FESTIVAL DU NOUVEAU CINÉMA 

LA PRESSE A VU…

Mad Dog Labine

Sans complaisance, sans cynisme et sans mépris, Mad Dog Labine de Jonathan Beaulieu-Cyr et de Renaud Lessard propose un portrait de la région du Pontiac, dans l’Ouest québécois. Une région qui a perdu une partie importante de sa population et où l’horizon est substantiellement bouché. L’histoire de cette docufiction se déploie à travers les déambulations de Lindsay (Ève-Marie Martin), une adolescente boudeuse et néanmoins craquante, et de Justine (Zoé Audet), qui remportent un lot de 10 000 $ avec un « gratteux » acheté illégalement. Plusieurs comédiens connus ont embarqué dans cette joyeuse galère, dont toute la bande de la série jeunesse Le chalet.

Ce soir, 19 h 30, au Cinéma du Parc, salle 1

— André Duchesne, La Presse

Critique

Libérer le trésor

CRITIQUE

Okinum 

Texte, mise en scène et interprétation d’Émilie Monnet

À la salle Jean-Claude Germain jusqu’au 20 octobre

3 étoiles et demie

Artiste en résidence au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, Émilie Monnet présente Okinum. Les immenses qualités de ce solo émouvant dépassent largement les quelques défauts qui sautent aux yeux. 

D’ici le mois de mars, au moins six productions théâtrales issues de membres des Premières Nations seront présentées sur les scènes montréalaises. À la suite des controverses de l’été, notamment la création prochaine de Kanata de Robert Lepage, il s’agit d’une prise de parole importante, aussi bienvenue qu’imparable.

Après les pionniers du théâtre autochtone qui s’activent depuis des années trop souvent hors des réflecteurs, le spectacle d’Émilie Monnet est le premier de la saison 2018-2019 à agrandir la brèche dans cette digue qui n’a tout simplement plus de raison d’être en 2018. Sa pièce Okinum (barrage, en anishinaabemowin) le fait avec aplomb et dignité. 

L’interprète sort de la nuit des temps et du ventre de la scène circulaire au début du spectacle. Elle parle dans sa langue sans surtitres. C’est déjà une déclaration : ces paroles que vous ne comprenez pas ont survécu en Amérique du Nord depuis des millénaires, envers et contre tous.

Le récit se divise ensuite en trois : l’apprentissage de cette langue et de cette culture à l’aide d’enregistrements de femmes de la famille de l’interprète ; son propre drame autofictif au sujet d’un cancer de la gorge aujourd’hui guéri ; une partie documentaire présentée avec ironie dans la musique ronflante du National Geographic.

Les trois parties sont liées par des scènes plus oniriques, voire poétiques, où le personnage en appelle aux forces de la faune, le castor, et de la flore, le bouleau, pour lui venir en aide, pour l’appuyer dans sa quête de soi.

Certaines métaphores sont candides, d’autres plus percutantes. D’ailleurs, la colère refoulée finira par exploser. 

Robert Lepage disait, à juste titre l’été dernier, comprendre les doutes des Premières Nations auxquelles « on a tout pris » en Amérique. Avec Okinum, on comprend un peu mieux de quoi il parle, de ce trésor enfoui. Émilie Monnet nous invite à voir, à écouter, à nous recueillir, sans prêchi-prêcha.

Lors de la première médiatique, son jeu, qui souffrait d’un manque d’assurance au début, prenait toute son ampleur à la fin. Le texte affiche quelques répétitions et tournures maladroites, mais la mise en scène est précise, complexe, continuellement soutenue par la magie de Jackie Gallant à la console. C’est un court spectacle son et lumière impressionnant.

Okinum nous parle de passé et d’avenir, de filiation, de résilience et d’affirmation de soi, comme de nation. De l’autre côté de la rivière, Émilie Monnet nous tend la main. On pourra refuser de la prendre, mais on ne pourra plus jamais faire comme si elle, comme s’ils n’existaient pas.

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