Humour

Les libertés de Rosalie Vaillancourt

Comme bien des humoristes de sa génération, Rosalie Vaillancourt est une touche-à-tout qui fait de la télé, du web, de la radio… et même de la chanson ! Elle présente son premier spectacle solo au Théâtre Maisonneuve, Enfant Roi, un « conte de Disney trash » dans lequel elle raconte son apprentissage de l’âge adulte.

« Moi, je suis une vieille âme dans un corps de fille de 17 ans. » Rosalie Vaillancourt nous reçoit chez elle, dans le quartier Rosemont, parce qu’elle est « trop paresseuse » pour sortir faire une entrevue dans un café. En pantoufles, elle nous offre le thé, nous présente son charmant chien Chantal et nous montre ses souvenirs de voyage.

« Voyager, c’est ma première passion, avant l’humour », dit la jeune femme, qui adore la pop française des années 70, Angèle Arsenault – elle portera probablement un t-shirt à son effigie lors de sa première – et les « madames » de plus de 50 ans qui viennent la voir en spectacle « parce qu’elles se sentent plus libres de rire ».

C’est vrai qu’il y a quelque chose de très libérateur à entendre Rosalie Vaillancourt dire grossièreté sur grossièreté et manier l’humour absurde sans complexe.

« C’est dans ma nature. J’aime l’absurde, j’aime qu’on se dise : “Mais ça sert à quoi comme blague dans le monde ?” », dit l’humoriste de 27 ans, qui puise son inspiration tant chez Les Denis Drolet et Ding et Dong que du côté de La Poune et de Dominique Michel.

« Je n’ai pas beaucoup écouté d’humour ces dernières années parce que je ne voulais pas me retrouver à copier un style sans faire exprès. Mais j’ai réalisé récemment que plein de filles, aux États-Unis et en Angleterre, font le même genre d’humour que moi. »

« Ça m’a fait du bien de voir que je n’étais pas la seule ! Je me suis dit que j’avais le droit de faire des blagues de crotte et que ce soit drôle. »

— Rosalie Vaillancourt

Par contre, pas question de faire des blagues du genre « les filles, ça crotte aussi », précise Rosalie Vaillancourt. « Plutôt des jokes stupides qui font que les gens ne peuvent pas ne pas rire. Et que si tu ne ris pas, ben, tu es vraiment mort en dedans. »

Dans le formol

Enfant Roi, c’est l’histoire d’une jeune femme qui a vécu dans un environnement super contrôlé et qui doit apprendre à affronter les coups durs de la vie toute seule. C’est un clin d’œil à sa génération – « Les plus vieux disent ça de nous, je voulais défaire le concept, mais finalement je ne le défais pas pantoute ! »–, l’habitude qu’elle a de transformer le négatif en qualité, et une manière d’assumer son côté gamin.

« Dans Enfant Roi, il y a le mot enfant. Et moi, j’ai un humour assez enfantin, dans le sens que je veux faire rire juste pour avoir des amis ! »

Rosalie Vaillancourt estime avoir été élevée « dans le formol ». « Ce n’était pas doux, c’était contrôlant », dit-elle, précisant que ses parents en sont aujourd’hui fort conscients. Mais le spectacle ne porte pas tant sur sa jeunesse que sur ses premiers pas dans le monde des adultes, quand il faut payer son loyer, gérer seule une rupture, vivre une fausse couche ou faire face à des deuils.

« Je voulais que ce soit le plus près de moi possible. Il y a des numéros que j’ai écrits il y a quelques années, d’autres qui sont tout récents. Il y a trois semaines, j’en rodais encore », explique l’humoriste, qui travaille de très près avec un seul coauteur, Charles-Alexandre Durand.

« Ce gars-là me connaît par cœur. On est devenus amis lors de notre première journée à l’École de l’humour, on avait 19 ans et là on en a 27. Il écrit dans le Dictionnaire des vedettes, il a un humour un peu absurde, il a des bagues du Journal de Montréal, il est très bizarre. On fitte ensemble. »

C’est avec lui qu’elle a créé ses webséries Rosalie et Avant d’être morte, qui ont connu beaucoup de succès et qui lui ont permis de se faire connaître. Avec son casting quand même atypique et sa voix particulière – « On reconnaît les gens par leurs caractéristiques, moi je suis la petite voix aiguë avec les longs cheveux »– , l’humoriste, qui a étudié en théâtre au cégep de Saint-Hyacinthe avant de faire l’École de l’humour, n’a jamais attendu après personne pour développer ses projets.

« Le web, j’adore. Les gens ne le savent pas, mais j’ai toujours tout payé moi-même. Et là, j’avoue que je commence à manquer d’argent pour ça… » Ce qui ferait peut-être d’elle la Xavier Dolan de l’humour ? « Hum, je dirais que oui. Avec un peu moins de talent et plus de blagues de pénis. »

Féministe

Avec cette manière qu’elle a d’être totalement elle-même, Rosalie Vaillancourt estime faire de l’humour féministe. « Je sais ce que je veux, et je fais exactement ce que je veux. » Dans le même esprit, elle aime écouter « l’humour de femmes », et est suivie en tournée par deux techniciennes.

« Je n’ai pas pris cette décision pour encourager les femmes, mais parce qu’elles sont meilleures. Elles sont à l’heure, elles sont fiables, elles sont créatives. » Alors à tous ceux qui disent qu’il est difficile de trouver des femmes compétentes à la technique, elle répond qu’ils « ne se forcent pas ».

« C’est comme la parité et les ratios, je trouve ça important même si ce n’est respecté nulle part. Quand je vois que je suis la seule fille sur un gala, je fais : “Ouain, c’est ordinaire.” Jusqu’à l’an dernier, ça arrivait encore des galas sans aucune fille ! »

Deux ans après #moiaussi, le milieu de l’humour reste un « boys club », estime-t-elle. « Dans 15-20 ans, on va regarder ça et on va dire : “On en a enduré des affaires…” »

Rosalie Vaillancourt ne sait pas où elle sera dans cinq ans, mais est animée par une foule de projets et de désirs. Elle aimerait faire un autre one woman show – « Je voudrais en faire un aux trois ans » –, avoir son émission de télé, retourner à l’université, faire et adopter des bébés, voyager beaucoup, écrire une BD, sortir un album de Noël « désagréable » ou de reprises de chansons françaises pop des années 70 avec son ami Jérôme 50, qui s’est inspiré d’elle pour sa chanson Chaise musicale.

« Je suis touche-à-tout, mais je sais que je ne suis pas bonne dans tout. Il faut connaître ses limites. » Elle sait, en tout cas, que la scène est son élément, qu’elle aime les spectacles concept – il y a par exemple dans Enfant Roi une sorcière qui jette un mauvais sort et une fleur géante dont un pétale s’ouvre à chaque bonne action –, et qu’elle a encore plein de choses à dire.

« J’ai l’impression que je commence à peine à maturer. »

Rosalie Vaillancourt, au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, les 12 et 13 novembre

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