Théâtre  Critique

Les dernières fiançailles

Les chaises
d’Eugène Ionesco
Mise en scène : Frédéric Dubois
Au TNM, jusqu’au 2 juin

****

Le Théâtre du Nouveau Monde (TNM) termine sa saison 2017-2018 sur une très bonne note en présentant Les chaises d’Eugène Ionesco, laquelle met en vedette deux grands comédiens qui éclatent du plaisir de jouer.

Une pièce écrite au début des années 50 peut-elle résonner encore aujourd’hui avec force et signification ? Oui, sans hésitation.

Les chaises d’Eugène Ionesco est un texte intemporel qui, malgré une vision vieillotte des relations homme-femme, parle surtout de pouvoir et de soumission au pouvoir, qu’il soit politique, religieux ou social. C’est le côté tragique de cette farce qui se rit aussi de l’absurdité de la vie et de la vieillesse.

Deux vieux survivent avec leurs espoirs déçus dans une maison flottante qui, inévitablement, coule. Ils ont invité tout le village, d’où la multiplication des chaises, à une conférence, même l’empereur y est, donnée par un orateur retardataire. Solitaires, ces vieillards se surpassent l’un l’autre en roublardise et en petites lâchetés pour déjouer la mort qui vient.

Ce monde « peut n’apparaître que dans la lumière de l’insolite », a écrit le dramaturge d’origine roumaine au metteur en scène Sylvain Dhomme, lors de la création de la pièce à Paris en 1952.

Le metteur en scène Frédéric Dubois, qui n’en est pas à son premier Ionesco, use de « l’insolite » avec parcimonie et doigté. Ce sont bien souvent les éclairages, la scénographie et la musique qui créent l’illusion d’une étrange quatrième dimension.

Dubois, comme Dhomme, au contraire d’Ionesco, ne croit pas que le jeu doit verser dans l’exagération, voire ajouter aux bizarreries du texte et à son éloquent écrin scénique. Le Québécois dirige les deux grands comédiens – les dirige-t-il vraiment ? – de façon réaliste dans une pièce qui ne l’est pas toujours. Aucun besoin d’en rajouter.

Émouvant

Monique Miller et Gilles Renaud y nagent comme des poissons dans l’eau. Avec sourires en coin et clins d’œil dans la voix.

Ces vieilles peaux sont si humaines, faibles et peureuses. Mais suprêmement attachantes. Pas de grimaces ni de pirouettes nécessaires. Les acteurs nous font croire à leur désarroi et à la présence de personnages invisibles qui assistent à la fête. L’enfer, c’est les autres.

En outre, il y a quelque chose d’extrêmement émouvant à voir une comédienne chevronnée comme Monique Miller paraître ici d’une jeunesse radieuse, visiblement enchantée de jouer. Nous partageons complètement son plaisir. Tout comme celui de Gilles Renaud, d’ailleurs, socle solide et magnétique du spectacle.

Leurs collègues, elle et lui savent séduire. C’est à la fois simple et émouvant. Drôle et troublant. La rencontre, l’échange, l’affection surgissent. De l’excellent théâtre.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.