Victoire de Doug Ford en Ontario

Ce que la victoire de Ford signifie pour le Québec

QUÉBEC — Ontario is back to business. La parenté entre le nouveau premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, et Donald Trump va bien au-delà des slogans communs. Tous deux se caractérisent par leur imprévisibilité. Ils ne jouent pas selon les règles acceptées par les autres politiciens. This promises to be a crazy ride, prédisait un chroniqueur du Globe and Mail hier.

Le balayage des conservateurs de Doug Ford aux élections ontariennes de jeudi aura des conséquences importantes au Québec. M. Ford a fait savoir hier que Stockwell Day et Preston Manning faisaient partie de son comité de transition. Cela n’est pas précisément de bon augure pour le Québec. Philippe Couillard a eu un premier contact hier avec son nouvel homologue. Les deux hommes ont convenu d’une rencontre à la rencontre annuelle des premiers ministres au Nouveau-Brunswick, fin juillet. Ce sera un choc.

Pour l’heure, il est de bon ton de rappeler, comme l’a fait M. Couillard, que les deux économies, québécoise et ontarienne, sont étroitement imbriquées. Les échanges entre les deux provinces représentent 70 % des ventes en dehors des frontières – le Québec est le principal client de l’Ontario, et réciproquement.

Car le gouvernement Couillard s’accommodait fort bien du voisinage de la libérale Kathleen Wynne. En fait, le Québec vivait en bonne intelligence avec les gouvernements libéraux au pouvoir depuis 15 ans à Queen’s Park. Les premiers ministres successifs des deux provinces ont d’ailleurs une tradition de bonne entente. René Lévesque et le conservateur Bill Davis, Robert Bourassa et David Peterson, Lucien Bouchard et Mike Harris puis Jean Charest et Dalton McGuinty ; les rapports ont toujours été cordiaux et, surtout, prévisibles. C’est le passé.

Le plan énoncé par Doug Ford en campagne électorale n’augure rien de bon pour le Québec. Bien sûr, on relève ses volte-face, ses changements de cap fréquents. Mais l’impression globale est plutôt négative. 

Un premier dossier se profile entre Québec et Toronto. Les ressortissants qui traversent illégalement la frontière pour entrer au Québec proviennent pour les deux tiers du Nigeria. Or, ces derniers visent à se rendre en Ontario, à Toronto, dans la plupart des cas. Quel gouvernement aura les compensations pour leur prise en charge ? Comment les migrants partageront-ils leur temps entre le Québec et l’Ontario ? La question reste ouverte.

Déjà, Doug Ford s’est prononcé contre la Bourse du carbone. Le Québec deviendrait la seule province à conserver ce système visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Déjà, quand le Québec avait plongé seul, en 2014, on observait qu’il ne pouvait faire cavalier seul. À Québec, au gouvernement, on observe que le système pourrait fonctionner sans problème jusqu’en 2020, mais bien des doutes subsistent.

Si la Bourse du carbone disparaît, le Québec peinera à atteindre les cibles de réduction de ses émissions dans le cadre du programme fédéral. Ottawa risque d’imposer des sanctions financières. Doug Ford, qui veut fermer des bibliothèques publiques, veut aussi réduire le fardeau fiscal des entreprises. Ici, l’Ontario pourra se retrouver en concurrence avec le Québec quant à la capacité d’attirer des investissements. La crainte est modérée, l’Ontario accumule des déficits importants, et il est tellement endetté qu’il ne pourra sabrer largement les impôts aux sociétés, mais la coexistence sera plus complexe.

Doug Ford a aussi dit qu’il abandonnerait la stratégie de Kathleen Wynne consistant à hausser rapidement le salaire minimum à 15 $. Ici, cela pourra donner un peu de latitude à Québec, qui a opté pour l’amélioration des conditions minimales de travail, plutôt que de se concentrer sur le salaire. Reste à voir si sa promesse de ramener à 1 $ le prix de la bière influencera le gouvernement Couillard !

L’arrivée de Ford est une mauvaise nouvelle aussi pour Hydro-Québec. Pas question de renier les contrats déjà conclus, mais il ne faut pas s’attendre à ce que le marché ontarien progresse. Le NPD avait fait un clin d’œil à Hydro-Québec en promettant l’abandon des centrales nucléaires. C’est tout le contraire pour Doug Ford : l’Ontario comptera d’abord sur le gaz de schiste américain, à prix d’aubaine, le temps de remettre en service ses centrales nucléaires.

Enfin, l’arrivée des conservateurs à Queen’s Park laisse planer un doute sur l’avenir de bon nombre de comités conjoints, sur l’intelligence artificielle, sur l’énergie, sur la distribution d’électricité. Ce sera l’inconnu. 

François Legault, s’il arrive au pouvoir, aura tout à apprendre du voisin conservateur. La Coalition avenir Québec n’avait pas envoyé d’observateur durant la campagne électorale ontarienne.

Les résultats de jeudi auront déprimé un autre politicien. Inattendu. Jean-François Lisée avait soutenu que le PQ allait faire comme le Canadien, quand, cet hiver, la Sainte Flanelle avait aligné quelques victoires. Cruelle déception.

Depuis des semaines, il s’est rabattu sur le score du NPD ontarien, en montée constante dans les sondages. Ce qui est possible en Ontario arrivera au Québec, prédisait-il. Mais le NPD n’a pas gagné.

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