Musique

Kendrick Lamar remporte le Pulitzer

Kendrick Lamar a remporté le prix Pulitzer dans la catégorie musique pour son album DAMN. Le fameux rappeur de Compton est le tout premier artiste hip-hop à rafler ce prix prestigieux traditionnellement associé aux musiques classique, contemporaine ou jazz.

Le prix

Le Pulitzer est remis annuellement à des artisans s’étant illustrés dans les domaines du journalisme, de la littérature et de la musique, le tout décliné en 21 catégories. D’origine hongroise, le richissime éditeur de journaux Joseph Pulitzer avait créé ce prix en 1904 et l’avait attribué pour la première fois en 1917. Aujourd’hui, le Pulitzer est administré par l’Université Columbia, à New York.

Pourquoi est-ce sans précédent ?

Pour la première fois depuis sa création, le Pulitzer est attribué à une œuvre non classique ou jazz, donc issue de la culture populaire dite « urban ». Des artistes afro-américains ont déjà remporté le Pulitzer en musique : le trompettiste Wynton Marsalis (1997) et le saxophoniste Ornette Coleman (2007), mais leur pratique est associée à des musiques plus exigeantes, plus sérieuses, s’adressant à des auditoires mélomanes plus restreints.

Hormis Kendrick Lamar, d’ailleurs, les finalistes dans cette catégorie étaient les œuvres Quartet, de Michael Gilbertson, et Sound from the Bench, de Ted Hearne, compositeurs trentenaires occupant le territoire des musiques contemporaine et d’avant-garde. Cette fois, on a plutôt choisi d’honorer le leader esthétique d’un genre musical immensément populaire aux États-Unis, plus fédérateur que le rock en cette décennie.

Le meilleur album de Kendrick ?

Paradoxalement, DAMN. n’a pas la profondeur musicale de l’opus précédent, To Pimp a Butterfly, paru en 2015, véritable tournant dans l’histoire de la musique populaire « urban » : les hybridations de funk, R&B, soul, électro ou jazz avaient alors porté les rimes de Kendrick à des altitudes stratosphériques.

DAMN., opus le plus récent et le plus honoré de Kendrick, témoigne de charpentes sonores généralement simples, néanmoins inspirées. Moins jazzy mais très soul, ces musiques servent des textes d’une maîtrise exceptionnelle, les plus matures et les plus achevés d’une œuvre encore jeune.

La dimension littéraire de DAMN. en est le trait dominant, même si le groove et la mélodie y sont nettement au-dessus de la moyenne hip-hop. Kendrick Lamar y transcende largement l’autobiographie, la chronique sociale engagée, le récit intime au quotidien ou le questionnement métaphysique. La contribution formelle s’y avère majeure, le contenant et le contenu y atteignent un équilibre hors du commun.

Néanmoins, on associe davantage DAMN. à la musique qu’aux lettres, contrairement au prix Nobel de littérature controversé attribué à Bob Dylan en 2016.

— Avec Reuters, Associated Press et Wikipédia

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