Opinion

Le Québec doit miser sur la stabilité plutôt que la croissance

Durant la campagne électorale, tous les partis politiques ont priorisé la croissance économique avant tout. La plupart sont convaincus que la croissance économique est essentielle pour la société. De même coup, ils prennent également des engagements pour améliorer notre environnement. Réduire le nombre de véhicules sur les routes, diminuer le gaspillage, recycler. En y pensant un peu, on se rend compte alors très vite que « croissance » ne rime pas toujours avec « environnement ».

Lorsqu’on étudie un peu l’histoire, on se rend compte que le dogme de la croissance est assez récent. Évidemment, on peut attribuer cette façon de penser à la révolution industrielle, mais c’est surtout après la Seconde Guerre mondiale que nos politiciens nous ont martelé l’importance de la « croissance » en réaction à la privation et aux sacrifices que cette guerre a engendrés. Nos politiciens ont rapidement intégré ce terme dans leur langage afin de gagner l’électorat. En effet, qui ne peut pas avoir confiance à quelqu’un qui vous promet de vous enrichir ? Mais nous sommes en droit de nous demander à qui profite vraiment cette croissance.

Selon les experts, la croissance économique au Québec est d’environ 2 à 3 % par an et est assez constante, au moins depuis les années 2000. Cette croissance économique a contribué à la création de tant d’emplois que l’on a de la difficulté aujourd’hui à trouver des travailleurs pour soutenir cette croissance. Dans un monde de plein emploi, on pourrait donc croire que cette croissance fait en sorte que les salaires augmentent, mais on constate rapidement que leur hausse est de moins de 1 %. Donc, où va le reste ? Inévitablement dans les poches des entrepreneurs et des actionnaires.

Le problème avec ce modèle de croissance continue est que l’on ne peut pas en voir la fin. En principe, si notre économie croît chaque année, les entreprises devraient augmenter leur production et embaucher plus de personnes. Le problème que l’on vit maintenant est que l’on a un grave problème de recrutement de main-d’œuvre et que l’on exploite nos ressources naturelles plus rapidement que la terre peut les produire. 

Cette course sans fin vers la croissance est insoutenable à la fois pour notre démographie, mais surtout pour l’environnement.

Heureusement, les marchés boursiers ont inventé un moyen ingénieux pour contrer l’emballement de cette croissance : les krachs boursiers. Ce moyen un peu drastique permet de contrôler la croissance de façon artificielle en réduisant les profits des actionnaires. Du coup, les entreprises cherchent à réduire leur personnel et à couper leur production afin que les actionnaires ne perdent pas trop d’argent, écorchant au passage les travailleurs. Ce cycle de croissance et de chute est devenu si normal depuis les années 70 qu’on prévoit déjà un réajustement boursier dans les prochains mois.

Maintenant, il faut se demander si ce modèle centré sur les bénéfices des actionnaires est souhaitable pour notre société. Ne serait-ce pas plus vendeur pour nos politiciens de proposer un modèle économique centré sur 90 % de la population, soit les travailleurs ?

À mon avis, si on centrait notre économie sur les travailleurs au lieu des actionnaires, on ne parlerait plus de « croissance », mais bien de « stabilité » économique. En effet, un travailleur veut bénéficier avant tout de stabilité afin de s’établir dans la vie. Il veut également avoir le choix de changer d’emploi lorsque ce dernier ne le satisfait plus. Finalement il veut être capable d’avoir un salaire décent pour lui et sa famille. Logiquement, ces prémisses de base demandent une certaine stabilité économique et un marché de l’emploi stable.

La stabilité économique passe évidemment par une diversité économique. Notre gouvernement devrait s’attarder avant tout à s’assurer qu’on a une bonne diversité d’entreprises et d’emplois dans tous les secteurs : agriculture, manufacturier, technologie et services. Certains politiciens ont tendance à mettre trop l’accent sur un secteur au détriment des autres. Par exemple, on a beaucoup entendu nos politiciens parler du développement des secteurs technologiques. Je ne dis pas qu’il ne faut pas investir dans ce domaine, mais plutôt favoriser aussi les secteurs délaissés comme le secteur manufacturier, de la vente au détail ou de l’agriculture. Ce n’est pas vrai que tout le monde va devenir des experts en intelligence artificielle ou en jeux vidéo !

La stabilité et la diversité économiques sont les meilleurs remparts contre les soubresauts économiques. 

Dans un monde où certains pays comme les États-Unis commencent à mettre des barrières tarifaires, il est primordial de bâtir une économie stable. De façon analogue, votre conseiller financier vous dira certainement qu’il est important de diversifier votre portefeuille afin de vous assurer une stabilité financière à long terme. La recherche du gain rapide peut vous enrichir, mais peut aussi vous mettre à la rue.

De plus, si chaque pays visait la stabilité au lieu de la croissance, on ferait également de gros gains en termes environnementaux. On réduirait la surproduction et on diminuerait le gaspillage de nos ressources. Une croissance permanente de notre économie est insoutenable et va à l’encontre de tous les efforts que l’on fait pour réduire les effets de notre train de vie sur l’environnement.

Finalement, il ne faut pas avoir peur de dire tout haut à ces gens de Wall Street et d’ailleurs : « Sorry guys, the party is over ! »

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