Où sont les femmes ?

Difficile de dresser un portrait local des femmes à l’œuvre dans l’industrie de la finance. Les données à jour se font rares et elles ne concernent guère le Québec. La Presse a néanmoins tenté l’exercice.

La comptabilité en tête de file

Les différents secteurs de la finance ne sont pas tous égaux. « On compte beaucoup plus de femmes dans les métiers de la comptabilité qu’en finance, placement et investissement, où la réalité de la vie familiale entre en conflit avec le marché, qui dicte les besoins et les échéances », constate Caroline Blouin, directrice principale, conseils RH, chez Desjardins. Celle-ci note aussi que les déplacements internationaux, qui sont désormais monnaie courante dans cette industrie mondialisée, apportent une contrainte supplémentaire pour les femmes. Selon le plus récent sondage auprès des membres de Réseau Capital, qui regroupe tous les acteurs de la chaîne d’investissement au Québec, on retrouve seulement 11,92 % de femmes dans les équipes d’investissement. L’association a d’ailleurs lancé l’an dernier l’initiative ELLE-Invest, afin d’augmenter leur nombre.

Des C.A. encore très masculins

Malgré l’approche «  Se conformer ou s’expliquer  » (qui oblige les entreprises cotées en Bourse à fournir de l’information sur la représentation féminine au sein de leur conseil d’administration et de la haute direction), près de 40 % des conseils d’administration au Canada ne comptaient aucune femme en 2018. Le nombre de femmes siégeant dans des conseils d’administration fait aussi du surplace. Ce chiffre a augmenté de seulement 3 % dans les trois dernières années, selon l’Association des femmes en finance du Québec (AFFQ).

Le plafond de verre tient bon

À l’échelle de la planète, le nombre de femmes décline à mesure que l’on gravit les échelons dans le secteur des services financiers, selon un rapport de la firme Mercer. Alors que les femmes représentent 67 % des employés de soutien, on n’en retrouve que 15 % dans les postes de haute direction. La Caisse de dépôt et placement du Québec tire son épingle du jeu sur ce point. Son comité de direction se compose en effet de 40 % de femmes. C’est ce qui fait dire à Maarika Paul, première vice-présidente et chef de la direction financière et des opérations, que les choses changent seulement quand il y a une certaine volonté au sommet. «  Il faut se donner des objectifs concrets et faire le suivi régulièrement  », estime-t-elle.

La relève se pointe

Les données de Mercer montrent que, dans les services financiers, les taux de sortie des femmes à mi-carrière sont non seulement plus élevés que ceux des hommes, mais également supérieurs de 20 à 30 % à ceux des autres secteurs. Malgré les nombreux défis qui attendent les femmes au tournant, il y a de l’espoir. «  On voit une recrudescence des femmes à l’université et il y a plus de femmes qu’auparavant qui ont démontré de l’intérêt pour la finance et la comptabilité. Ça se sent dans la main-d’œuvre qu’on embauche. C’est de bon augure pour les prochaines années  », souligne Caroline Blouin. Desjardins a d’ailleurs mis en place des plans structurés pour développer leur talent et a ajouté des postes de préparation à la relève.

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