Opinion

Un mode de scrutin favorisant le pouvoir québécois

Comme ils se sont trompés ceux qui prétendaient que c’était notre mode de scrutin qui maintenait les libéraux au pouvoir contre la volonté de la grande majorité de francophones !

Les résultats de lundi dernier ont démontré que ce n’était de toute évidence pas le cas. Au contraire, notre mode de scrutin défavorise dans les faits les libéraux, atténuant le grand avantage objectif de ces derniers, le vote massif en leur faveur de non-francophones concentrés dans un certain nombre de circonscriptions montréalaises. À pourcentage de vote égal, les libéraux ont toujours moins de sièges qu’un autre parti francophone. La réalité est que notre mode de scrutin favorise les régions et les francophones, où se jouent nos élections.

TROIS AVANTAGES

En ce domaine encore plus que dans d’autres, il faut juger l’arbre à ses fruits. Rappelons donc en quoi notre système démocratique, et au premier chef notre mode de scrutin, a montré sa vitalité exceptionnelle lundi dernier.

Il a permis tout d’abord de congédier pacifiquement un gouvernement dont les citoyens ne voulaient plus. Le balayage au bénéfice du parti gagnant décrié par certains a permis de « nettoyer la soue », comme on dit, renouvelant l’ensemble des gouvernants comme on l’avait fait à Ottawa il y a trois ans, permettant au fort sentiment anti-conservateur de s’exprimer avec succès.

La proportionnelle, au contraire, risquerait de verrouiller pour longtemps le pouvoir au bénéfice des libéraux, compte tenu du nombre important de circonscriptions assurées dont ils bénéficient.

Lundi dernier, notre mode de scrutin a par ailleurs provoqué l’élection d’un gouvernement fort, atout inestimable pour une petite société comme la nôtre dans la tourmente de la mondialisation. Le Québec n’est pas un État indépendant mais il dispose à tout le moins d’un système accouchant de gouvernements solides.

La proportionnelle institutionnaliserait au contraire les gouvernements minoritaires pour la seule nation du continent contrôlée par une majorité francophone, dont le poids politique a été gravement diminué par deux référendums successivement perdus.

Enfin, loin d’avoir servi les seuls intérêts des deux vieux partis, notre mode de scrutin n’a pas empêché lundi l’émergence de forces politiques nouvelles : les deux partis vainqueurs, la CAQ et QS, étant les deux partis les plus récents. 

PROPORTIONNELLE FAVORABLE AUX LIBÉRAUX

Un autre élément à retenir est que, parti de type anglo-américain, le PLQ serait moins enclin à se fractionner dans un système proportionnel que ses adversaires exclusivement francophones, ces derniers se situant davantage dans une dynamique européenne.

On l’a vu lundi dernier où la base libérale, même dans une défaite historique, est restée fondamentalement intacte face à un PQ grugé par QS. Avec la proportionnelle, on risquerait de façon très réelle de se retrouver avec un Parti libéral centriste plus gros que les autres, auquel il serait aisé de se réajuster après chaque élection en faisant des alliances ponctuelles avec de plus petites formations politiques, un peu à gauche, un peu à droite selon les circonstances.

C’est ce qu’a fait le parti de la Démocratie chrétienne en Italie pendant un demi-siècle après la Seconde Guerre mondiale, avec le même personnel politique au pouvoir pourrissant sur place.

Pour le reste, une des leçons à retenir des résultats de lundi dernier est que non seulement notre mode de scrutin n’est pas l’horreur qu’on dit, mais il tient très bien la route, véhicule exceptionnellement efficace pour le pouvoir québécois.

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