qu’un incendie idiot a bien failli… Mais les pompiers ont fait un très grand boulot. Et là, le monde entier est en train de se mobiliser, et on va récupérer notre histoire. »

— Martine Hervé, une résidante de Paris

Jean-Pierre Thomas, 80 ans, est venu de la banlieue parisienne constater les dégâts et « faire des photos, comme tout le monde ». « On n’a plus qu’une chose à faire, c’est de pleurer Notre-Dame », dit-il.

Non loin, une religieuse vêtue de l’habit traditionnel noir et blanc tient son chapelet de bois entre ses doigts et récite des prières.

« Les tours n’ont pas été touchées, j’espère que les cloches non plus », confie à La Presse la sœur dominicaine, qui venait tous les premiers vendredis du mois et le vendredi du carême vénérer la Sainte Couronne d’épines qui se trouvait à l’intérieur de Notre-Dame de Paris. La relique a été sauvée du brasier. Deux autres reliques, un morceau de la Croix et un clou de la Passion, ont été sauvés ainsi que la tunique de saint Louis.

Le coq en cuivre qui se trouvait au sommet de la flèche aurait été retrouvé, hier, selon un gazouillis de Jacques Chanut, président de la Fédération Française du Bâtiment. Le volatile abritait des reliques de sainte Geneviève et de saint Denis, ainsi qu’un fragment de la couronne d’épines du Christ, censées protéger les Parisiens.

Travail colossal

Au lendemain des événements, des dizaines de véhicules de la police nationale ceinturaient toujours la cathédrale, de l’autre côté de la Seine. Sur le cours d’eau, deux embarcations à l’effigie du service d’incendies de Paris flottent à quelques mètres du monument éventré. Selon un policier désireux de garder l’anonymat – les communications avec les médias sont interdites aux sapeurs-pompiers et aux agents de la police nationale –, la présence de ces bateaux a grandement contribué au succès de l’opération.

« On a pu utiliser un bateau-pompe de la Seine. Si on n’avait eu que des citernes, elles se seraient vidées, et je vous laisse imaginer la complexité de la chose. Alors, les bateaux ont très bien servi. C’est bon à savoir, même pour vous à Montréal ou à Québec, avec la basilique Notre-Dame ou le Château Frontenac collés sur le fleuve », a soulevé l’agent.

Autour du périmètre, toujours aussi imposant 24 heures plus tard, la congestion est infernale, et le bruit des sirènes d’urgence et des sifflets des agents de police veillant à la circulation est incessant. Il ne suffit pas de s’éloigner de quelques coins de rue pour un retour au calme.

Près du pont de Sully, au coin du boulevard Saint-Germain, deux lignes sont connectées à une des rares bouches d’incendie assez grosses pour le débit exigé, explique un pompier à un passant curieux. Elles traversent le 5e arrondissement sur plus d’un kilomètre pour se rendre à l’île de la Cité.

Le sapeur-pompier veille au grain depuis près de 12 heures devant son camion. Les passants sont nombreux à s’arrêter à ses côtés. Ils lui serrent la main et le remercient du travail colossal accompli par ses confrères et lui.

« Ils se sont battus, ils ont risqué leur vie. On ne les remercie jamais assez », a déclaré la Parisienne Valérie Legrand qui, aux premières loges durant l’incendie de la veille, avait toujours peine à croire ce dont elle avait été témoin.

Même si les flammes étaient éteintes, les pompiers étaient toujours sur place, hier, pour s’assurer que le feu ne se réveille pas. Entre les deux clochers, quatre petits points rouges que l’on devine être des sapeurs-pompiers en uniforme se déplaçaient pendant qu’un drone survolait ce qu’il restait de structure pour mieux en évaluer les dégâts. Ce même appareil technologique qui, grâce à ses images sensationnelles captées au plus fort de l’incendie, lundi soir, a facilité l’intervention d’urgence. Comme quoi la modernité peut venir au secours de l’histoire.

Incendie à Notre-Dame de Paris

Une nouvelle Notre-Dame d’ici cinq ans

Le président Emmanuel Macron a promis que Paris retrouverait une cathédrale Notre-Dame restaurée d’ici cinq ans. Un chantier qui pourrait bien profiter de l’aide du Québec. Résumé d’un lendemain de tragédie.

« Cinq années »

Le président de la République française, Emmanuel Macron, a dit hier vouloir rebâtir «  d’ici cinq années  » la cathédrale Notre-Dame de Paris. «  Nous rebâtirons la cathédrale plus belle encore  », a promis le chef de l’État au cours d’une allocution télévisée. La réunion du Conseil des ministres d’aujourd’hui sera par ailleurs entièrement consacrée à l’incendie de la cathédrale. M. Macron a d’ailleurs indiqué qu’il était essentiel de suspendre la politique pour un moment, afin de prendre le temps de se souvenir des événements des dernières heures. Il a en outre salué le travail des pompiers, des policiers, du personnel soignant, mais aussi des journalistes et des photographes qui ont pu montrer la tragédie au monde entier. «  Ce que nous avons vu, ensemble à Paris, c’est cette capacité de nous mobiliser, nous unir.  »

Quart d’heure névralgique

Selon le secrétaire d’État à l’Intérieur, Laurent Nuñez, le sauvetage de l’édifice vieux de plus de 800 ans s’est joué «  à un quart d’heure, une demi-heure près  ». «  Globalement, la structure tient bon  » mais des «  vulnérabilités ont été identifiées notamment au niveau de la voûte  », a-t-il souligné. L’enquête sur le sinistre qui a frappé d’effroi la capitale et soulevé une onde de choc mondiale a commencé dans la nuit de lundi à hier et s’oriente vers «  la piste accidentelle  », selon le procureur de Paris, Rémy Heitz. Une trentaine de témoins ont déjà été entendus, et d’autres le seront aujourd’hui. Près de 50 enquêteurs sont mis à contribution.

Québec offre son aide

Le premier ministre François Legault offre à la France l’aide du Québec pour reconstruire la cathédrale Notre-Dame de Paris. «  Si le Québec peut apporter une contribution, on est plus qu’ouvert  », a-t-il affirmé lors d’une mêlée de presse hier, soulignant que c’est «  le monde entier qui perd un joyau  ». Selon M. Legault, l’aide «  peut être de plusieurs formes  ». Par exemple, le Québec pourrait contribuer à réparer le grand orgue, qui aurait été endommagé. «  C’est important dans ma qualité de vie qu’on revoie cette cathédrale  », a dit l’ancien président d’Air Transat, qui a rappelé s’être rendu «  des dizaines de fois à Paris  ». Il affirme y éprouver chaque fois «  un moment d’émotion  » devant la beauté et le caractère historique de la cathédrale.

Messe de solidarité à Montréal

Environ 150 personnes ont assisté, hier, à la basilique Notre-Dame de Montréal, à une messe de solidarité avec le diocèse de Paris. L’archevêque Christian Lépine, qui officiait, en a profité pour rappeler l’importance de ce qu’il considère comme beaucoup plus qu’un monument. «  Ça fait partie de la vie des gens depuis des siècles. Il arrivait des catastrophes, la cathédrale était là. Il arrivait la guerre, la cathédrale était là. Après la guerre, la cathédrale était là.  »

Déjà 800 millions d’euros pour reconstruire

L’incendie de Notre-Dame provoque un élan de solidarité sans précédent. D’Apple à la Banque centrale européenne en passant par des milliers d’anonymes, les promesses de dons affluent pour rebâtir le monument, atteignant au moins 800 millions d’euros de promesses de dons (1,2 milliard CAN). La barre du milliard d’euros devrait être facilement franchie. Plusieurs grandes fortunes françaises ont sorti leur carnet de chèques : la famille Pinault a promis 100 millions d’euros, suivie par le groupe LVMH et la famille Arnault, première fortune de France, qui a annoncé un don de 200 millions, puis la famille Bettencourt-Meyers et le groupe L’Oréal (200 millions également). La maire de Paris, Anne Hidalgo, a pour sa part annoncé une contribution à hauteur de 50 millions d’euros de la Ville et souhaite organiser «  dans les prochaines semaines, une grande conférence internationale des donateurs  ».

L’essentiel des œuvres a tenu le coup

Les amoureux des arts ont craint le pire, mais hormis la flèche qui faisait la signature de la cathédrale, l’essentiel de ses trésors artistiques ou architecturaux a pu être sauvé. Parmi les éléments qui ont été endommagés, la voûte, quoique celle-ci devrait «  a priori tenir  » selon le ministre de la Culture Franck Riester. Le grand orgue du XVe siècle est pour sa part sauvé, même si sa structure a souffert, recouverte par des gravats, de la poussière et de l’eau (voir autre onglet). Autrement, le coq reliquaire de la flèche de la cathédrale, qu’on croyait fondu dans l’incendie, a été retrouvé hier dans les décombres. Selon le ministère de la Culture, «  il est cabossé mais vraisemblablement restaurable. Comme il est enfoncé, on n’a pas encore pu vérifier si les reliques s’y trouvent encore  ».

— D’après Agence France-Presse, avec Tommy Chouinard et Nicolas Bourcier, La Presse

Incendie à Notre-Dame de Paris

Le grand orgue pourra ressusciter

Par miracle, le grand orgue de la cathédrale Notre-Dame de Paris a survécu aux flammes qui ont ravagé l’édifice. Mais il est totalement inutilisable et restera muet pendant au moins 10 ans.

Jacquelin Rochette, directeur artistique de Casavant Frères, qui a travaillé à la conception du grand orgue Pierre-Béique, l’avoue : il n’a pas beaucoup dormi dans la nuit de lundi à mardi. « J’ai prié, dit-il. J’espérais que la voûte de pierre tienne le coup. Il s’en est fallu de très peu. Ce qu’on a vécu lundi, c’est un désastre, mais on a évité le pire. »

L’instrument, dont l’essentiel de la structure date du début du XVe siècle, n’a pas été touché par le feu, mais « l’eau a pu endommager les sommiers qui sont les pièces maîtresses en bois, sur lesquelles reposent les tuyaux en liaison avec les cinq claviers », selon le restaurateur Bertrand Cattiaux, cité dans Le Monde.

Placé sous la rosace nord, il aurait été préservé par les passerelles de pierre qui se trouvent au-dessus et n’a été recouvert que de quelques débris.

Autre soulagement : la chaleur dégagée par les flammes n’aurait pas atteint la tuyauterie de plomb et d’étain de l’orgue, un des plus gros d’Europe, même s’il est « trop tôt pour faire un diagnostic total », a dit hier le ministre français de la Culture, Franck Riester, sur France Inter.

« des mois et des mois de travail »

Il faudra démonter ce joyau, avec ses 5 claviers, ses 109 jeux et ses près de 8000 tuyaux, et le mettre rapidement à l’abri pendant la durée des travaux de restauration. Un instrument comme le grand orgue de Notre-Dame ne peut pas être laissé trop longtemps « non joué ».

« Le plus tôt qu’on va parvenir à consolider la voûte de la nef et à la sécuriser, le plus tôt qu’on pourra déposer l’instrument », explique à La Presse Jacquelin Rochette. « Ça va prendre des mois et des mois de travail pour le démonter, l’emballer, identifier les pièces… »

« Comme musicien, je suis heureux de constater qu’on peut rêver à retrouver cette expérience unique, dans une sonorité et dans une acoustique remarquable. Il y a tellement de beauté dans cet instrument, il faut le refaire. »

— Jacquelin Rochette

Quand le grand orgue chantera-t-il à nouveau entre les murs de la cathédrale ? Ce ne sera pas avant 10 ans, selon M. Rochette, même si le président français Emmanuel Macron a promis, hier, que la cathédrale serait reconstruite « d’ici cinq ans ».

RÉCONFORTANT

« Mais qu’est-ce que c’est, 10 ans, si on veut bien faire les choses ? », demande Francine Vanlaethem, professeure émérite à l’École de design de l’UQAM. « Ce n’est pas grand-chose. » Il a fallu 10 ans pour restaurer le Manège militaire de Québec après l’incendie de 2008, rappelle-t-elle.

L’important, c’est que Notre-Dame, un édifice vieux de plus de 800 ans, soit encore debout. Et ce qui est le plus réconfortant, c’est la réaction unanime du monde entier.

« Il y a eu une telle réaction émotive. C’est ce qui m’étonne le plus, fondamentalement, même si le patrimoine me tient à cœur. Ça me réconforte. »

— Francine Vanlaethem

La restauration de ce chef-d’œuvre d’architecture médiévale s’annonce colossale en termes de coût, de temps et de compétences.

« Je pense qu’en France, il y a tous les savoirs nécessaires, souligne Mme Vanlaethem. C’est sûr que c’est dommage que la charpente de bois soit partie en fumée. On va la refaire, mais on a perdu la matière dont on avait hérité du Moyen Âge. Ça, c’est une perte. »

COMME 9/11

De son côté, Lucie Morisset, professeure et directrice de la Chaire de recherche en patrimoine urbain de l’UQAM, n’est pas surprise par la vague de sympathie soulevée dans le monde par la catastrophe. « C’est le genre d’empathie collective déclenchée par la circulation quasi instantanée des images, comme on a pu voir avec 9/11, à New York, mais sans les pertes de vies », indique-t-elle.

Spécialiste du patrimoine, Mme Morisset s’attend à ce que la restauration du bâtiment prenne plusieurs années et provoque de grands débats chez les experts.

Grâce à des relevés numériques en 3D très précis, la France est bien équipée pour reconstruire l’édifice en partie détruit par le feu.

« La question n’est pas de savoir si on est capables, mais est-ce qu’on veut la refaire à l’identique avec le moins de traces possible de restauration », dit-elle, citant l’exemple de la cathédrale de Coventry, en Angleterre, bombardée pendant la Seconde Guerre mondiale et laissée volontairement en ruines pour rappeler le conflit.

« Il va falloir commencer à déterminer ce qu’on va restaurer et comment on va le faire. Et ce débat ne se fera pas seulement entre experts », glisse-t-elle. 

« De grands donateurs vont vouloir associer leurs noms à cette vitrine extraordinaire que leur fournit la reconstruction de Notre-Dame. Quelqu’un qui donne 1 milliard a peut-être son mot à dire. »

— Lucie Morisset, de la Chaire de recherche en patrimoine urbain de l’UQAM

Les travaux risquent de prendre des années, beaucoup plus que les cinq ans promis par le président Macron. Au moins 15 ans, de l’avis de Mme Morisset.

« Au final, il va falloir que plus de gens aiment Notre-Dame après la reconstruction qu’avant l’incendie », mentionne-t-elle.

Pourquoi ? « Parce que la cathédrale attire aujourd’hui davantage l’attention du monde entier. Plus de gens vont vouloir la visiter après sa restauration. Il faut qu’ils en ressortent contents. Le patrimoine ne fonctionne pas avec la mésentente et le mécontentement. C’est le résultat de notre affection collective pour notre mémoire. »

Un petit, un moyen, un grand

Monument le plus visité de Paris, Notre-Dame de Paris compte trois orgues : le grand orgue, sans doute le plus célèbre du monde, l’orgue de chœur, un instrument de 30 jeux répartis sur deux claviers, un pédalier et 2000 tuyaux, et un orgue positif, mobile et composé d’un clavier et de cinq jeux, selon le site de la cathédrale. Le grand orgue a atteint sa taille définitive au XVIIIe siècle. Sa plus récente restauration a eu lieu en 2014, soit 22 ans après la précédente, qui avait donné lieu à une inauguration d’apparat en 1992. Des trois orgues, c’est le petit orgue, qui se trouvait sous la flèche, qui a été le plus gravement endommagé par l’incendie.

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