Affaire Meng Wanzhou

Ottawa doit stopper l’extradition, affirme l’ex-juge Louise Arbour

Le gouvernement Trudeau a le pouvoir de mettre fin à l’extradition de la femme d’affaires chinoise Meng Wanzhou afin de favoriser la libération de Michael Spavor et Michael Kovrig, détenus par Pékin, selon Louise Arbour.

L’ex-juge de la Cour suprême du Canada prend la parole publiquement, cette semaine, pour tenter de convaincre Ottawa de prendre son courage à deux mains et d’intervenir dans ce dossier épineux.

« C’était urgent à partir du jour où ils ont été arrêtés. C’est extrêmement urgent, ça fait 560 jours ou à peu près qu’ils sont en détention avec presque pas de communications », a dit Mme Arbour en entrevue avec La Presse.

MM. Spavor et Kovrig ont été arrêtés en Chine fin 2018, quelques jours après l’interception de Mme Meng à l’aéroport de Vancouver. Cette dernière, héritière du géant technologique Huawei, dont elle est la directrice financière, a été arrêtée à la demande de Washington, qui l’accuse d’avoir violé l’embargo américain sur l’Iran. L’arrestation des deux Canadiens, quelques jours plus tard, est largement considérée comme une mesure de représailles de la part de la Chine. Ils sont accusés d’espionnage et pourraient être condamnés à la prison à vie s’ils étaient jugés coupables.

Jeu de dupes

Ottawa doit cesser d’encaisser les tirs croisés des deux superpuissances et se retirer de ce jeu de dupes, croit Louise Arbour, qui entretient aussi de sérieux doutes sur la validité des accusations américaines contre Mme Meng.

Avec la femme de Michael Kovrig, l’ex-ministre fédéral Allan Rock et Brian Greenspan, avocat spécialiste des extraditions, Mme Arbour tente de convaincre Ottawa d’utiliser un article de la Loi sur l’extradition qui mettrait un point final aux procédures contre Mme Meng.

« Depuis le début, la famille ne voulait rien faire pour contrarier le gouvernement du Canada ou le gouvernement de la Chine », a-t-elle dit.

« On ne doutait pas que le gouvernement faisait son possible et qu’il allait essayer de régler ça, a continué Mme Arbour. Mais quand j’entends constamment le gouvernement – y compris le premier ministre – dire qu’ils ne pouvaient rien faire parce que c’était devant les tribunaux, on a regardé ça de plus près et on s’est rendu compte que ça n’irait pas très loin si le gouvernement maintenait cette position qui, à notre avis, n’est pas correcte sur le plan juridique.  »

« Nous devons agir. Les mots ne suffisent plus », a affirmé Vina Nadjibulla, la femme de M. Spavor, à la CBC. « Il est confiné dans sa cellule pour tout ce temps. Il n’a pas vu le ciel, respiré de l’air frais ou vu un arbre depuis 560 jours. » Elle n’a pas rappelé La Presse.

Le débat consiste à savoir si l’article de loi qui donne le pouvoir au ministre de faire cesser un processus d’extradition peut être utilisé pour des motifs de nature politique, ou seulement pour des motifs techniques et administratifs.

Mercredi, la porte-parole du ministre fédéral de la Justice a maintenu le cap dans le Globe and Mail : Ottawa ne veut pas s’ingérer dans le processus judiciaire.

Mme Arbour reconnaît que même si le gouvernement estime qu’il a ce pouvoir, il est possible de débattre de l’opportunité de l’utiliser : Washington accueillerait sans doute très défavorablement l’abandon du processus. L’ex-juge croit toutefois que les intérêts des deux détenus canadiens en valent le coût.

Des sénateurs demandent des sanctions contre la Chine

Une douzaine de sénateurs ont demandé mercredi à Ottawa d’imposer des sanctions aux représentants de la Chine en raison de ses violations des droits de la minorité musulmane, de ses entraves aux libertés à Hong Kong et de l’arrestation de deux Canadiens. Ce groupe de sénateurs compte une majorité de conservateurs, mais aussi quelques-uns nommés par des premiers ministres libéraux, dont Justin Trudeau. Dans une lettre adressée au gouvernement, ils écrivent que la Chine « pose constamment et impitoyablement des gestes horribles et absolument inhumains à l’endroit d’autres groupes ». Une loi permet au gouvernement du Canada de prendre pour cibles les finances personnelles de représentants étrangers responsables de violations des droits de la personne en gelant leurs avoirs au pays et en interdisant aux institutions bancaires de transiger avec eux. — La Presse canadienne

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