Transport maritime

Moins de carburants polluants... plus de chaleur

Moins d’asthme, plus de chaleur : voilà les conséquences d’une interdiction imminente des carburants maritimes les plus polluants, selon une récente étude américaine. Il s’agit d’un nouvel exemple des paradoxes de la lutte contre la pollution atmosphérique. Cerise sur le gâteau : les prix des billets d’avion vont aussi augmenter.

Asthme et particules fines

Plus de 110 000 morts de moins par année en Asie, 2100 en Europe, 700 en Amérique du Nord. Seulement en raison de la pollution atmosphérique liée aux particules fines. Avec une diminution du nombre de morts attribuables à l’asthme par-dessus le marché. C’est la promesse d’une réforme de l’industrie maritime qui va abaisser la limite autorisée de la quantité de soufre dans le carburant à partir de l’an prochain, selon une étude publiée l’an dernier dans la revue Nature Communications. « Pour les morts, on parle d’une réduction du tiers dans les pays émergents et en voie de développement, en Asie et en Afrique notamment », a expliqué l’auteur principal de l’étude, James Corbett, de l’Université du Delaware, en entrevue téléphonique.

« La norme de carburant est appliquée en Amérique du Nord et dans certains pays européens depuis 2000, mais c’était limité aux côtes, alors dans l’océan, les navires utilisaient le carburant contenant plus de soufre. On a fait plusieurs études pour évaluer l’impact sur la santé et la mortalité du changement au carburant maritime propre en Amérique du Nord avant de voir que c’était important.

« Alors l’été dernier, l’OMI [l’Organisation maritime internationale] a décidé de devancer de 2025 à 2020 l’imposition de la nouvelle norme au monde entier. » L’impact sur la santé est particulièrement important parce que de 70 % à 80 % du trafic maritime de marchandises passe à moins de 200 km des rives, indique M. Corbett.

Réchauffement de la planète

Le passage au carburant propre selon la norme IMO 2020 de l’Organisation maritime internationale (OMI, IMO en anglais) fera diminuer la quantité de soufre dans le carburant maritime de 3,5 % à 0,5 %. Or, le soufre bloque les rayons du soleil, ce qui explique pourquoi la température de la planète baisse après d’importantes éruptions comme celle du volcan indonésien Tambora en 1815, qui a mené à des « étés sans récolte » pendant plusieurs années en Europe et peut-être même contribué à la défaite de Napoléon à Waterloo.

L’étude de M. Corbett estime qu’IMO 2020 va augmenter de 3 % le réchauffement lié aux activités humaines. Qu’à cela ne tienne, l’OMI s’est engagée l’an dernier à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de moitié en 2050 par rapport à 2008. Depuis 2016, les grands navires de transport (plus de 5000 tonnes) doivent faire rapport de la quantité de carburant qu’ils brûlent, et en 2025, selon une norme de l’OMI, les nouveaux navires doivent avoir une efficacité en carburant de 30 % supérieure à la moyenne des navires mis à l’eau en 2014.

L’automne dernier, un article de The Economist soulignant la contribution de la norme IMO 2020 au réchauffement de la planète s’est attiré les foudres de Frontier Economics, un groupe de consultants en économie verte de Londres, qui jugeait intolérable de miner ainsi la réputation d’une norme qui améliorera la santé de l’humanité.

En chiffres

2,6 %

Diminution mondiale de la mortalité due aux particules fines d’un diamètre inférieur à 2,5 micromètres (PM2,5) prévue à la suite du passage à des carburants maritimes propres

3,6 %

Diminution mondiale de la mortalité due à l’asthme prévue à la suite du passage à des carburants maritimes propres

Source : Nature Communications

Billets d’avion plus chers

Le carburant aérien contient encore moins de soufre que le carburant maritime propre : 600 ppm ou 0,06 %. Mais les deux types de carburant proviennent souvent des mêmes usines. Le prix du carburant aérien, et donc celui des billets d’avion, va donc augmenter avec IMO 2020. L’automne dernier, plusieurs articles ont fait ce lien quand le prix du carburant aérien a connu un pic qui l’a placé à près de deux fois le niveau de 2017. Les choses se sont améliorées depuis, le prix passant de 3,7 fois son niveau de 2000 en octobre dernier à 3,1 fois le niveau de 2000 à la mi-juin.

Selon une analyse récente de la firme-conseil Boston Consulting Group (BCG), l’impact d’IMO 2020 sur le prix des billets d’avion sera légèrement infléchi si un nombre plus important de navires sont munis de dispositifs antipollution permettant d’utiliser du carburant à haute teneur en soufre, mais d’enlever le soufre du panache de leurs cheminées.

Moins de 1 % des 60 000 navires de l’industrie du transport dans le monde sont munis de tels épurateurs, une proportion qui va grimper à 3 % en 2020 et à 15 % en 2025, selon BCG. La consommation mondiale de carburant aérien et de carburant maritime est sensiblement la même, à un peu moins de 400 milliards de litres par année.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.