Maple Leafs-Canadien

occasion ratée

Dans ce qui pourrait être le prélude à un futur affrontement éliminatoire, le CH a raté une belle occasion de devancer les Maple Leafs au deuxième rang de la division Atlantique.

Analyse

Bonnes et très bonnes équipes

On le disait jeudi, on le répète ce soir : le Canadien peut être pris au sérieux. Hier, malgré la défaite, les hommes de Claude Julien ont tenu tête aux Maple Leafs de Toronto pour la deuxième fois cette saison. Le pointage de 4-3 illustre bien l’allure de la soirée.

Mais s’il y a une occasion où on a vu la différence entre une bonne équipe et une très bonne équipe, c’est hier. Peu importe qui, du CH ou des Leafs, aurait marqué en prolongation, le constat aurait été le même : la profondeur est une arme, or cette arme fait défaut au Canadien.

On a d’ailleurs demandé à Carey Price ce qui faisait des Leafs une équipe si dure à affronter. « Ils ont de la profondeur, a-t-il dit d’entrée de jeu. C’est une équipe bien équilibrée qui utilise sa vitesse. Et elle a beaucoup de talent à l’avant. »

Le talent à l’avant, ça ne se règle pas à la date limite des transactions. Le talent de pointe, entendons-nous. Les Leafs en ont parce qu’ils ont fini dans la cave pendant quelques saisons ; ça leur a donné Auston Matthews (1er au total) et Mitch Marner (4e). Ils en ont aussi parce qu’ils ont mis la main sur John Tavares l’été dernier.

Chez le Canadien, ce talent de pointe, ça pourrait être un jour Jesperi Kotkaniemi, justement repêché au troisième rang. Mais pas maintenant. Sinon, Jonathan Drouin – lui aussi repêché au troisième rang, par Tampa – en montre parfois des signes, mais il doit trouver la constance. Et il y a Carey Price, mais il ne peut pas marquer de buts malgré tout son talent.

En revanche, la profondeur, ça peut se régler plus rapidement. Et à entendre les propos de Claude Julien, qui, de plus en plus souvent, doit composer avec les imperfections de son quatrième trio, il semble que ce soit la prochaine tâche de Marc Bergevin. L’acquisition de Dale Weise (voir écran suivant) est peut-être un premier pas en ce sens.

Regardons donc les indices des problèmes du quatrième trio du Canadien.

– D’abord, le plus évident : Nicolas Deslauriers, Michael Chaput et Matthew Peca ont terminé le match chacun à - 2. Ils étaient sur la patinoire pour les deux buts des Leafs marqués en moins de trois minutes en début de rencontre.

– Deslauriers a terminé la rencontre à 5 min 53 s de temps d’utilisation. Chaput et Peca, parce qu’ils sont aussi employés en désavantage numérique, ont joué respectivement pendant 7 min 53 s et 8 min 07 s.

– En troisième période, cette unité n’a effectué que deux présences. Sur la deuxième, Frédérik Gauthier a obtenu une chance de marquer. Quand on sait l’énergie que les joueurs de Julien doivent déployer, on devine qu’il aimerait nettement plus jouer à quatre trios.

« Ce n’est pas les montrer du doigt. Il y a cinq gars sur la glace et il y en a d’autres qui auraient pu aider sur ces buts-là », a dit Julien, quand il a été interrogé sur son quatrième trio. Shea Weber, par exemple, n’a pas bien paru sur le premier but, perdant une rondelle contre Zach Hyman.

Mais quand une unité passe autant de temps dans son territoire, ces erreurs, revirements et pertes de rondelle sont automatiquement plus susceptibles de coûter un but que s’ils surviennent en zone adverse.

« Leur quatrième trio a été meilleur que le nôtre, il ne faut pas se le cacher, et c’est une des raisons pour lesquelles j’ai coupé le banc. »

— Claude Julien

Parlons-en, du quatrième trio des Leafs. Andreas Johnsson a connu du succès dans la Ligue américaine et est maintenant productif dans la LNH, avec 28 points cette saison. Par Lindholm a connu une belle carrière en première ligue suédoise et possède des outils intéressants, même s’il n’a que 12 points. Gauthier est un géant de 23 ans, défensivement excellent, ancien choix de premier tour. Ils ont joué 13, 11 et 8 minutes hier, dans l’ordre.

À l’inverse, Julien doit composer avec Chaput, Peca ou Kenny Agostino, des joueurs qui n’ont toujours pas réussi à s’établir à temps plein dans la LNH. Il y a aussi Deslauriers, dont on connaît les limites de son potentiel, et Charles Hudon, en mal de confiance en soi.

Avec une formation en pleine santé, Julien aurait le loisir d’employer Andrew Shaw ou Paul Byron au sein de ce quatrième trio. Mais la santé au hockey, ça arrive très, très rarement.

Le Canadien forme une bonne équipe. Trois points sur quatre, contre Toronto et Winnipeg, c’est le signe d’une bonne équipe.

Bergevin peut très bien laisser aller cette bonne équipe au bout de ses limites. Si on se fie à la rencontre d’hier, le Canadien serait compétitif lors d’une série quatre de sept contre les Leafs. Mais si le prix est raisonnable, il sera tentant pour lui de donner un peu d’aide à son entraîneur.

Ils ont dit

« Je devais faire l’arrêt »

« Nous avions la chance de gagner en prolongation. Mais je devais faire l’arrêt en troisième période pour nous assurer la victoire. »

— Carey Price

« On ne peut pas être déçus du segment à domicile, car huit points sur dix, c’est bon. Mais les gars sont déçus parce qu’ils voulaient gagner et j’aime ça. J’aime notre approche. On est une équipe en confiance. La victoire est contagieuse, mais la défaite peut l’être aussi. Quand tu es satisfait après une défaite, ce n’est pas bon signe pour ton équipe. »

— Claude Julien

« On aurait dit un match des séries éliminatoires. Il faut continuer à bâtir notre confiance avec les éléments positifs. Nous pouvons rivaliser avec [les Maple Leafs]. Nous avions aussi bien joué contre eux lors du match d’ouverture. Nous affrontons de bonnes équipes ces temps-ci et nous sommes au sommet de notre jeu. »

— Andrew Shaw

« C’est peut-être plus réaliste de regarder ça par segments de matchs. On peut viser du succès dans de courts segments et essayer de faire la différence dans les matchs. C’est difficile de regarder le chiffre cumulatif, avec notre début de saison. Mais il y a du positif depuis six ou sept matchs. »

— Shea Weber, au sujet de l’avantage numérique

« Je suis entré en zone adverse avec une certaine vitesse, je voulais juste envoyer la rondelle au but. J’ai été un peu chanceux, la rondelle a eu un effet de balle papillon comme au baseball. Je savais où je tirais, mais je n’ai pas vraiment vu l’ouverture. »

— Tomas Tatar, au sujet de son but

Propos recueillis par Mathias Brunet et Guillaume Lefrançois, La Presse

Maple Leafs-Canadien

Dans le détail

Julien défend son jeu de puissance

L’entraîneur-chef Claude Julien en a surpris plusieurs en envoyant Joel Armia sur la glace pour entamer la prolongation en supériorité numérique de quatre contre trois. Malgré de belles performances récemment, le Finlandais n’a toujours pas marqué en pareilles circonstances cette saison, ne comptant que deux aides à sa fiche. « Notre jeu en supériorité numérique s’est amélioré depuis qu’il en fait partie, a expliqué le coach. Il récupère beaucoup de rondelles, c’est un atout important. » Le CH a tout de même réussi un but en supériorité numérique, l’œuvre de Gallagher en troisième période, celui qu’on aurait pu s’attendre à voir en prolongation. Mais l’inertie du jeu de puissance lors de la pénalité de quatre minutes imposée à John Tavares en première a fait mal. « Ils nous ont mis beaucoup de pression lors de ces quatre minutes, a expliqué Claude Julien. Ça va quand même mieux dernièrement, on a marqué ce soir, je crois qu’on a marqué en avantage numérique dans quatre de nos cinq derniers matchs. »

Shaw impressionne à son retour

Andrew Shaw connaissait ses meilleurs moments depuis son arrivée chez le Canadien, peut-être les meilleurs de sa carrière, lorsqu’il s’est blessé le 31 décembre à Tampa. Il avait alors 24 points en 35 matchs et deux minutes au compteur (il a joué deux minutes lors du match durant lequel il s’est blessé). Shaw a réglé ses problèmes de santé et il a mis seulement 51 secondes à marquer à son premier match en cinq semaines lorsqu’il a fait dévier un tir de Jeff Petry. Un bel échange de passes avec Max Domi et Brendan Gallagher a aussi mené au troisième but de l’équipe en troisième période. Shaw a joué 17 min 52 s, obtenu un but et une aide, avec une fiche de + 1. Bref, une entrée réussie. « Il a été incroyable, notre meilleur joueur ce soir, a affirmé son partenaire de trio Max Domi, après la rencontre. Il est un joueur essentiel au sein de notre équipe. »

Muzzin, discret, mais efficace

Les Maple Leafs ont payé cher pour obtenir les services de Jake Muzzin des Kings de Los Angeles. Sans être une grande vedette, il est un défenseur stable et il a prouvé toute son utilité contre le Canadien. Quand le Tricolore a entamé la prolongation à quatre contre trois, Muzzin était sur la patinoire en compagnie de Ron Hainsey et de Connor Brown. Le CH n’a jamais pu s’organiser. Voilà une situation dans laquelle on voyait l’arrivée du vétéran de 29 ans d’un bon œil. L’entraîneur Mike Babcock l’avait utilisé avec parcimonie depuis son acquisition, mais hier, il a atteint la marque des 20 minutes d’utilisation pour la première fois depuis son arrivée, il y a cinq matchs, en jouant 22 min 8 s. Muzzin a même failli marquer le troisième but de son équipe en fin de deuxième avec un solide tir sur le poteau. Après cinq matchs, il a amassé trois points, tous obtenus dans la même rencontre.

En hausse

Brendan Gallagher

Alors que rien ne fonctionnait pour le Tricolore en première période, il a été un des rares à continuer à jouer la pédale au plancher.

En baisse

Shea Weber

Après une grande performance jeudi, ç’a été très, très difficile hier. Passes imprécises, revirements, mauvaises décisions. Ça tournait vite autour de lui.

Le chiffre du match

22

Nombre de secondes qu’a passé Andrew Shaw sur la patinoire avant de marquer, après 15 matchs d’absence. Un retour au jeu réussi.

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