Société

À contre-courant de la marée de plastique

Emballages, brosses à dents, jouets, rideaux de douche, vêtements : chez vous, chez nous, le plastique est partout. 

Souhaitant d’abord trouver un substitut aux biberons en plastique à une époque où le BPA était encore permis dans la fabrication de ces produits, Chantal Plamondon et Jay Sinha, deux résidants de l’Outaouais, en sont venus à retirer progressivement le plastique de leur quotidien. De leur quête sont nés une entreprise, Life Without Plastic, et un livre, qui vient de paraître en version française.

Vivre sans plastique : l’objectif est audacieux. Dans un monde où l’on estime que 8,3 milliards de tonnes de plastique ont été produites depuis les années 50, est-il possible de contourner cet incontournable ?

Chantal Plamondon et Jay Sinha, auteurs du livre Vivre sans plastique – Des outils écologiques à notre portée, conviennent qu’ils ne sont pas « zéro plastique ». Mais comme plusieurs adeptes du « zéro déchet », ils aspirent à tendre vers le plus petit dénominateur. Dans leur boutique en ligne, qui est au cœur de leur entreprise, ils proposent divers substituts aux objets du quotidien généralement composés de plastique.

Recyclé, vraiment ?

Mais quel est le problème avec le plastique si on peut le recycler ? C’est la question à laquelle ils ont souvent fait face, surtout dans les débuts de leur entreprise, au milieu des années 2000, avant que les images de l’île de plastique flottant au milieu du Pacifique Nord et du sauvetage d’une tortue avec une paille dans la narine ne frappent l’imaginaire collectif.

« Le recyclage, c’est un mythe, peut-être un peu propagé par les fabricants de plastique qui veulent que ce soit ça, la solution. »

— Chantal Plamondon 

« En réalité, dit-elle, c’est à peu près 9 % de tous les plastiques produits depuis les débuts du plastique qui ont été recyclés [selon une étude publiée en 2017 dans la revue scientifique Science Advances]. »

Mais pour Chantal Plamondon, conseillère en éthique, et Jay Sinha, biochimiste, le problème avec le plastique n’est surtout pas qu’environnemental. Pour eux, c’est une question de santé. 

L’aventure de Life Without Plastic a commencé en 2002, alors qu’ils attendaient un enfant. Alertés par les premiers articles décrivant les effets potentiellement nocifs de l’exposition au plastique sur les êtres vivants, particulièrement les nourrissons et les bébés, ils sont partis à la recherche de biberons en verre. 

En 2009, par mesure de précaution, le Canada est devenu le premier pays à interdire les biberons pour bébés en plastique rigide fabriqués à partir de bisphénol A, une substance chimique utilisée pour produire un plastique dur et transparent appelé polycarbonate. Le BPA est aussi utilisé dans les résines époxydes qu’on retrouve dans les boîtes de conserve. Santé Canada estime que « la plupart des Canadiens sont exposés à de très faibles concentrations de BPA qui ne posent pas de risque pour la santé ». Sur son site internet, il prodigue tout de même quelques conseils pour minimiser son exposition au BPA.

Une pratique généralisée

S’il est désormais connu que le bisphénol A agit comme perturbateur endocrinien, c’est-à-dire qu’il influence le fonctionnement hormonal de l’organisme, Chantal Plamondon admet que peu d’études ont établi, chez l’humain, un lien direct entre l’exposition au plastique et le cancer, par exemple. Mais elle s’inquiète tout de même de son impact.

Au-delà du BPA, elle déconseille également la consommation de divers types de plastique comme le PVC et le polystyrène, en raison des additifs chimiques qui entrent dans leur composition et qui peuvent être libérés dans l’air ou au contact de la chaleur.

Mais la présence de plastique est tellement généralisée que vivre sans plastique demande énormément de temps, d’énergie et d’organisation, comme l’a démontré notre collègue Katia Gagnon dans le reportage « Accros au plastique » publié l’an dernier.

Réduire à la source

S’inspirant du principe de Pareto voulant que 80 % des effets découlent de 20 % des causes, les auteurs proposent dans leur livre une liste de six objets courants les plus coupables de pollution plastique : les sacs, les bouteilles d’eau, les tasses à café en plastique ou plastifiées, les contenants alimentaires, les ustensiles et les pailles. Et ce n’est pas parce qu’une bouteille d’eau en plastique est réutilisable qu’elle est acceptable à leurs yeux, puisqu’à la fin de sa vie utile, elle risque fort bien de se retrouver au dépotoir, ou recyclée en plastique de moindre qualité.

« Il faut réduire à la source. Essayons de trouver des alternatives, investissons là-dedans. On ne le sait pas si c’est réversible ou pas, mais on peut certainement s’adapter. Il ne faut pas arrêter le combat. »

— Chantal Plamondon

Avec Life Without Plastic, Chantal Plamondon est aux premières loges de l’éveil des consciences sur le plan environnemental. Depuis quelques mois, son entreprise connaît « un boom », après un démarrage difficile, particulièrement au Québec. « Je vois un énorme changement depuis 13 ans. Pendant la dernière campagne électorale, les politiciens faisaient attention de ne pas utiliser de bouteilles de plastique. Ça fait désormais partie de l’image. » 

Elle s’attend maintenant à ce que le gouvernement fédéral, qui a été réélu, aille de l’avant avec l’interdiction de plastique à usage unique dès 2021, une annonce que le Parti libéral a faite avant le déclenchement de la campagne électorale.

Chantal Plamondon et Jay Sinha présenteront une conférence dans le cadre du Festival Zéro Déchet, à Montréal, ce vendredi à 17 h 30.

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