Commerce international

Une « étape historique » pour les deux premières puissances mondiales

Donald Trump s’est félicité mercredi de l’accord commercial signé avec le vice-premier ministre de la Chine, Liu He, qui met un terme provisoire à un bras de fer inédit entre les deux premières puissances économiques du monde.

« Aujourd’hui marque une étape historique […] qui n’avait jamais été franchie […] vers un accord commercial juste et réciproque entre les États-Unis et la Chine », a déclaré le président des États-Unis.

Face à l’enthousiasme du président, la Fédération nationale des détaillants (NRF) et le principal syndicat agricole, l’American Farm Bureau Federation, se sont montrés plus mesurés. Ils ont salué ce traité tout en soulignant que du « travail rest[ait] à faire ».

Pour l’heure, ce traité, qui entrera en vigueur dans 30 jours, profitera aux agriculteurs et aux industriels, durement touchés par la guerre commerciale.

La Chine s’est en effet engagée à acheter pour 200 milliards de dollars de produits américains supplémentaires au cours des deux prochaines années. Ces achats ont pour but de réduire le déficit commercial américain, grande revendication de la Maison-Blanche.

L’accord contient également des dispositions relatives à la protection de la propriété intellectuelle et aux conditions de transfert de technologies, autres grandes exigences des États-Unis.

Déclenché au printemps 2018 pour mettre fin aux pratiques commerciales chinoises jugées « déloyales », ce conflit s’est matérialisé par des droits de douane punitifs réciproques sur des centaines de milliards de dollars de marchandises.

Tarifs douaniers pour négocier

Mais Donald Trump a indiqué que les droits de douane punitifs frappant actuellement plus de 370 milliards de dollars de produits chinois seraient maintenus tant que la phase 2 de l’accord ne serait pas signée.

« Nous gardons les tarifs douaniers, mais j’accepterai de les supprimer si nous arrivons à conclure la phase 2 », a déclaré le locataire de la Maison-Blanche.

« Je vais les garder, sinon nous n’aurons aucune carte en mains pour négocier. »

— Donald Trump, président des États-Unis

Et c’est là que le bât blesse pour nombre d’acteurs économiques. « La guerre commerciale ne sera terminée que lorsque tous les tarifs douaniers auront disparu », a ainsi estimé Mathew Shay, président de la NRF.

Si l’administration prétend mordicus que c’est la Chine qui paie, une grande majorité d’économistes soulignent que de fait ce sont les importateurs américains et peut-être bientôt le consommateur qui font les frais de ces taxes.

L’administration prédit que cet accord dopera la croissance de la première économie du monde d’un demi-point de pourcentage.

Ce conflit a pourtant durement touché le monde agricole et l’industrie manufacturière aux États-Unis, ceux-là mêmes qui avaient porté le président au pouvoir en 2016.

Donald Trump a parié sur leur patriotisme, leur demandant de la patience avant des lendemains meilleurs.

Clamant que les guerres commerciales étaient faciles à gagner, il a aussi constamment répété que l’économie américaine n’était pas affectée par les droits de douane alors que la croissance chinoise ralentissait.

Pourtant, ce conflit, inédit par son intensité et sa durée, a freiné l’appétit des investisseurs et ralenti la croissance mondiale, comme la croissance chinoise et américaine.

Qui plus est, l’essentiel du coût des tarifs douaniers a été supporté par les importateurs américains.

Cérémonie éclipsée par les démocrates

« Nous savons qu’il y aura encore des différends entre nos deux pays, mais ce jour marque le début d’un nouveau chapitre dans les relations commerciales entre les deux plus importantes économies du monde », a renchéri le vice-président des États-Unis, Mike Pence.

Aussi historique soit-elle, la cérémonie de signature retransmise en direct par toutes les grandes chaînes de télévision américaines a été brutalement interrompue pour donner la parole aux démocrates de la Chambre des représentants.

Ces derniers vont transmettre au Sénat l’acte d’accusation retenu contre Donald Trump avant un procès qui doit démarrer mardi.

Joe Biden, candidat favori de la primaire démocrate, a jugé que la Chine était la grande gagnante de cet accord.

Le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, a lui fait valoir que « pour la première fois, nous avons un accord complet » avec un « vrai mécanisme pour faire appliquer » l’accord.

« La Chine reconnaît l’importance d’établir et de mettre en œuvre un système juridique complet de protection […] de la propriété intellectuelle », est-il notamment stipulé dans le texte.

En outre, toute licence ou tout transfert de technologie doit se faire sur la base du volontariat et « refléter un accord mutuel », est-il écrit, alors que la Chine imposait jusqu’alors aux entreprises américaines le transfert forcé de leur savoir-faire pour faire des affaires en Chine.

Un chapitre entier est consacré à l’ouverture du marché chinois aux services financiers.

Donald Trump compte se rendre bientôt en Chine alors que les négociations pour une seconde phase de l’accord doivent commencer « immédiatement » pour aborder des sujets plus délicats tels que la cybersécurité.

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