Nouveau sentier de motoneige dans les Laurentides

Pas encore inauguré, mais déjà contesté

Un nouveau sentier de motoneige subventionné à grands frais sème la discorde dans les Laurentides. La piste visant à remplacer le tronçon du P’tit Train du Nord fermé en 2004 n’est pas encore inaugurée que, déjà, des résidants veulent la faire modifier.

La neige ouatée qui étouffe les bruits ? Des citoyens de Mont-Tremblant et de Saint-Faustin–Lac-Carré redoutent que la manne blanche devienne plutôt synonyme de vrombissements de moteur. Dès que le couvert de neige sera suffisant, les motoneigistes pourront s’élancer sur le sentier aménagé à quelques dizaines de mètres de leur résidence.

« Je ne suis pas contre un sentier, mais pas à mon détriment, sur mon terrain ! », s’exclame Nadine Dumas, de Saint-Faustin.

En août dernier, elle a découvert avec stupéfaction des ouvriers qui s’activaient de l’autre côté de sa clôture, dans l’emprise de la route 117, qui relève du ministère des Transports du Québec (MTQ). La coupe des arbres et de la végétation qui s’y trouvaient l’a privée d’un écran qui atténuait le bruit et la vue du trafic, dit-elle. Non seulement les motoneigistes auront une vue imprenable sur sa maison, mais ils passeront très près. Entre sa salle de bains et le sentier, il y a moins de 20 m, estime-t-elle.

C’est beaucoup moins que la distance établie par le jugement historique du P’tit Train du Nord, qui a interdit une section de ce parc linéaire aux motoneiges en 2004. La juge Hélène Langlois, de la Cour supérieure, avait alors ordonné de verser 1200 $ par hiver aux résidants dont « une partie quelconque de l’habitation » se trouvait à moins de 100 m de l’emprise du parc.

« On n’en veut pas »

Ce nouveau tracé de 9 km vise à remplacer le tronçon fermé il y a 15 ans. Québec l’a financé au coût de 3 millions de dollars, et donné le mandat au Club motoneige Diable et Rouge de faire réaliser les travaux, afin que les Laurentides, Lanaudière et l’Outaouais soient de nouveau raccordées. Mais de nombreux riverains du sentier se plaignent de ne pas avoir été informés de sa venue.

C’est le cas de Guy Parent, de Mont-Tremblant, dont la boîte aux lettres s’est retrouvée au beau milieu du sentier. Les travaux ont aussi fait tomber le poteau éclairant son imposant christ en croix. L’éclairage sera remplacé et la boîte aux lettres, déplacée, lui a-t-on assuré. N’empêche, il trouve très dangereux d’avoir à franchir cette piste de motoneige bidirectionnelle pour sortir de chez lui.

« On va devoir traverser deux autoroutes, celle du Ski-Doo et la 117, où les voitures arrivent vite et où il y a beaucoup de trafic. »

— Guy Parent

Un danger aussi dénoncé par Hélène Turgeon, qui habite non loin. Et elle redoute le bruit des motoneiges, qui passeront à une quarantaine de mètres de sa maison. « On a accepté la 117, mais un bruit de plus, on n’en veut pas. C’est pas loin de 700 [motoneiges] qui vont passer », dit-elle en évoquant le tronçon fermé au P’tit Train du Nord, où de 300 à 700 motoneiges circulaient la fin de semaine. Les limites de vitesse et l’interdiction de circuler la nuit ne la rassurent aucunement. « Sur les routes, ils n’ont pas le droit de rouler à 150 ou 175 km/h, mais il y en a qui le font pareil », illustre-t-elle.

100 m, 30 m ou… 0 m ?

Selon la Loi sur les véhicules hors route, les sentiers aménagés après le 31 décembre 2011 doivent respecter une distance d’au moins 100 m avec les habitations.

Le Ministère et le Club Diable et Rouge considèrent toutefois qu’il ne s’agit pas d’un nouveau sentier, mais d’une relocalisation, nécessitant seulement 30 m.

La loi prévoit en effet qu’un lien créé après la perte d’un droit de passage « ne constitue pas un nouveau sentier ». Elle parle cependant d’un sentier « dont le tracé est changé de façon peu significative ». Ce n’est pas le cas de celui-ci, qui remplace un tronçon entre Saint-Faustin et Labelle.

De toute façon, « dans une emprise routière du domaine public, ce qui est le cas ici, le 30 m de s’applique pas », fait valoir le président du club, Roland Leroy.

De fait, la circulation à moins de 30 m d’une habitation n’est pas interdite « sur un chemin public ou construit sur le domaine de l’État », indique la loi.

Ce tracé est-il pour autant acceptable ? Le ministre des Transports, François Bonnardel, n’a pas voulu se prononcer, nous dirigeant vers son ministère. En fin de journée hier, le MTQ n’avait toujours pas fourni les réponses demandées deux jours plus tôt.

Même si le déplacement d’un sentier existant permet une distance séparatrice de 30 m plutôt que 100 m, « il est certainement préférable de l’aménager en suivant les nouvelles normes là où c’est possible de le faire », indique par ailleurs le Guide d’aménagement et d’entretien des sentiers de motoneige au Québec.

Mobilisation

En désespoir de cause, Hélène Turgeon a joint Normand Lacroix, qui avait mené l’action collective du P’tit Train du Nord. Il a alerté la Ville de Mont-Tremblant, qui a adopté une résolution demandant des mesures de mitigation au MTQ, comme un mur coupe-bruit.

Mme Turgeon préférerait que la piste ne soit jamais ouverte. « Mais, si on n’a pas le choix, c’est certain qu’on veut un mur », dit-elle.

« Qu’ils ne viennent pas mettre un mur chez nous, je vais le défaire. Je ne suis pas au Mexique avec Trump », proteste Guy Parent. Sa demande ? Que la piste soit déplacée sur la bande de terrain séparant les deux directions de la 117. « Des Ski-Doo passaient au milieu avant, ça ne dérangerait personne », croit-il.

Nadine Dumas ne veut pas non plus de cette piste près de chez elle. Mais après des semaines de plaintes infructueuses, cette mère de famille monoparentale qui travaille à démarrer son entreprise chez elle n’en peut plus.

Outrée de s’être fait répondre par le Ministère que le sentier respectait la limite de 30 m et, estimant qu’il manque plus de 13 m pour que ce soit le cas, elle demande qu’on lui rachète chacun de ces mètres manquants à la valeur de sa maison, soit plus de 2 millions de dollars au total.

« Si on ne m’avait pas répondu une fausseté en partant, si quelqu’un avait avoué quelque chose, ça ne serait pas rendu là ! »

— Nadine Dumas

Les trois résidants ont été invités à rencontrer leur députée ce vendredi, et le maire de Mont-Tremblant a une réunion prévue avec le MTQ lundi.

Rappelons que les poursuites pour inconvénients de voisinage occasionnés par les motoneiges sont interdites depuis 2010. Cette suspension expirera le 1er janvier prochain, à moins que Québec ne la prolonge. « Le ministre n’a pas encore fait connaître ses intentions. Nous le ferons en temps et lieu », nous a-t-on indiqué au bureau de M. Bonnardel.

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